CHAPITRE X
DE LA RÉTENTION D'URINÉ ET DES OPÉRATIONS PRATI- QUÉES DANS LE TRAITEMENT DE CETTE MALADIE.
Dans lés cas de rétention complète de l’urine causée par un rétrécissement où par tout äutré obstacle qui $’oppose à introduction d’une sonde , lorsque tous les moyens recommandés jusqu’à présent Sont impraticables ; il faut faire une ouverture artificielle dans la vessie pour l'évacuation de l'urine. Cette ouverture peut être faite dans trois endroits différents, ce qui constitue trois méthodes dont chacune à eu sés partisans. On n’a point envisagé cette opération au point de vue de toutes les circonstances qu’elle peut présenter chez les différents malades, et de manière à offrir un guide aux jeunes chirurgiens dans les cas nombreux et variés qui peuvent se présenter. En effet, dans certaines conditions, l’opération convient mieux dans un endroit que dans les autres, et même it arrive quelquefois qu’il est presque impossible d'accomplir l'opération dans un endroït déterminé.
L'ouverture peut être faite d’abord au périnée ; dans le point où lon incise maintenant pour la pièrré; Sécondèment , au-dessus du pubis ; dans l’endroït où l’on pratiquait autrefois l'opération dé là taille; et troisièmement, au dedans du rectum, dans le point où la vessie est en contact avec l'intestin. ‘
La première question qui se présente est celle-ci : laquelle de ces trois méthodes est la plus convenable, tant pour la sûreté du malade que pour l'évacuation du liquide et la facilité de l’opération, quand aucune circonstance particulière n’exclut l’une ou Pautre d’entre elles ?
Au premier abord, on est porté à préférer la méthode qui consiste à inciser au-dessus du pubis , ou celle dans laquelle on perfore la vessie par le rectum; parce que la vessie est plus rapprochée du point où l’on opère dans ces deux méthodes que dans la première, et que les parties sont plus convenablement disposées pour l’opération que celles qui constituent la région périnéale , où il faut inciser au hasard. Mais ces deux méthodes, bien que plus favorables sous ce rapport dans certaines conditions, peuvent cependant devenir les moins convenables, car les parties sur lesquelles on opère sont sujettes à à de plus cran changements que celles qui ont leur siége au périnée.
L’opération au-dessus du pubis devient impraticable lorsque le malade est très-gras, ou que la vessie n’est pas assez distendue pour s'élever au-
dessus du pubis, ce gai est assez commun dans les maladies des organes | urinaires.
Chez lés sujets três-gras ; l'épaisseur des tissus à diviser peut être de trois à quâtre pouces; cètte épaisseur rend lopération non-seulement très-pénible ; mais souvent même inadmissible , cär elle empéche de constater avec précision les rapports de la tümeur produite par la vessie. Dans beaucoup de cas, la vessie est tellément malade qu’elle n’est susceptible que de peu de distension, ét dans les cas de cette espèce, les symptômes de plénitude se manifestent dè très-bonnèe héure, quelquefois même quand il ne s’est rassemblé dans Ja vessié que quelqués onces d'urine. Mais si la rétention dure depuis un témps considérable, depuis vingt-quatre heures, par exemple, alors on peut supposer qué la vessie s’est laissé distendre à un bien plus haut degré, et l’on peut, dans quelques cas; s’en assurer en introduisant le doigt dans le rectum.
Mais dans les cas où là vessie peut se distendre, et où les parties ont si peu d'épaisseur qu’elle peut être manifestement sentie au-dessus du pubis, je ne vois aucune objection sérieuse à ce qu’on opère dans cetté région; et cette méthode a un avantage sur celle qui consiste à pénétrer | dans la vessie par le rectum, c'est qu’il est plus facile de placer une sondé dans la vessie et de l'y maintenir, ce qui est nécessaire jusqu’à ce que la cause de la rétention d'urine soit détruite.
Il me paraît utile de faire connaître ici quelques précautions relatives au séjour de linstrument dans la vessie, et d’indiquer celui auquel il faut donner la préférence. Ce doit être un tube creux, assez long pour atteindre jusqu’à la face postérieure de la vessie, car dans la contraction de la vessie, la partie antérieure de ce viscère se porte en arrière et en bas; vers son point fixe, en s’éloignant de l’abdomen, de sorte que sans la précaution indiquée, elle pourrait abandonner Pinstrament qu’on à placé dans sà cavité. Comme on ne peut déterminer d’une manière exacte la distance qui existe entre les téguments de l'abdomen et la face postérieure de la vessie, il peut arriver que la canule soit où trop longue ou trop courte. Si elle est trop longue, son extrémité peut exercer une pression nuisible sur Ja face postérieure de la vessie, y produire une ulcération, et finir par pénétrer dans le rectum. Pour éviter cet accident, aussi bien que les inconvénients qui peuvent résulter du défaut dé longueur suffisante de l'instrument et du retrait de la vessie de dessus son extrémité ; il faut faire usage d’un tube recourbé, et le placer de manièré que sa convéxité réponde à la partie postérieure de la vessie. Cette partié offtant une jarge surface , et présentant une courbure à peu près Sérnblable à celle du tube, on a moins à craindre que le contact de cet instrument n’y produise une lésion. On peut placer les ouvertures de la canule sur sa face concave.
Il est probable qu’il serait plus sûr et moins douloureux pour le malade de faire pénétrer de la ves$ié dans l’urètre Pextrémité recourbée de la sonde ; c’est une opération très-praticable, et l’on sait qué la présence
d’un tél corps dans l’urètré entraîne aucun inconvénient. Üné algalié ofdinaire, introduite de cètte manière , pèut pénétrer : assez loin pour que son BAvIHSN vieñne se placer présque'en contact àvec l'abdomen. Il
384 MALADIES QUI SONT CONSIDÉRÉES | suffit de placer une petite compresse pliée en plusieurs doubles entre | l’algalie et l’abdomen ; ensuite, au moyen d'un ruban de fil fixé au .pa- | villon de la sonde, on peut attacher cette dernière au corps; ou bien, ! on peut employer une algalie courte, munie d’oreilles auxquelles le ruban de fil est attaché (*). Lorsque la sonde est restée quelque temps en | place, lPouverture artificielle devient. permanente jusqu’à un certain | point, de sorte qu’on peut retirer l'instrument de temps en temps et le | nettoyer de la matière calculeuse qui peut s’y être attachée. Pour éviter | cette partie de l'opération, on a recommandé de placer deux canules l’une dans l’autre, afin qu’on püt facilement retirer la canule interne ! pour la nettoyer ; et l’introduire de nouveau ; mais dans la plupart des |! cas, il devient nécessaire également de retirer la canule externe, car sa ! surface extérieure doit aussi se recouvrir de matière calculeuse.
La méthode qui consiste à pénétrer dans la vessie par le rectum, doit ! trouver son application plus souvent que la précédente, car elle n’exige pas la même distension de la vessie, et il est probable que le seul obstacle qui puisse se présenter ici, c’est la tuméfaction de la prostate. Dans les maladies de l’urètre dont il est question, la glande prostate est sou-
vent très-tuméfiée, et l’on conçoit que cette circonstance puisse jeter beaucoup d'incertitude sur le choix du point où l’on doit pratiquer la ponction. Dans ces cas, en effet, la prostate est dirigée en bas, vers l'anus, au-devant de la vessie, et c’est la première chose qui se présente au contact du doigt. Il faut done mettre beaucoup de soin à distinguer la vessie de la prostate, et l’on ne peut y parvenir qu’en plaçant le doigt au delà de cette dernière, ce qui peut n’être pas praticable. Lors même qu’on peut pousser l'exploration jusque-là, il n’est pas toujours facile d'établir cette distinction, car la vessie épaissie et distendue peut être prise pour la continuation de la tumeur formée par la glande. Toutefois, si les conditions que j'ai signalées comme des obstacles à l’opération audessus du pubis existent, je pense qu'on doit donner la préférence à l'opération par le rectum: car bien que la probabilité du succès ne soit pas plus grande en apparence dans l’une que dans l’autre des deux méthodes, cependant les chances sont en faveur de cette dernière.
Je dois cependant faire remarquer que les objections que je viens d’exposer ne se sont élevées dans mon esprit que par suite des connaissances que je puis avoir sur les maladies des organes génito-urinaires, et non d’après l’observation de cas de rétention d’urine présentant toutes les circonstances ci- -dessus mentionnées.
(*) Lorsqu'on pratique l'opération qui nous occupe pour une rétention d’uriné causée par un rétrécissement de l'urètre, on pourrait introduire une sonde par la vessie dans ce canal jusqu'au rétrécissement. Si l’on faisait pénétrer alors une canule droite dans l’urètre par son orifice externe, les deux instruments se trouveraient presque en contact, n'ayant que le rétrécissement entre eux. Un stylet, introduit par cette canule, serait dirigé jusque dans le bout de la sonde placée dans la vessie; on. pourrait ensuite faire passer, soit une bougie, soit une sonde. Jon HuNTER,
Le D' Hamilton, de Kings-Lynn, en Norfolk, a rapporté dans les Transactions, philosophiques (*) un cas de rétention complète d’urine par suite de rétrécissement, où aucun instrument ne put être introduit par les voies naturelles, et où une ponction fut pratiquée avec succès à la vessie par le rectum.
Ce qui porta le D' Hamilton à opérer ainsi, ce fut la difficulté qu’on éprouva pour introduire la canule de la seringue dans le rectum. Ayant introduit son doigt dans l’anus, il trouva la vessie tellement sail- Jante dans le rectum , qu’il concut l’idée d’opérer dans cet endroit.
: Le malade fut placé dans la même position que pour l’opération de la taille. Un trocart que l’on fit pénétrer sur le doigt dans l’anus, fut en- » foncé dans la partie inférieure et saillante de la tumeur , suivant la direction de l’axe de la vessie, et lorsqu'on en retira le stylets l'urine s’écoula par la canule. On introduisit alors une sonde droite dans la cavité de la canule, de peur que l’ouverture de la vessie n’abandonnât cette dernière ; ensuite, la canule fut retirée sur la sonde qui fut laissée en place jusqu’à ce que tout le liquide fût évacué, et qui fut ensuite retirée. Malgré cette perforation, la vessie retint l’urine comme à l’ordinaire, jusqu’à ce que le besoin d’uriner se fût fait sentir. Lorsque le malade voulut satisfaire ce besoin, l’ouverture artificielle de la vessie se rouvrit et le liquide s’échappa par l'anus. Il en fut ainsi pendant deux: jours , au bout desquels l’urine commenca à sortir par sa voie naturelle. Une bougie fut introduite dans la vessie par l’urèêtre, ce qui donna un libre écoulement à l'urine et rendit naturellement moindre la quantité de ce liquide qui sortait par l’anus, de telle sorte que six jours après l'opération, la totalité de l'urine s’écoulait par son canal naturel. Le malade continua l’emploi des bougies jusqu’à ce que le rétrécissement fût complétement dilaté.
Le D'° Hamilton fait remarquer qu’en général dans ces cas de rétention d'urine, le calomel et l’opium donnés à hautes doses se montrent plus efficaces que tous les autres moyens qu’il a essayés. Il est convaincu, d’après des essais répétés, que l’efficacité spécifique réside dans le calomel, car de fortes doses d’opium données seules sont restées sans effet mais il ne dit pas si le calomel réussit seul. Il prescrit dix grains de calomel avec deux grains d’opium, à répéter au bout de six heu- \res si aucun effet n’a été produit à cette époque ; et il ajoute qu’il a été rarement obligé de donner une troisième dose.
. Cette méthode de faire la ponction de la vessie fut conseillée pour la première fois par Fleurant, chirurgien de la Charité à Lyon, dans l'année 1750. L'opération fut pratiquée à cette époque, et Pouteau en donna la description en 1760, avec l’histoire de trois cas dans lesquels l’opération avait été exécutée par Fleurant. L'idée d’opérer par le rectum fut suggérée à ce dernier de la même manière qu'au D' Hamilton. Ayant introduit le doigt dans le rectum pour explorer l’état de
(*) Philosophical transactions for the year 1796 ,'. LXVI, p. 558. I. 25
386 MALADIES QUI SONT CONSIDÉRÉES À la vessie, dans un cas où il se disposait à pénétrer dans ce viscère par le périnée , il trouva la vessie tellément proéminenté en cet endroit et si bien à la portée des instruments, qu’il changea immédiatement d'avis et ôpéra dans ce point. Il évacua l'urine très-facilement et maintint la canule en place au moyen d’un bandage enT, jusqu’à ce que lurine eût repris son cours naturel; ensuite il retira l'instrument, et les suites de l'opération furent heureuses. Mais le malade fut gravement incommodé par la présence de la canule au moment des garde-robes et par l'écoulement constant de l’urine à travers cette canule. Le D' Hamilton évita ces inconvénients en retirant la canule aussitôt après l’évacuation de l'urine. Cette pratique eut un autre effet également utile; c’est que l’urine fut retenue dans la vessie jusqu’à ce que le stimulus de plénitude se fût fait sentir, et alors elle s'écoula par l'ouverture artificielle comme par un conduit naturel. Si cette dernière circonstance est un effet constant de la ponction de ja vessie par le rectum, on doit reconnaître que c’est un résultat inattendu qui n’aurait pas pu être prévu par la théorie (*. |
Chez un autre malade de Fleurant, la canule fut maintenue dans l'anus et dans la vessie pendant trente-neuf joursisans aucun inconvénient, de sorte que cette partie de l’opération ne peut être l’objet d’une objection sérieuse. Pouteau a cité un cas dans lequel il a pratiqué cette opération en 1752, et le malade est mort (**). Il s'exprime ainsi : « Je fus appelé pour voir un homme du peuple atteint d’une rétention d'urine Si rebelle et si violente, qu’il y avait déjà des symptômes de ce que l’on appelle un reflux d'urine dans le sang; aussi le mal durait-il depuis plus de trois jours. Un empirique, aux soins duquel ce malade avait été confié, après avoir donné sans doute, et fort mal à propos, des diurétiques très-forts, s'était aussi enhardi à le sonder. Il me parut vraisemblable que ses tentatives, qui avaient d’abord été sans succès, ne pouvaient qu'avoir augmenté le mal; une sonde ne pouvait être conduite dans ces parties par dés mains ineptes sans y accroître l’inflammation ; aussi, ne fis-je que très-peu d’efforts pour tenter d’entrer dans la vessie par cette voie, qui me paraissait bien malade tant par l’effusion de sang que par les signes de la douleur la plus forte : je me déterminai aussitôt, comme ci-devant, et je plongeai mon trocart par le rectum jusque dans la vessie. Le succès en fut d’abord le même; j'évacuai parfaitement toute l'urine, et je laissai la canule une nuit et un jour, pendant lequel temps il découla sans cesse de lurine. Le tout se passa sans aucun accident que lon püût Soupconner être relatif à l'opération, et la mort, qui la suivit un jour après, en fut entièrement indépendante. »
On doit supposer avec Pouteau , que la mort de ce malade fut le résultat, non de l'opération, mais de ses maladies antécédentes.
*k = . Q 4 o N Û ET ». EL nEr (*) Reïd, chirurgien à Chelsea, a publié, en 1758 , un cas de rétention d'urine avec une description de cette opération. Joan HuNTrer.
(**) Pouteau, Mélanges de chirurgie, Lyon, 1960, p. 506 à 508.
On a cité les poches appelées vésicules sémirnales et les vaisseaux hémorroïdaux comme des parties qui sont exposées à être lésées dans l’opération, etqui, par conséquent, doivent étre une cause de préoccupation pour le chirurgien. Mais en admettant que l’une ou l’autre de ces parties soit lésée, il ne peut en résulter rien de grave. Pour éviter les vésicules Séminales’, on a recommandé de faire la ponction dans un point élevé, exactement à la partie moyenne de la vessie; par là, on opère en même temps sur lendroit où les vaisseaux hémorroïdaux sont le moins volumineux , et où par conséquent leur lésion a le moins d’importance.
Il résulte de l'observation suivante, qui n’a été envoyée par un médecin, qu'une communication entre la vessie et le rectum ne constitue qu’un simple inconvénient, et même un inconvénient beaucoup moins grand qu’on ne serait porté à le croire. :
« Relativement au matelot qui rendait son urine par le rectum, j’ai examiné le peu de notes que j'ai conservées, mais je n’ai pu trouver les remarques que j'avais faites sur lui; toutefois, comme ce cas était curieux, ilme frappa, et je me rappelle que le malade me dit que quelques années auparavant (c'était à l'hôpital de Madras, en décembre 17..), il avait eu une maladie vénérienne qui s'était montrée très-violente et très-opiniâtre; que son urine s'était écoulée par l’anus, mais que cette voie anormale s'étant fermée, elle avait repris son cours ordinaire par la verge, et qu’elle avait continué à sortir naturellement jusqu’au moment où il avait contracté la maladie de nouveau ; alors l’urine prit son cours une seconde fois par l'anus, et continua ainsi pendant plusieurs années. Lorsque cet homme fut confié à mes soins pour la première fois, à l’hô- pital de Bombay, en février 1779, il n’éprouvait aucune douleur ni aucune incommodité de cette manière de rendre son urine. Lorsqu'il avait besoin d’uriner, il s’accroupissait. Souvent je lai fait se coucher sur la poitrine, ayant les cuisses fléchies sur l’abdomen, et le jet d'urine sortait de l’anus avec beaucoup de force (*). »
Il est des cas où, par suite d’abcès qui se sont formés entre la vessie
(*) On lit dans l'édition de Home: « John Conway, matelot appartenant au paint Antonia , entra à l'hôpital Haslar, le 24 novembre 1770, pour une syphilis constitutionnelle, Outre les symptômes ordinaires de cette maladie, il était affecté d’une communication entre la vessie et le rectum, qui durait depuis quatre mois, Quand il voulait uriner , le liquide s’écoulait à la fois par l'urètre et par l'anus, sortant par cetté dernière ouverture en un jet peu volumineux qui fournissait souvent jusqu’a une chopine de liquide, L’urine s’écoulait aussi en grande quantité par baars quand le malade allait à la garde-robe, bien qu’alors il n’en sortit point par Herbes, Dans le cominencement de la maladie, quelques fragments de chairs mortes, disait le malade, étaient sortis par le rectum; mais quand il entra à PRÉ il my avait ni douleur, ni suppuration dans cet organe, et l'urine passait sans faire éprouver aucune souffrance. 11 n’y savait jamais eu extérieurement aucun orifice pue communiquant avec la véssie ou le rectum, et quand le ss ne tourmente He des gaz dans les intestins, il ne remarquait point qu'il s'échappat aucun gaz par Vu-
rètre, »
et le rectum, et qui ne se sont point cicatrisés, il y a passage réciproque des matières contenues dans ces deux cavités.
11 me reste à parler de la ponction par le périnée. L’oblitération de l’urètre, qui s'oppose au passage de l'urine, empêche le chirurgien, dans la plupart des cas, d'introduire un instrument, et le prive des avantages qu’il pourrait retirer d’un tel guide dans l’opération. Cependant, il peut se trouver des cas où en incisant l’urètre au delà du rétrécissement, l’urine s'écoule par la plaie. Mais cette incision elle-même doit être faite sans aucun guide, et exige une connaissance exacte et complète des parties sur lesquelles on doit opérer. Si l'obstacle reconnaît pour cause le développement morbide de la portion valvulaire de la prostate (luette vésicale), on peut faire pénétrer un cathéter jusqu’à la tumeur et inciser dessus comme pour la pierre, en faisant seulement une incision plus petite, et en se servant d’un petit gorgeret ou d’un trocart d’une forme particulière, qu’on peut faire pénétrer le long du cathéter et de là jusque dans la vessie; car bien que le cathéter ne pénètre pas dans ce viscère, la distance qui reste à franchir sans guide est bien petite. Lorsque ce procédé opératoire ne peut être mis en usage, on peut faire au périnée, avec une lancette à abcès, une incision étroite et profonde dirigée vers la vessie. Le chirurgien enfonce la pointe du trocart dans cette ouverture, et en même temps il introduit le doigt indicateur de l’autre main dans Panus, pour lui servir de guide, tant pour la direction à donner à l’instrument que pour éviter la perforation du rectum. Avec ces précautions, on ne peut commettre d'erreur grave.
Je dois avouer toutefois que je n’ai pas vu un assez grand nombre de cas pour pouvoir décrire toutes les variétés qui se présentent dans la pratique ordinaire, et par conséquent pour pouvoir indiquer tous les avantages et tous les inconvénients de chaque méthode (*).
(*) Dans les cas de rétention d’urine par suite d’un rétrécissement, 1l est toujours plus prudent d’inciser l’urètre que de perforer la vessie. La vessie est plongée dans un tissu cellulaire lâche qui l'enveloppe de toutes parts et qui est nécessairement lésé dans la ponction de la vessie, quel que soit le point sur lequel l'opération est pratiquée. Or, une telle plaie ne peut être faite sans un grand danger, parce que l’urine pénètre dans ce tissu cellulaire lâche, s’y infiltre souvent et peut produire des escarres et des abcès étendus. Ces accidents ne sont point une conséquence rare de la ponction de la vessie, et ils sont presque toujours mortels. L’incision de l’urètre n’est pas accompagnée des mêmes dangers, parce que le tissu cellulaire du périnée est ordinairement chargé de graisse, et que, dans tous les cas, la sortie de l’urine est directe et facile; et lors même qu’à la suite de cette opération il se forme un abcès, cet abcès est voisin de la surface du corps et on peut l’ouvrir avec la plus grande facilité.
Dans l’état naturel des parties , les parois de l’urètre sont affaissées, et il n'est pas facile de trouver ce canal si quelque instrument n’y a été introduit préalablement pour servir de guide. Mais dans les cas de rétention d'urine par suite de rétrécissement, l’urètre est toujours considérablement dilaté entre la coarctation et la vessie, et la même difficulté n'existe plus. Comme le siége du rétrécissement est variable, le procédé opératoire doit aussi varier un peu.
Quand le rétrécissement est situé au-devant du bulbe, la dilatation de l’urètre eu
COMME UN EFFET DE LA GONORRHÉE. 389 $ I. Du séjour prolongé des sondes dans l’urètre et dans la vessie,
Dans les cas d’affaiblissement de la vessie, dans ceux où les sondes ne passent qu'avec difficulté ou avec une grande incertitude, dans ceux où il faut les introduire fréquemment et pendant un assez long espace de temps, il est nécessaire de laisser un instrument dans l’urètre et dans Ja vessie, afin de donner un libre écoulement à l’urine. Une algalie ordinaire ou une sonde de gomme élastique est l’instrument qui paraît convenir le mieux, mais cet instrument doit être fixé dans le canal; on y parvient en attachant son extrémité externe à quelque corps extérieur, ainsi que je vais le décrire. Quand l’algalie est bien placée dans la vessie, son extrémité extérieure doit être portée en bas, de manière qu’elle soit presque sur la même ligne que le tronc. Pour la maintenir dans cette position , on peut se servir de la ceinture d’un suspensoir, munie de deux sous-cuisses qui y sont fixés ou seulement accrochés, et qui contourneént chaque cuisse d’arrière en avant, pour remonter sur les côtés du serotum et venir s'attacher à la ceinture, dans les points où les montants de la poche du suspensoir sont ordinairement fixés. Un ou
arrière de l’obstacle se percoit distinctement au périnée, surtout quand le malade fait des efforts pour uriner. Dans cet état des choses, rien n'est plus facile que d'ouvrir la portion dilatée du canal avec une lancette ordinaire.
Mais le rétrécissement a beaucoup plus souvent son siége dans le point où la portion membraneuse de l’urètre se continue avec le bulbe. Alors la difficulté est plus grande, Cependant, la portion dilatée de l’urètre peut être sentie en général par le rectum, et même, plus ou moins distinctement, au périnée; et si l’on fait une incision préalable dans les parties superficielles, comme pour la taille, on peut l'atteindre
et l'ouvrir. L'opérateur peut trouver quelque avantage à introduire dans l’urètre, jusqu’au rétrécissement, une sonde qui lui indiquera la direction du canal; mais son principal guide doit être le pubis, puisque, dans le cas qui nous occupe, la partie où l’on doit pratiquer l'ouverture est située immédiatement au-dessous de la symphyse,
Quand le rétrécissement est situé encore plus en arrière, c’est-à-dire, près du sommet de la prostate, il peut être impossible de sentir aucune dilatation ; alors, il faut
modifier l'opération. On introduit d'abord un cathéter dans l’urètre, et on le fait pénétrer jusqu’au rétrécissement. On pratique ensuite uue petite incision sur la canne- ‘lure du cathéter auprès de sa pointe, et cela permet à l'opérateur d'introduire une sonde cannelée, qui peut être poussée jusqu’au rétrécissement, et à laquelle il est facile de faire franchir l'obstacle. Cela fait, il west pas difficile de faire passer une algalie au travers du rétrécissement dans la vessie, et d’évacuer l’urine.
Ces procédés opératoires ne sont point applicables aux cas où l’obstruction est
- causée par une tuméfaction de la prostate. Daus ce dernier cas, lorifice de lurètre est fermé, et il ne pénètre pas une goutte d'urine dans ce canal; cependant, même ici, la ponction de la vessie offre plus de dangers que la perforation de Ja prostate tuméfiée. On peut introduire une sonde d’argent à travers la prostate jusque dans la cavité de la vessie: on a eu recours à cette pratique dans plusieurs occasions, et elle n’a été suivie ni d'accidents graves, ni même d’inconvénients sérieux. Quelquefois l’ouvertuie ainsi faite reste hbéante; d’autres fois elle parait se fermer, et l'urine est évacuée de la même manière qu'avant l'opération, et avec la même facilité.