‹ Traité de la syphilisChapitre 35 sur 70 · COUR · texte numérisé non relu

COUR

deux petits anneaux peuvent être adaptés à chaque sous-cuisse à la hauteur du scrotum ou de la racine de la verge. Au moyen d’un ruban de fi, on attache l’extrémité de l’algalie à ces anneaux, et l’instrument se trouve ainsi solidement fixé dans la vessie. Enfin, on prend un morceau de linge de quatre à cinq pouces de long ayant un trou à l’une de ses extrémités; on l’adapte à l'extrémité externe de lalgalie, et l’on fait pendre son extrémité libre dans un bassin placé entre les cuisses du malade; ce linge a pour objet d’entraîner l'urine qui adhère à l'instrument et d'empêcher que le malade ne se mouille. On peut atteindre le même but en plaçant dans l’algalie un tube recourbé.

Par ce moyen, la vessie ne se distend jamais, et quand le malade a besoin de la vider en partie, il n’a qu’à contracter ses muscles abdominaux ; une grande quantité d’urine s’échappe à chaque contraction.

Lorsque la vessie commence à recouvrer son action, le malade remarque que l’envie d’uriner se fait sentir, et, dans ce moment, l’urine s'écoule sans qu’il ait besoin de contracter ses muscles abdominaux. Quand l’émission de l'urine se fait facilement de cette manière, on peut retirer la sonde, et le malade peut ensuite uriner sans le secours d’aucun instrument. Si l’on est obligé de garder la sonde pendant un temps très-long, la présence de cet instrument amène la production d’une grande quantité de glaires et de mucosités dans l’urètre et dans la vessie ; mais je crois que cela n’a aucune importance. J’ai vu une sonde rester ainsi en place pendant cinq mois sans inconvénient.

Dans tous les cas où il est nécessaire de tenir un corps étranger trèslongtemps dans la vessie, soit à travers une ouverture artificielle, soit par l’intermédiaire du canal de l’urètre, il est utile de le retirer quelques jours après sa première introduction et d'examiner s’il ne se recouvre point à sa surface externe de la inatière calculeuse de l'urine, ou si cette matière ne se dépose point dans sa cavité. Si, après quelques jours de séjour dans la vessie, il ne s’est formé aucun dépôt calculeux à sa surface, on ne doit plus avoir de crainte à ce sujet; mais si, comme il arrive souvent , il s’est recouvert d’une incrustation abondante, il sera nécessaire de le retirer de temps en temps pour le nettoyer. Le meilleur moyen de nettoyer l'instrument consiste à le plonger dans du vinaigre, qui ne tarde point à dissoudre la matière calculeuse.

$ IT. De l'accroissement de force (hypertrophie) de la vessie.

Dans les maladies qui ont été décrites précédemment, la vessie, étant obligée de fonctionner plus qu'à l'ordinaire, est presque constamment dans un état d’irritation et d'action ; il résulte de là, d’après une propriété qui est commune à tous les muscles, que sa tunique musculeuse devient de plus en plus forte.

Je soupconne que cette tendance à acquérir une plus grande force par la répétition de l’action, est plus prononcée dans les muscles involontaires que dans ceux qui sont soumis à la volonté; et la raison de ce fait me paraît três-évidente : dans les muscles involontaires, en effet, il

COMME UN EFFET DE LA GONORRHÉE. 391 faut que la puissance soit, dans tous les cas, capable de surmonter la résistance, Car la puissance accomplit toujours quelque action naturelle et nécessaire. Ainsi, toutes les fois qu’une maladie produit une résistance insolite dans les parties involontaires, si la puissance n'est pas. accrue en proportion, la maladie devient formidable. Au contraire, pour les muscles volontaires, cette nécessité n’existe point, parce que la volonté peut s'arrêter toutes les-fois que les muscles ne peuvent exécuter ce qu’elle leur commande. Si la volonté est assez malade pour ne pas s'arrêter, la puissance ne s’accroît point dans les muscles volontaires en proportion de la résistance.

J'ai vu la tunique museuleuse de la vessie présenter une épaisseur de près d’un demi-pouce; ses faisceaux étaient si forts, qu’ils formaient des erêtes saillantes à la surface interne de sa cavité (*). J'ai vu aussi ces faisceaux extrêmement minces ; je les ai même vus manquer dans quelques parties de la vessie, de sorte que la tunique interne faisait hernie entre les autres faisceaux et formait de petites poches (**). Ces poches se forment parce que les parties minces des parois ne peuvent soutenir les actions des parties les plus robustes, comme il arrive dans les hernies qui sont produites soit à l’ombilic, soit aux anneaux de l'abdomen.

$ III. De la dilatation des uretères.

Il arrive quelquefois que l’irritation produite par la distension de la vessie et la difficulté que ce viscère éprouve à expulser le liquide qu'il contient sont si grandes, que l’urine re peut passer librement des uretères dans sa cavité; il en résulte une dilatation anormale des uretères. Le bassinet et les calices des reins se dilatent également. Mais je ne saurais décider si la dilatation des uretères et du bassinet est réellement due à une cause mécanique, ou s’il ne s’y développe pas une disposition à la dilatation ayant son origine dans le stimulus qui émane de la vessie. Dans quelques cas anciens où la vessie était devenue très-épaisse et avait agi très-longtemps avec une grande violence, les mamelons avaient participé à la maladie, au point que la surface de ces éminences, et peutêtre même les organes sécréteurs des reins, produisaient du pus; de sorte que l’urine sécrétée était accompagnée de pus provenant d’une irritation qui avait son siége dans toutes ces parties.

(*) On a cru longtemps que cette disposition était due à une maladie de la vessie; mais, à l'examen des pièces, j'ai trouvé les parties musculeuses saines et très-distinctes ; elles avaient seulement augmenté de yolume en proportion de la force qu’elles avaient eue à exercer; ct cet état n'était point l'effet de l'inflammation, car, lorsqu'il en est ‘ainsi, les parties sont confondues en une masse dans l'épaisseur de laquelle on ne peut les distinguer les unes des autres. . Jon HüNTER.

(**) Telle est peut-être la cause qui fait qu'on trouve souvent les calculs vésicaux dans une poche : car dans les cas où il y a une pierre, la vessie devient souvent trèspuissante, par suite des violentes contractions auxquelles elle se livre tant à cause de l'irritation que la pierre exerce sur ses parois, que parce que celle-ci se place souvent à l’orifice de l’urètre au moment de l'émission de l'urine. Joan Hunter.

We MALADIES QUI SONT CONSIDÉRÉES

les cas ci-dessus indiqués, l'urine est généralement décomposée at même qu’elle soit rejetée hors de la vessie, et comme le linge des malades est constamment mouillé par l'écoulement presque continuel de l'urine, il en résulte une odeur très- fétide, et il est presque impossible de tenir les malades propres.

$ IV. De l'irritabilité de la vessie, indépendante de toute obstruction | au passage de l'urine.

Il est une autre maladie de la vessie, qui est liée au sujet qui nous occupe, et qui consiste dans une irritabilité ‘extrême de ce viscère, qui n’est plus susceptible de sa distension habituelle. Les symptômes de cette maladie ressemblent beaucoup à ceux qui proviennent d’un obstacle au cours de l'urine dans l’urètre, mais avec cette différence que, dans Ja maladie dont il est question ici, l’urine coule facilement, parce que lurètre obéit et se relâche. Cependant, il y a souvent des efforts considérables après que l’urine a été expulsée entièrement, parce que la tunique musculeuse de la vessie continue encore à se contracter.

L'irritabilité de la vessie naît souvent de causes locales, comme une pierre, un cancer ou des tumeurs qui se forment à sa surface interne. Dans les cas de cette.espèce, les efforts sont violents, car la cause est toujours présente et donne sans cesse le stimulus de quelque chose qui doit être expulsé. La vessie se contracte sans relâche jusqu’à ce que, fatiguée comme dans les cas de simple irritabilité, elle tombe dans un calme momentané. Mais ce repos est de peu de durée, car l’urine ne

tarde point à s’accumuler de nouveau. |

Cette maladie finit par amener la mort, en donnant naissance à la fièvre hectique.

© $ V. Traitement de la simple irritabilité de la vessie.

Quand les symptômes proviennent de l’irritabilité seulement, et non de la présence d’un calcul ou de quelque maladie locale, la nature de l'affection peut d’abord ne pas se montrer d’une manière évidente. Toutefois, on peut procurer un soulagement temporaire par l'emploi de l’opium , qui est très-eflicace dans les cas récents et légers, et dont les effets sont d’autant plus prononcés qu’on l’applique plus près de l’organe malade, de sorte qu’on peut l'administrer en lavements aussi bien que par la toute WE

Toutefois, je suis porté à accorder plus de confiance à un vésicatoire appliqué soit au périnée, soit sur la région lombaire, soit enfin sur la partie supérieure du sacrum, si on le jugeait plus convenable, qu’à tout autre moyen.

Dans tous les cas où la vessie est le siége d’une irritation , le malade ne devrait jamais s’efforcer de retenir son urine après que le besoin de la rendre s’est fait sentir. Ces tentatives sont douloureuses pour la vessie

(*) On lit en outre dans l'édition de Home : « J'ai vu le petit-lait aluminé produire de bons effets, »

COMME UN EFFET DE LA GONORRHÉE. 393 dont elles augmentent l'irritabilité; et je suis porté à croire que cette circonstance, même quand les organes urinaires sont sains, est souvent une cause prédisposante de maladie pour la vessie et l’urètre. J'ai vu plusieurs fois cette mauvaise habitude produiré un rétrécissement spasmodique de l’urètre chez des individus bien portants, et elle est souvent une cause immédiate de strangurie chez les sujets qui sont atteints de ré-

trécissement ou qui ont une disposition aux spasmes des voies urinaires. Un homme qui se portait parfaitement bien fut pris, pour avoir résisté au besoin d’uriner tandis qu’il était au spectacle, de tous les symptômes de l’irritabilité de la vessie. Ces symptômes persistèrent pen- dant plusieurs années, et le firent beaucoup souffrir.

$ VI. De la Pas alysie des muscles accélérateurs de Vurine (bulbocaverneux ).

Dans beaucoup d’irritations de la vessie, non-seulement l’urètre se relâche directement par l'effet du besoin d’uriner qui est perçu dans ce viscère, ainsi que je l’ai dit, mais encore les muscles volontaires dé l’urêtre peuvent se paralyser, de sorte que la volonté ne peut plus leur commander de se contracter pour prévenir les inconvénients d’une évacuation immédiate de l'urine. Si l’on essaye de retenir le liquide, ce qui est un acte de la volonté, les efforts sont vains ; les accélérateurs n’obéissent point, et l'urine s’écoule.

Un vésicatoire appliqué sur le périnée est d'une grande utilité pour HSSben cette maladie,

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