‹ Traité de la syphilisChapitre 51 sur 70 · IL · texte numérisé non relu

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blement sur la verge, près de sa racine ou près du pubis. D’autres fois, ils s'étendent plus loin, et se rendent jusqu’à une glande lymphatique de l'aine. Ils peuvent être facilement saisis entre le doigt et le pouce, et déterminent souvent dans le prépuce un épaississement qui lui ôte tellement sa souplesse, que le renversement en est difficile, sinon impossible, et qu’il en résulte une espèce de phimosis.

Je crois avoir vu cette disposition morbide consécutivement à la gonorrhée, lorsque celle-ci s'accompagne de l’inflammation et de la tuméfaction du prépuce, aussi fréquemment qu’à la suite des chancres. Si mon observation est exacte, il n’est pas facile de s’en rendre compte. J'ai fait observer que l’absorption se fait plus facilement à la surface des ulcères que sur des surfaces enflammées ; ou au moins, que la formation d’un bubon dans une glande et ses effets sur la constitution sont plus communs à la suite d’un ulcère. Mais il est à remarquer que la face interne du prépuce, d’où ce cordon paraît tirer son origine, est dans un état d’excoriation. Il est possible que l’inflammation en question provienne de la sympathie des vaisseaux lymphatiques avec l’urètre enflammé ; mais je crois que l'affection est véritablement vénérienne. Il est encore possible que la lymphe coagulable qui a été sécrétée sous l'influence de l’inflammation vénérienne et qui est la cause de la tuméfaction., étant absorbée, ait la faculté de communiquer l'infection, comme cela a lieu dans le cancer. :

L’épaississement, ou la formation de ce cordon dur, est causé probablement par l’épaississement des parois des vaisseaux absorbants , ainsi que par l’extravasation de la lymphe coagulable qui est sécrétée sur leur surface interne, comme dans les veines enflammées. ù

Ce cordon s’enflamme souvent jusqu’à suppurer, et quelquefois cette suppuration s'établit en plusieurs points, d’où il résulte un, deux, ou trois bubons ou petits abcès sur le corps de la verge. Tandis que ce travail s'effectue, on observe en quelques points du cordon une induration circonscrite ; ensuite, la suppuration s'établit dans le centre de chaque point induré; la peau s’enflamme; le pus se rapproche dé cette dernière, et l’abcès s’ouvre comme tout autre abcès. |

J'ai vu ces bubons ou petits abcès former une espèce de chaîne sur la face supérieure de la verge, dans toute la longueur de cet organe.

On peut établir une comparaison très-exacte entre cette affection motbidé et l’inflammation suivie de suppuration d’une veine qui a été lésée et mise à découvert. |

L’inflammation des glandes est beaucoup plus fréquente que l’inflammation des vaisseaux. Elle à pour cause le transport du pus vénérien jusqu'aux glandes lymphatiques, dont la texture ne paraît être rien autre chose que des ramifications agglomérées des vaisseaux absorbants, agglomération qui constitue le corps de chaque glande.

À raison de cette structure, il est permis de supposer que le liquide absorbé est retenu pendant un temps plus ou moins long dans ces corps, et que par conséquent il se trouve dans de meilleures conditions pour

DU BUBON. 483 leur communiquer la maladie, que dans la cavité des vaisseaux libres, où son trajet est probablement plus rapide. On peut s'expliquer ainsi pourquoi les glandes sont plus. souvent infectées que les vaisseaux.

Les mêmes glandes sont sujettes à se tuméfier dans d’autres maladies, et ces dernières tuméfactions doivent être distinguées avec soin de celles qui dépendent du poison vénérien. Ii faut s'informer avant tout de la cause, rechercher s’il n’existe point une maladie vénérienne dans quelque point plus distant du cœur, comme des chancres sur la verge, ou s’il n’y a point eu antérieurement quelque maladie de ce dernier organe. Il faut s'informer si des frictions mercurielles n’ont point été pratiquées sur Ja jambe et sur la cuisse du même côté, car on voit quelquefois le mercure appliqué sur ces parties pour la guérison d’un chancre, déterminer dans les glandes de l’aine une tuméfaction à laquelle on a supposé une nature syphilitique. En outre, il faut s’enquérir s’il n’y a point eu quelque maladie antécédente dans la constitution, comme un rhume, une fièvre, etc.; on doit aussi accorder beaucoup d’attention à la marche plus ou moins rapide de la tumeur, et la distinguer avec soin d’une hernie, d’un abcès par congestion, ou d’un anévrisme de l'artère crurale. |

Peut-être les. glandes lymphatiques sont-elles plus irritables ou plus susceptibles des stimulus que les vaisseaux absorbants. Elles sont certainement plus susceptibles de sympathie. Toutefois, nous ne connaissons pas encore assez les usages de ces glandes pour pouvoir nous rendre compte de cette différence d’une manière satisfaisante.

Il paraîtrait dans quelques cas que ce n’est qu’un certain temps après l'absorption du .pus vénérien que ses effets sur les glandes se manifestent. Quelquefois il s'écoule au moins six jours; c’est une chose qu’on ne peut savoir que lorsque les chancres se trouvent guéris six jours avant que le bubon- paraisse; or, dans les cas de cette espèce, il est plus que probable que le pus a été absorbé beaucoup plus longtemps auparavant, car sans doute le pus qui est sécrété le dernier par un chancre n’est pas vénérien ; et d’ailleurs, il est naturel de supposer que le poison peut mettre autant de temps à déterminer une action dans les parties qu’il affecte, lorsqu'il est appliqué par voie d'absorption, que lorsqu'il est

éposé dans l’urètre ou lorsqu'il forme un chancre à la surface extérieure du corps: or, j'ai déjà fait remarquer que, dans ces derniers cas, son action ne se manifeste quelquefois qu’au bout de six ou sept semaines.

Les glandes les plus rapprochées du siége de l’absorption sont ordinairement les seules qui soient affectées : telles sont celles de laine chez l’homme, quand le pus a été absorbé sur la verge; et chez la femme , celles de l’aine, et celles qui sont situées entre les grandes lèvres et la cuisse et autour des

‘ligaments ronds, lorsqu'il provient de la vulve. Le plus ordinairement ,

il n’y a qu’une glande qui soit affectée à la fois par l'absorption du pus

wénérien ; et, si je ne me trompe sur ce point d'observation, on peut

trouver dans cette circonstance un signe distinctif entre les bubons vé-

nériens et les autres maladies de ces organes. On ne voit jamais s’affecter

les vaisseaux lymphatiques ou les glandes qui sont en seconde ligne, par exemple, les glandes qui sont situées le long des vaisseaux iliaques et dans la région lombaire. De même, j’ai remarqué que lorsque la maladie a été contractée par une plaie ou par une coupure située sur le doigt, le bubon se forme un peu au-dessus du pli du bras, à la partie interne du muscle biceps; et dans tous les cas de cette espèce où un bubon s’est développé dans le point que je viens d’indiquer, il ne s’en forme point dans l’aisselle, bien que les glandes situées dans cette région soient celles qui sont le plus ordinairement affectées par l'absorption. Mais cette remarque ne s'applique pas à tous les cas sans exception, quoiqu’elle soit vraie pour le plus grand nombre; car je tiens d’un homme qui avait contracté la maladie par une plaie du doigt, qu’il fut affecté de bubons à la fois à la partie interne du muscle biceps et dans l’aisselle. J’ai eu connaissance depuis d’un autre cas semblable. Il n’est pas facile d'expliquer pourquoi cela n’est pas plus commun.

On pourrait supposer que la matière vénérienne est affaiblie ou trèsétendue par son mélange avec les liquides absorbés dans les autres parties du corps, pendant qu’elle est charriée dans les ramifications du système absorbant les plus voisines , et que, par suite, elle n’a plus assez de force pour infecter celles qui sont au delà de ces premières. Mais il est trèsprobable que la particularité qui vient d’être signalée est due à d’autres causes. J'avais supposé que la nature du poison était modifiée dans son trajet à travers les premières glandes, et qu’on pouvait expliquer ainsi pourquoi il n’infectait pas une seconde et une troisième série de glandes, et aussi pourquoi il n’affecte pas la constitution de la même manière que les parties avec lesquelles il s’est trouvé primitivement en contact. Mais cette hypothèse n’explique point pourquoi les glandes qui font suite aux bubons en suppuration ne sont point affectées par l'absorption du pus vénérien. Je crois que c’est la situation profonde des autres glandes qui les empêche de devenir le siége de lirritation vénérienne, et cette opinion est fortifiée par ce fait, que lorsqu’une des glandes superficielles suppure et forme un bubon, qui n’est rien autre chose qu’un vaste chancre, l'absorption qui s’exerce sur le pus de ce bubon et qui doit être considérable, n’infecte point les vaisseaux lymphatiques et les glandes qui font suite à la glande malade, bien que la matière vénérienne les traverse directement. à M

Si cette doctrine est exacte, il faut attribuer à la peau la susceptibilité des absorbants à recevoir l’irritation vénérienne. Soit que la peau ait cette faculté inhérente en elle-même, soit qu’elle lacquière par quelque influence, comme celle de l’air, du froid, ou de la sensation du toucher, il paraît que le pus vénérien n’a pas par lui-même la propriété d’irriter, et que pour que son effet plein. et entier soit produit, la double action de la nature du poison et de l’influence de la peau est nécessaire. Cette dernière influence doit agir par sympathie, et par conséquent moins énergiquement que si l’action morbide s’accomplissait dans la peau ellemême. Telle est peut-être la raison pour laquelle le pus vénérien n’affecte

DU BUBON. 485 pas toujours les vaisseaux et les glandes en question, tandis qu’il affecte toujours la peau lorsqu'il est introduit dans son tissu.

Chez l’homme, les bubons qui proviennent d’une maladie vénérienne de la verge sont situés dans les glandes absorbantes de l’aine. Lorsque c’est une gonorrhée qui produit le bubon, une des régions inguinales n’est pas plus que l’autre à l'abri du mal. Elles peuvent être affectées toutes les deux. Mais lorsque le bubon est la conséquence d’un chancre, on peut en général déterminer le siége du bubon par celui du chancre : car le bubon est ordinairement situé dans l’aine qui correspond au côté de la verge occupé par l’ulcère vénérien. Toutefois, cette règle n’est pas sans exception; car j'ai vu des cas, bien peu nombreux il est vrai, où un chancre situé sur un côté du prépuce ou de la verge a donné naissance à un bubon dans laine du côté opposé. Si alors le bubon provenait bien réellement de ce chancre, ce phénomène morbide prouve que les vaisseaux absorbants s’anastomosent ou au moins s’entre-croisent. Si le chancre est situé sur le frein ou sur la ligne médiane de la verge, il est impossible de dire quelle sera l’aine affectée. |

La situation des glandes de l’aine n’est pas toujours la même, et le trajet des vaisseaux absorbants varie en conséquence. J’ai vu un bubon vénérien qui provenait d’un chancre de la verge, occuper sur la cuisse une situation très-éloignée du pli de laine. J'en ai vu au contraire qui étaient situés sur la partie inférieure de l’abdomen , au-dessus du ligament de Poupart, et même quelquefois auprès du pubis. Ces variétés de situation peuvent amener quelques différences dans les moyens curatifs ; c’est pourquoi il est nécessaire d’y faire attention.

Comme la maladie vénérienne est le plus souvent le résultat du coït, le siége des bubons est ordinairement la région inguinale. Mais aucune partie du corps, pourvu qu’elle soit mise dans certaines conditions, n'étant à l’abri de cette maladie, on voit, parmi les glandes superficielles qui sont situées entre le point: où se fait l’absorption et le cœur, celles qui sont le plus rapprochées du siége primitif du mal s’affecter dans toutes les parties du corps comme celles de l’aine, et cela d'autant plus facilement qu’elles sont moins profondes.

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