‹ Traité de la syphilisChapitre 65 sur 70 · LA · texte numérisé non relu

LA

Eau distillee,,,.:4.,444.11311.

Jodure de potassium... gr. x.

Sirop de pavot......... Zi.

Cette potion est prise en trois fois, dans la journée, dans trois verres de décoction de salsepareille, de houblon ou de saponaire. Les doses sont ensuite augmentées de

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 629 dix grains tous les cinq jours, jusqu’à cent grains par jour, dose que j'ai rarement dépassée.

A part ses effets curatifs, l’iodure de potassium peut avoir sur différents points de l’économie une action qu’il n’est peut-être pas indifférent de signaler.

Les voies digestives le tolèrent ordinairement avec facilité; cependant, dans quelques cas, les malades se plaignent d’une douleur, d’un sentiment de gêne dans la région du grand cul-de-sac de l'estomac; cette douleur a quelquefois de l’analogie avec la pleurodynie, mais elle en diffère en ce qu’elle est plus profonde. Dans certains cas, la soif cest augmentée, quoique, le plus ordinairement, l’appétit seul soit accru et la nutrition fortement activée, de manière que les malades prennent bientôt de l’embonpoint. J'ai rarement observé de vomissements et de diarrhée. Quelques phénomènes peuvent se présenter du côté de la peau: il n’est pas rare d'y observer des éruptions qui se rapportent à l'acné, ou à la forme ecthymateuse à très-petites pustules. Les voies urinaires sont fortement influencées chez quelques sujets, et la sécrétion de l’urine très-fortement accrue. La circulation ne m'a pas paru remarquablement impressionnée, au moins dans la majorité des cas. Du côté du système nerveux, quelques malades ont éprouvé ce qu’on a désigné sous le nom d'intoxication iodique, caractérisée par un peu d’incertitude dans les mouvements volontaires, quelques soubresauts dans les muscles, des pesanteurs de tête, une sorte de paresse intellectuelle, et quelquefois par un léger trouble de l'intelligence. Dans tous les cas, à la dose extrême du remède que j'ai indiquée, ces phénomènes ont toujours été très-légers. Cependant leur apparition, et sur= tout leur tendance à s’aggraver, ont toujours été pour moi l'indication du terme auquel il fallait savoir s’arrêter, quant à la dose journalière; comme aussi, toutes les fois qu’un symptôme s’est amendé, je me suis arrêté à celle qui avait produit l'amélioration, pour ne l’accroitre, d’après les règles posées, que dans le cas d’un statu quo.

Il est rare, quand on a bien distingué les accidents qu’on avait à combattre, qu'un mieux très-prononcé et décisif ne se manifeste pas dès la seconde semaine, et quelquefois plus tôt. Les tubercules se résorbent; les ulcérations se détergent; la suppuration diminue; les douleurs ostéocopes cessent; et les tumeurs osseuses, si on n’a pas encore affaire à la période d’induration définitive ou à l’état éburné, ne tardent pas aussi à marcher vers la résolution,

Toutefois, lorsqu'il existe des accidents de transition des accidents secondaires aux tertiaires, tels que le sarcocèle syphilitique, les tubercules profonds de la peau et des muqueuses, et surtout lorsque des accidents secondaires encore francs accompagnent ces derniers, le traitement par l’iodure de potassium seul ne saurait suffire, et les mercuriaux doivent lui être adjoints. Ici encore, sauf les exceptions indiquées, c’est au proto-iodure de mercure que je donne la préférence.

Du reste, selon la nature du premier symptôme qui disparaît, on suspend aussi le premier le médicament particulier qui lui était appliqué, en suivant les règles déjà établies. = à

Cependant, dans le traitement des accidents secondaires et tertiaires, comme dans le traitement des accidents primitifs, il faut tenir compte de la médication directe ou locale : si dans les accidents primitifs c’est la première indication à remplir, dans les deux autres ordres de symptômes, c’est incontestablement la seconde.

Pour les éruptions cutanées, lorsqu'il existe des phénomènes de sur-excitation, ou de l'inflammation plus ou moins franche, quelle que soit la forme particulière, les bains généraux simples, gélatineux ou amilacés, sont très-utiles; les fomentations émollientes, sédatives, opiacées, etles cataplasmes émollients, doivent être fréquemment employés. Dans les éruptions abirritatives, les bains de vapeur simples, mais surtout les fumigations cinabrées locales ou générales, sont bien souvent d’un grand sécours. Sous le point de vue de la disparition rapide des symptômes, chose siimportante pour

la plupart des malades, surtout lorsqu'il s agit de ceux qui ont la face pour siége, il n’est peut-être pas de moyen plus efficace que l'usage du sparadrap de Figo cum mercurio, :

Les éruptions papuleuses et les tubercules appartenant à l’ordre des accidents secon= daires, et dont on active encore la résolution avec les pommades mercurielles, et en particulier celle de proto-iodure de mercure, exigent quelquefois l'emploi des bains de sublimé, bien plus efficaces ici que dans.quelques autres formes de ia syphilis.

J'ai déjà bien souvent montré, à ma clinique, les bons effets de la pommade de gondron de M. Émery dans le traitement local. des syphilides squammeuses, sans préjudice, toutefois, du traitement mercuriel général.

Mais comme médication locale puissante, et celle de toutes qui amène les plus rapides guérisons, il faut mettre en première ligne l'usage combiné du chlorure d'oxyde de sodium et du calomel dans lé traitement des papules muqueuses, tubercules muqueux, pustules plates humides. |

On lave deux fois par jour les parties malades avec le chlorure d'oxyde de sodium pur ou étendu d'eau, de manière à ne déterminer jamais qu’une légère cuisson, et on saupoudre ensuite avec du calomel. Huit ou dix jours suffisent ordinairement pour amener la résolution complète de ces éruptions, qui avaient souvent résisté à plusieurs mois d’un autre traitement.

Lorsque les éruptions de cette A ont pour siége la cavité bagodle on doit préférer les applications locales de nitrate acide liquide de mercure,

Le traitement local des ulcères secondaires rentre, à peu de chose près, dans les règles déjà posées pour le traitement des ulcères primitifs, Lorsque la période de réparation commence, le meilleur pansement, quand le siége le permet, consiste dans l'usage des bandelettes de sparadrap de Vigo cum mercurio. |

Les ulcérations ont-elles pour siége la bouche, la gorge, il faut avoir recours aux gargarismes émollients, s’il y a de l’inflammation; aux opiacés, au quinquina, à l’acide hydrochlorique, s'il y a tendance gangréneuse, comme on l’observe quelquefois; mais lorsque ces ulcérations, plus où moins indolentes, s’accompagnent de l’induration des tissus, les gargarismes de décoction de ciguë et de morelle, additionnés d’un quart de grain de deuto-chlorure de mercure par once, doivent être préférés.

Le voile du palais est quelquefois divisé par des ulcères syphilitiques; mais iei l’état des tissus et la nature des cicatrices rendent souvent impossible la belle opération que M. Roux a si souvent pratiquée avec succès dans d’autres cas.

Le traitement local de l’iritis syphilitique consiste dans l'application de sangsües aux témpes, aux apophyses mastoïdes et au niveau des ailes du nez. Aux révulsifs sur le canal intestinal et sur les membres inférieurs, il faut se hâter d'ajouter lusage de frictions mercurielles à la base de l'orbite; on peut y combiner, comme le fait avec tant de succès mon savant ami M. Sichel, de l'extrait de belladone, ou faire à part, avec cet extrait, des onctions dans la même région et dans les narines. Dès que les symptômes inflammatoires sont moindres, comme dans les ças où ils ont manqué au début, on peut promptement recourir à des applications de vésicatoires, soit aux tempes, soit sur la région sus-orbitaire; ces vésicatoires sont alors pansés avec l'onguent mercuriel, et renouvelés à mesure qu'ils se sèchent, tant qu’on en a besoin.

Du reste, aux autres moyens locaux qui peuvent être réclamés ici et qui n’ont rien de différent de ceux qu’exigent les autres ophthalmies graves, il faut promptement ajouter l'usage intérieur du proto-iodure de mercure, que je préfère au calomel, et que j’unis alors, soit à la poudre de feuilles de helladone, soit à son extrait.

Pour ce qui est du sarcocèle syphilitique, aux frictions mercurielles directes, à l’usage de l’emplâtre de F320 cum mercurio , On ne saurait rien ajouter de mieux que la compression méthodique dont j'ai parlé à l'occasion de l'épididymite blénnorrhagique,

La chute des poils et des cheveux, les altérations des ongles, conséquences des ulcérations et des éruptions de la peau des régions qu'ils occupent, cessent sous l'influence des médications que nous avons déjà signalées, Cependant on peut favoriser la pousse des cheveux, après avoir fait raser ceux qui restent, par lusage des frictions avec une pommade faite ayec le proto-ivdure de mercure, avec la pommade de cantharides, dite de Dupuytren, ou quelques frictions légères avec de la teinture de cantharides étendue d’alcool.

Pour les ongles, il suffit, le plus souvent, de leur appliquer le traitement local du tubercule muqueux.

Si nous passons maintenant au traitement local des accidents tertiaires, nous verrons que pour les tubercules profonds de la peau et des muqueuses, il faut souvent avoir recours aux antiphlogistiques directs, aux émollients, aux sédatifs et aux narcotiques à quand il existe des phénomènes inflammatoires, Mais lorsque ces tubercules sont à l’état indolent, ce qui a le plus ordinairement lieu, on en favorise souvent la résolution à l'aide du miel au proto-iodure (une partie de proto-iodure de mercure pour douze de miel; formule de M. Biett). Les lotions chlorurées unies au calomel, le sparadrap de Vigo cum mercurio, peuvent aussi réussir; mais un topique des plus efficaces, surtout quand ils sont ulcérés, c’est la solution d’iode.

Teinture d'iodei ss. à st 44444 Si.

Eau distillée, ....:./9.,3241 Sri.

Cependant, dans quelques circonstances, il est nécessaire d’avoir recours aux cautérisations à l’aide du nitrate acide liquide de mercure, ou aux applications de solutions caustiques de sublimé, de sulfate de cuivre, etc.

Si les douleurs ostéocopes cèdent quelquefois aux applications de sangsues, aux cataplasmes émollients, aux frictions laudanisées, etc., il n’y a peut-être pas de médication plus puissante et plus rapidement suivie de soulagement que le vésicatoire; il faut vraiment avoir été témoin des résultats qu’on en obtient, dans la grande majorité des cas, pour croiré au merveilleux de ses effets. Combien de fois n’ai-je pas montré, à la clinique de l'hôpital des vénériens, des malades qui, privés depuis des mois entiers de sommeil, étaient souvent débarrassés de leurs atroces douleurs en vingt-quatre ou quarante-huit heures! Le vésicatoire doit être appliqué sur le lieu même de la douleur; quand on lé lève, il est inutile de détacher l’épiderme. On peut faire le pansement avec du cérat opiacé, et couvrir la partie avec un cataplasme émollient, Sila douleur persiste, quand le vésicatoire est sec, on en met un autre. Dans quelques cas, il est nécessaire d'entretenir la suppuration , ou de faire une incisiôn profonde, qui intéresse le périoste dans l’endroit qui fait souffrir.

Le traitement local de la périostite, ou périostose, diffère peu de celui des douleurs ostéocopes. Le plus souvent, les antiphlogistiques, les émollients, lés narcotiques, et surtout le vésicatoire, en faisant cesser les douleurs, aident bientôt à la résolution des tumeurs qui ont pu se développer; cependant, pour obtenir celle-ci, il faut souvent joindre aux vésicatoires des applications directes d’onguent mercuriel, ou des applications de teinture d’iode étendue d’eau distillée, et dont on augmente graduellement la concentration, de manière à produire une légère cautérisation de la peau. Dans quelques cas, j'ai tiré un très-bon parti du vésicatoire et de la solution caustique de sublimé corrosif, dont il a été question dans le traitement du bubon.

Lorsque la maladie reste stationnaire, malgré l'emploi de ces moyens, on peut recourir à la compression toutes les fois que le siége particulier le permet,

Si la périostose a donné lieu à la suppuration, après avoir convenablement tenté la résolution, il ne faut pas attendre que la peau qui la recouvre $’altère, que le pus la

décolle, et qu’il dénude au loin des portions d'os d’abord étrangères au mal. Il faut alors se hâter de pratiquer, avec le bistouri, des ouvertures convenables.

L'ostéite réclame au début le traitement des douleurs ostéocopes et celui de la périostose. Quand la tumeur est développée, il faut insister surtout sur les pansements des vésicatoires avec l’onguent mercuriel double et les applications de cataplasmes.

Lorsque la suppuration a lieu, qu'il y a carie, surtout pour les os de la face, si souvent alors nécrosés, il ne faut jamais négliger de les enlever, dès qu'ils peuvent être séparés des parties saines. Il faut être bien convaincu que la carie engendre la carie, qu’un os dont la trame organique a été détruite par la suppuration, ou qui est frappé de mort, ne saurait être régénéré par un traitement général ou local quel qu'il soit, et que jamais il ne faut laisser jusqu’à élimination spontanée ses débris, vrais corps étrangers, entretenant et propageant au loin la suppuration, qui, en gagnant des parties importantes, peut entrainer les accidents les plus graves, et enfin la mort. |

Lorsque l’ostéite a produit l’exostose passée à l'état éburné permanent, il ne faut toucher à ces tumeurs, par des opérations, que lorsqu'elles produisent de trop grandes difformités, ou qu’elles génent d'importantes fonetions.

Le tubercule profond du tissu cellulaire sous-muqueux ou sous-cutané exige, dans son traitement local, une attention toute particulière, et cela d'autant plus, que, dans quelques circonstances, il semble être le dernier résultat de la vérole constitutionnelle, dont le principe général peut être éteint.

Mon savant collègue, M. Cüllerier, a proposé d'attaquer les tubercules sous-cutanés par le vésicatoire et la solution caustique, comme dans le traitement du bubon. Cette méthode im’a souvent réussi, De mon côté, j'ai eu à me louer de Pextirpation ou de l’énucléation faite avant la période de suppuration, à laquelle les parties voisines sont altérées; mais dans les cas où la suppuration est arrivée, et avant que celle-ci ait fait de irop grands ravages, il faut donner issue au pus.

Si au moment où la suppuration s'établit, ou après, il existe des accidents inflammatoires, il faut avoir recours aux antiphlogistiques et aux émollients. Lorsque après la fonte purulente, on a affaire à des ulcères qui ne se détergent pas, il faut faire usage de pommades digestives, ébarber les portions de peau trop altérées pour servir à la cicatrisation, employer, selon l’état particulier, les différents pansements indiqués dans les autres ulcérations, et surtout les pansements avec la teinture diode, et, dès que la période de réparation s'annonce, faire l'application de bandelettes de sparadrap de Vigo cum mercurio.

Lorsque les tubercules sont placés au-dessous des muqueuses, et plus particulièrement de la muqueuse buccale et pharyngienne, le traitement abortif et l’énucléation n'étant guère plus possibles, il faut veiller avec soin aux premières apparences de suppuration, ouvrir promptement les foyers, et, après ayoir satisfaitaux premières indications qui réclament l'usage des émollients, des antiphlogistiques et des calmants, arriver vite aux gargarismes avec la teinture d’iode, à un gros pour huit onces d’eau distillée, en augmentant successivement la dose jusqu’à effet curatif. P. Rrcorn.

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