‹ Traité de la syphilisChapitre 64 sur 70 · IL · texte numérisé non relu

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premières vingt-quatre ou quarante-huit heures, mais le plus souvent c’est après le cinquième jour. Chaque fois qu'on augmente la dose journalière du médicament, la Salivation, qui n'était pas survenue jusque-là, peut se manifester; mais il est bien certain que c’est surtout au début d’un traitement que les malades sont plus impressionnables, et qu'en général, plus ils avancent dans leur traitement et moins la salivation est à craindre.

Lorsque la salivation n’est pas survenue huit à dix jours après la süppression d’un traitement meércuriel, elle n’est plus à redouter, les observations de salivations tardives rapportées par les auteürs, celles surtout qu’on a cru observer un an après, devant être rapportées à des stomatites ulcéreuses simples, si communes et si faciles à confondre avec la stomatite mercurielle.

La salivation mercufielle, ptyalisme mereuriel, stomatite mereurielle, n’est pas une affection qui débute par les glandes salivaires; celles-ci ne sont d’abord que sympathiquement affectées , ainsi que l'anatomie pathologique l'a démontré. L'augmentation de la sécrétion de la salive peut être la première chose qui frappe le médecin et le malade; mais la première partie matériellement affectée est la membrane muqueuse buccale. Celle-ci se tuméfie en tout ou en partie, et le gonflement tient en même temps de la nature de l'érysipèle et de l'œdème. Le malade éprouve dans la bouche de la gêne, de la chaleur, un goût de cuivre; les dents sont soulevées dans leurs alvéoles, rendues mobiles et semblent scale les unes des autres par un corps étranger inter posé; les malades croient qu’elles sont plus longues, et qu’ainsi les arcades dentaires se rencon-, trent plus tôt en rapprochant les mâchoires; la langue se tuméfie, et le gonflement est quelquefois assez considérable pour qu’elle déborde les arcades dentaires et qu'elle tende même à franchir les lèvres, en recevant les empreintes plus où moins profondes des dents; les joues et les lèvres se gonflent aussi, et la muqueuse qui les double présente bientôt une crête plus ou moins saillante correspondant à l'intervalle des deux maäxillaires. Plus ces symptômes prennent d'intensité, et plus la salive qui s'échappe alors involontairement devient abondante, visqueuse, et porte avec elle l’odeur dite mércurielle (*), sorte de fétidité métallique que d'aatres inflammations simples de la bouche présentent quelquefois à un certain degré, maïs qui est ici très-prononcée, et que le souffle des malades peut offrir bien avant que le ptyalisme soit survenu.

Cependant, partout où la muqueuse tuméfiée subit une pression un peu forte, à une sorte d’exsudation pseudo-membraneuse blanchâtre ou grisâtre, qui se dessine surtout en feston, au collet des dents, succèdent des ulcérations qui saignent parfois avec assez de facilité, et qui semblent être, le plus souvent, le résultat d’un travail combiné de gangrèné et d'inflammation diphthéritique. Du reste, les progrès de la maladie peuvent être tels, que la langue soit sphacélée en partie où en totalité, que la muquetse des joues soit plus ou moins complétement détruite par la mortification, de manière à empêcher ensuite, par le travail de cicatrisation, l’ouverture nécessaire dé la bouche; les joues peuvent être complétement perforées, les dents se détacher, et les maxillaires même se trouver frappés de carie et de nécrose. |

Cependant, à moins d’un aveuglement systématique aujourd’hui impardotuablé, d'impéritie dans le traitement, et de circonstances idiosyncrasiques heureusement rares, les cas graves de-stomatite mercurielle sont si peu communs , que c’est à peine si je puis en montrer un, à chaque saison clinique, à VPhôpital des vénériens. Le plus ordinairement, la stomatite mercurielle est partielle, ou commence par être telle lorsqu'on s’en aperçoit, et qu’on peut l'arrêter dans ses progrès. ;

(*) Dans le n° 15 (1837) du journal l'Expérience, on trouve des recherches curieuses et importantes de M. Gmelin, qui prouvent que le mercure se rencontre en substance dans la salive des individus qui sont affèctés de ptyalisme à la suite de l’usage de ce métal, J'ai cependant fait répéter ces expériences sans succès, |

Selon l’ordre de fréquence, ce sont d’abord les gencives inférieures qui s’affectent, et très-communément la muqueuse placée en arrière de la dent de sagesse, surtout quand celle-ci est mal sortie ou génée, et mieux encore lorsqu'elle pousse actuellement; viennent ensuite les gencives supérieures, surtout celles placées en arrière des incisives moyennes; les bords de la langue, les joues et la face interne des lèvres, s’affectent ordinairement plus tard; le voile du palais, les piliers de l’isthme du gosier, semblent établir une limite, que la maladie ne franchit peut-être jamais dans les cas les plus communs. Une observation que j'ai pu répéter, et que je livre à plus ample vérification, c’est que la stomatite mercurielle partielle, toutes choses égales d’ailleurs, se développe surtout du côté sur lequel le malade se couche le plus habituellement, :

La stomatite mercurielle s'annonce rarement par de la fièvre; les premiers symptômes, comme nous l’avons dit, sont de suite du côté de la bouche; mais la fièvre, qui peut manquer pendant tout le cours de cette affection, l'accompagne quelquefois, sur tout dans ses formes les plus graves, et peut encore persister après elle, sous forme hectique, quand les malades ont longtemps et beaucoup souffert, A la gène des fonc tions de la cavité buccale et de la langue, aux douleurs plus ou moins vives qu'éproux vent les malades, à l'insomnie, s'ajoutent souvent d’autres accidents, tels que dés fluxions œdémateuses, des érysipèles de la face, l'engorgement des ganglions lyme phatiques voisins, des affections gastro-intestinales, l’œdème de la glotte, et toutes les conséquences directes ou sympathiques de ces complications. * l

La marche de la stomatite mercurielle est ordinairement aiguë, et elle arrive en peu de jours à sa plus grande intensité; cependant, soit qu’on continue l’usage du mercure, soit qu’abandonnée à elle-même elle soit entretenue par des causes äccessoires, telles que certaines dispositions scorbutiques qui préexistaient ou qu’elle a déterminées, elle peut affecter en quelque sorte une marche chronique et durer un temps qu’on ne saurait limiter, Toutefois, dans les cas ordinaires, où on a su éloigner la cause et appliquer convenablement le traitement, il est rare qu’elle se prolonge au dela de quelques semaines, et le plus ordinairement on l'arrête dans quelques jours.

La stomatite mercurielle se termine souvent par une résolution assez rapide; le plus ordinairement, des ulcérations surviennent, et quelquefois même la gangrène a lieu: La mort, qui peut être une conséquence des progrès de la mortification, de l’épuises ment du malade par la suppuration, par les pertes considérables de salive, par l’impossibilité presque absolue, dans quelques cas, de faire prendre des aliments, ete. ; est heureusement aujourd’hui très-rare. |

Le diagnostic de la stomatite mercurielle est presque toujours facile. Lorsque les symptômes que nous venons de décrire se développent à la suite de l'emploi journalier ou récent de préparations mercurielles, c’est à elles qu’il est d’abord rationnel de les rapporter, Du reste, le mercure est la meilleure pierre de touche du ptyalisme hydrargyrique, qu'il augmente si on lecontinue, et qui s'arrête bientôt pour guérir dès qu’on cesse de l’employer. Si quelques symptômes syphilitiques de la cavité buccale peuvent être aggravés par le mercure, la plupart cèdent à ce puissant POS qui aug mente toujours, et ne guérit jamais les accidents qu’il a une js prob Si, d'un autre côté, on tient compte du siége plus habituel des lésions syphilitiques de la bouche et

de l'isthme du gosier, de leur circonscription plus nette, de teur aspect particulier, de

leur marche toujours plus lente, plus chronique, de l'absence ordinaire de cet état

lé L « LA Lé 1 ? La n L4 Li d’érysipèle œdémateux dont nous avons parlé; d’une induration souvent appréciable % bien différente de l’empâtement des muqueuses dans le ptyalisme mercuriel, des antécédents, des concomitants, et des circonstances particulières dans lesquelles les acci-

, 1 ; -dessus tout les effets du mercure dents sont survenus, et qu’on ajoute à tout cela et par dessus

lui-même, on arrivera toujours, sinon au diagnostic absolu, au moins à un diagnostic

rationnel, toujours suffisant pour guider dans l'emploi des mercuriaux. Dans les cas L |

plus faciles à confondre, d’aphthes ou de stomatite ulcéreuse simple, le diagnostic rigoureux n’est pas nécessaire, les cas analogues aux effets que produit le mercure contre-indiquant, tant qu'ils durent, l’emploi de ce médicament.

Le traitement de la stomatite mercurielle doit être avant tout prophylactique : éloigner les causes qui la favorisent, quand cela est possible, diminuer les doses du mercure, en éloigner convenablement l'administration pour en obtenir la tolérance, ou le suspendre, voilà ce qu’il faut d’abord faire; la propreté de la bouche, l’usage de gargarismes astringents et la liberté du ventre, doivent être mis en première ligne parmi les moyens propres à prévenir ou tout au moins à retarder la salivation. Mais dès que celle-ci a lieu, quelle que soit la période à laquelle on ait à la combattre, la médication la plus puissante, celle qui n’échoue jamais, consiste à toucher les parties malades avec de l’acide chlorhydrique pur. Cette opération se fait une fois par jour; on porte l'acide sur les muqueuses à l’aide d’un petit pinceau, en évitant de toucher les dents. Lorsque les surfaces ne sont pas ulcérées, la douleur est presque nulle; quand il existe des ulcérations, elle est souvent très-vive, et les surfaces saigneut le plus ordinairement à chaque application; mais cette souffrance passagère s'éteint bientôt, et les malades éprouvent un soulagement tel, qu'ils ne manquent pas de réclamer eux-mêmes de nouvelles applications. Si les surfaces ne sont pas ulcérées, on prescrit un gargarisme astringent; dans le cas contraire, on fait faire usage d’un gargarisme légèrement acidulé. La limonade sulfurique est alors la meilleure boisson. Du reste, tout en remplissant les premières indications, il ne faut en négliger aucune autre, selon les cas particuliers. Ainsi, révulsifs sur les membres inférieurs et sur le canal intestinal, surtout à l’aide de Jlavements laxatifs ou purgatifs; sangsues autour de la mâchoire inférieure; saignée du bras dans le cas de vive réaction générale; sédatifs et opiacés lorsqu'il existe une surexcitation nerveuse et de l’insomnie; diète, ou alimentation en rapport avec l’état général et local. À

Une des doctrines qui ont fait le plus de tort à la médication mercurielle dans le traitement de la syphilis, est celle qui veut encore que ce traitement soit d'autant plus énergique, qu’on a affaire à des accidents plus profonds et plus anciens. Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit à ce sujet; mais je rappellerai ici que pour les observateurs dégagés de systèmes absolus, il reste prouvé que si le mercure est une des médications les plus puissantes contre les accidents secondaires francs, son énergie s’épuise, età ses bons effets succèdent fréquemment des effets nuisibles dans le traitement des accidents tertiaires. Pour cet ordre de phénomènes dans lesquels la syphilis semble avoir subi sinon une transformation complète dans sa nature, au moins une profonde modification, il est d’autres agents thérapeutiques auxquels on doit aujourd’hui accorder une juste préférence.

Lorsque les accidents tertiaires existent seuls, le mode de traitement qui m’a le mieux réussi consiste dans l'emploi de l’iodure de potassium, médicament beaucoup vanté et beaucoup employé dans ces derniers temps contre la syphilis, surtout en Angleterre, mais sans distinction régulière des cas dans lesquels on a dù avoir recours à son administration.

| F On commence par la dose journalière de dix grains dans une potion ainsi composée:

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