II. At
variole, celui qui, d’une manière aussi absolue, préviendrait la syphilis, aurait des droits à l’immortalité. Mais en attendant la découverte d’un préservatif certain, que la connaissance rigoureuse de la canse spécifique de la syphilis rend plus que probable, examinons, avec toute la gravité qu’exige un sujet aussi délicat, les moyens |que l'art possède de se mettre à l'abri des maux vénériens.
En général, lorsqu'il s’est agi de prévenir le développement des maladies qui nous occupent ici, on n'a fait aucune distinction préalable et on n’a tenu aucun compte des conditions différentes dans lesquelles pouvaient se trouver les individus. Pour arriver à quelque chose de plus positif où au moins de plus rationnel, il est absolument nécessaire de les diviser en trois catégories : 1° les individus déjà malades et qui peuvent ainsi communiquer le mal; 2° ceux qui, bien portants, s’exposent à le contracter; 3° les enfants lors de la conception, pendant la gestation, et au moment de la
naissance.
1° Des individus infectés, — Si les passions ne l’emportaient pas le plus souvent sur la
conscience du bien, si les malades pouvaient se convaincre qu’il n’est peut-être pas d’acte plus coupable que de transmettre une maladie dont les conséquences sont si graves, et qui frappe non-seulement l'individu qu’on a compromis, mais qui traverse encore des générations, une réserve consciencieuse et une séquestration volontaire jusqu’à l'entière purification éteindraient à jamais la syphilis, Mais, soit insouciance, soit légèreté impardonnable, ow ignorance, les individus malades ne s’abstiennent dés rapports qui peuvent transmettre le mal que lorsque la douleur l'emporte sur le plaisir. Aussi, et d’après les considérations qui précèdent, les femmes sont-elles plus dangereuses que les hommes, et il est bien plus commun de trouver une femme qui a infecté un grand nombre d'hommes, qu’un même homme qui a infecté plusieurs femmes.
Quoi qu'il en soit, dans un pays où l'hygiène publique serait régie par des lois absolues, il importerait plus d'établir des lazarets pour la vérole, si commune et si menaçante à chaque pas, que pour la peste et la fièvre jaune, bien plus douteuses dans leur transmission. Je sais bien qu'aujourd’hui le frein religieux qui retenait les juifs n’est plus de notre époque; que le bourg Saint-Germain des Prés, cette autre bastille des vérolés, ne peut être reconstruit; que la tonsure de certaines peuplades de lAbyssinie déparerait trop de têtes; et que, si la peur du mal et la douleur qu’il détermine n’arrétent pas, l’ancien fouet des petites-maisons de Bicètre resterait tout aussi impuissant, On en est donc réduit aujourd’hui à prévenir les malades sur leur état, et à n’avoir d'action réellement coercitive que sur les filles publiques, femmes qui font métier toléré de la prostitution.
En général, il est facile de s'assurer si un homme est malade, les parties, siége ordinaire des accidents primitifs, pouvant être plus aisément et plus complétement inspectées ; mais pour la femme, il n’en est pas toujours demême;et si, comme le faisait si spirituellement remarquer Michel Cullerier, on peut reconnaître souvent les cas où une femme est malade, qui peut jamais affirmer qu’elle ne l’est pas, surtout lorsqu'on se contente, comme de son temps, d’un examen extérieur ?
Aussi, s'il importe chez un homme qui vient vous demander s’il peut communiquer du mal, d'examiner avec le plus grand soin tous les points susceptibles d’être infectés, et de s’abstenir de jngement absolu dans les cas douteux, lorsque, par exemple, par suite d’un phimosislegland ne peut pas être complétement mis à découvert, il estabsolument imposcible de formuler une opinion raisonnable sur l’état d’une femme, sans un-examen rigoureux au spéculum, les parties profondes du vagin et l'utérus pouvant être le siége d’un mal que rien ne trahit au dehors.
Sous le point de vue des maladies possibles à transmettre, les visites des personnes qui sont dans le cas de devenir des foyers d'infection doivent être faites dans les deux ou trois jours qui suivent l’époque où elles se sont exnosées, mes recherches sur l'ino-
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 643 culation artificielle m’ayant appris qu'alors des accidents susceptibles d'être communiqués avaient déjà pu se développer. On comprendra, d’après ce qui précède, le peu de sécurité que doivent donner les visites qu’on fait subir aux filles publiques, et qui ont lieu tous les huit jours pour celles qui sont réunies dans des lieux de prostitution, ettous les mois pour celles qui vivent isolément. srle
Quant aux accidents qui pourraient existér chez ün individu qui vient HO s ‘ils sont de nature contagieuse, et si des rapports sexuels quelquefois obligés lui sont permis, il est souvent difficile de trancher la question. Nous savons bien que le chancre à la période de progrès est le seul symptôme syphilitique transmissible par voie d’inoculation; mais sans l’expérimentation préalable, est-il toujours facile de bien distinguer Pulcère syphilitique primitif d’autres ulcérations étrangères à la syphilis, ou de celles qui appartiennent à ses formes secondaires? Non sans doute; et alors il est nécessaire de défendre tout rapport, lorsque le plus légèr soupçon peut rester dans l’ esprit. Mais s'il faut se tenir dans üne sage réserve, il n’est pas besoin de tomber dans les exagérations de quelques spéculateurs anciens et modernes et d'écrivains par trop timorés. Aïnsi, pour la blennorrhagie, comme je l'ai dit dans d’autres parties de ces notes, tant qué la matière de l’écoulement est purulente, défendez les rapports; mais dès qu'elle n’est plus qüe muqueuse, ét à plus forte raison lorsqu'il ne s’agit plus que de ces fils ou flocons que charrie l'urine, ou de ces gouttes filantes , lactescentes ou caillebottées, qui constituent le suintément habituel du matin où la goutte militaire du vulgaire, empécher les rapports sexuels, cé serait condamner au célibat absolu une bonne partie de la population. Ce n’est pas, sans doute, le lerdemain de la cessation d’un écoulement puürulent qu’on peut affirmer qu’il n’y a plus dé danger de le communiquer, ni lorsqu'un écoulement muqueux redevient puriforme ; mais, à part ces cas, le suintement muqueux v’estplus contagieux. A l'autorité de Bell, je pourrais ajouter des milliers d'observations» et, entré autres, celle d’un spécialiste distingué, marié depuis nombre d'années, et auqüel j'ai souvent entendu dire que lui-même était dans ce cas. Du reste, si on ne per méttait le mariage ou les rapports sexuels à l’homme que dans les circonstances de sécheresse absolué du canal, je ne vois pas pourquoi on n’exigerait pas les mêmes conditions prophylactiquées dé la part de la femme: et, dans ce cas, combien en trouverait-0n qui les présentassent rigoureusement? Ce ne serait certainement pas le plus grand nombre. Dans les observations qu'on cite comme contraires à l'opinion que j'émets ici, ou on a été plus crédule que l'expérience journalière ne me permet dé l’êtré, ou on s’ést trompé sur la nature présumée des écoulements, la limite entre la blennorrhagie et les inflammations catarrhales des organes génitaux n'étant pas chose toujours facile à établir pour des gens positifs. Je puis affirmer, sans crainte d’être contredit, que les femmes donnent cent fois plus de chaudepisses qu'on ne leur en communique.
‘ Quoi qu'il en soit, en fait de prophylaxie, il fant mettre en première ligne tous les moyens de traitémént qui, en éteignant les foyers du mal, en empêchent la propagation. Sous ce rapport, les remèdes les plus prompts à faire disparaitre les symptômes contagieux doivent êtré préférés, en dépit des vieilles doctrines, qui heureusement s’écroulent de toutes parts, et que le replâtrage de quelques auteurs rétrogrades ne saurait soutenir.
Quand une personne craint d’être malade, ou qu’à plus forte raison elle a quelque symptôme suspect, qu’elle ne veut pas s'abstenir des rapports, ou qu’elle s’y trouve quelquefois forcée, il faut qu’elle ait recours au plus grand soin de propreté. Des lotions doivent être exactement faites sur toutes les parties accessibles, et des injections dans celles qui sont plus profondément placées. Chez les filles publiques, cela est absolument indispensable, lorsqu'on sait que, sans être elles-mêmes malades, elles peuvent conserver, pendant un certain temps, des matières contagieuses dans les organes géni-