DES DIFFÉRENTES FORMES DE LA MALADIE VÉNÉRIENNE
Le poison vénérien peut affecter le corps de l’homme de deux manières différentes : localement, c’est-à-dire, dans les parties seulement sur lesquelles il est appliqué directement; et constitutionnellement, c’est-à-dire, consécutivement à l’absorption du pus vénérien, qui, mêlé à la circulation générale, affecte un certain hombre de parties.
Entre le mode d'affection local et le mode d’affection constitutionnel (*), on observe certaines maladies intermédiaires qui se développent pendant les progrès de l’absorption : ce sont des inflammations ét des suppurations qui forment ce qu’on appelle des bubons, et qui produisent un pus de même nature que celui de la maladie primitive. 7
Quand le pus vénérien a passé dans la constitution et circule avec le sang , il détermine dans l’économie une irritation qui a pour conséquence une action morbide. De cette irritation naissent plusieurs maladies locales, telles que des pustules sur la peau, des ulcères sur les amygdales, l’épaississement du périoste et du tissu osseux.
Le mode d’affection local comprend-ce que j'appelle les effets immédiats du virus syphilitique, ou effets qui résultent de l’application directe de ce virus. Cette classe de maladies renferme deux espèces, en apparence trèsdifférentes l’une de l’autre. Dans la première, il y a formation de pus sans perte de substance, c’est ce qu’on appelle une gonorrhée; dans la seconde, il y a une perte de substance qu’on appelle un chancre. La différence qui existe entre ces deux modes de manifestation de la maladie est due, non à une différence de nature dans le poison appliqué, mais à 1e différence de structure des parties infectées (**).
Dans cette espèce d’inflammation, les parties affectées FRERE plus ou moins facilement le siége d’une action violente suivant leur nature particulière, ce qui ne dépend probablement point d’une différence spécilique entre elles, mais plutôt de la dose de sensibilité et d’irritabilité qui leur a été dévolue. Ainsi, chez la femme, le vagin a moins de tendance à s’en-
(*) Je désigne par le mot constitutionnel cette forme de la maladie; cependant, à la rigueur , elle ne mérite pas cette qualification, car chacune des affections morbides qui en sont la conséquence est véritablerhent locale, et est produite par le simple contact du poison avec les parties affectées. J. Hunter.
(**) Voyez la note de la page 176 et suiv.
flammer dans cette maladie que l’urètre(*), parce qu’il est moins sensible que ce dernier canal. Cependant il est possible que chez l’homme l’urètre soit doué d’une disposition spécifique pour lirritation et pour l’inflammation; ce qui me porte à le croire, c’est que ce canal est plus souvent affecté qu'aucun autre, et se montre le siége de symptômes très-variés.
Des nuances diverses que présente la syphilis dans les différentes constilutions.
La maladie vénérienne, soit sous forme de gonorrhée, soit sous celle de chancre, varie beaucoup sous le rapport de la violence des symptômes chez les différents sujets. Chez les uns, elle est très-bénigne; chez les autres, elle offre une grande intensité. Quand elle est peu violente, elle est ordinairement simple dans ses symptômes, qui sont peu nombreux, ne prennent pas une grande extension, et se renferment dans leurs limites spécifiques ; mais, quand elle est grave, ses symptômes sont plus compliqués, plus variés, et s'étendent au delà de la distance spécifique. Cette différence dans les phénomènes morbides ne dépend nullement d’une différence correspondante dans la propriété spécifique du poison, mais bien d’une différence dans la disposition et dans le mode d'action du corps ou des parties affectées. Tantôt, en effet, le virus agit sur des sujets ou sur des parties qui n’ont presque aucune susceptibilité pour cette irritation et pour toute autre; tantôt la susceptibilité pour lirritation vénérienne et pour toutes les irritations est si forte, qu’une action morbide intense se manifeste avec la plus grande facilité. |
Toutefois, l’irritation vénérienne ne suit pas toujours la même loi que les autres irritations. Ainsi, j’ai vu des jeunes gens chez qui une plaie ordinaire se guérissait rapidement, et chez lesquels cependant l'irritation produite par la gonorrhée prenait un haut degré d'intensité, ou bien un chancre s’enflammait, s'étendait avec rapidité, et même déterminait la gangrène. D’un autre côté, chez de jeunes sujets chez lesquels une plaie causée par une violence extérieure s’était guérie avec la plus grande peine, j'ai vu la gonorrhée ou les chancres se montrer bénins et faciles à guérir.
Chez chaque malade en particulier, l’affection vénérienne est douce ou violente, d’une manière uniforme. Cependant, lorsque la disposition-naturelle du sujet est pour la bénignité, il n’en est pas toujours ainsi invariablement; mais, dans les cas exceptionnels, je crois que l'intensité des symptômes dépend de la présence de quelque fâcheuse disposition. Ainsi, j'ai connu des sujets dont les gonorrhées étaient habituellement si légères qu'elles se guérissaient souvent d’elles-mêmes. Or, il arrivait quelquefois qu’une gonorrhée se montrait chez eux extrêmement violente, et qu’ils étaient forcés de réclamer les secours de la médecine. Eh bien, dans ces
(*) Cette proposition de Hunter n’est pas rigoureuse. On sait que, contre. l'avis de Swédiaur, j'ai soutenu, avec Bell et autres, que la blennorrhagie urétrale, chez la femme, est plus commune qu’on ne le croit généralement; mais l'expérience de tous les jours prouve que la vaginite est encore bien plus fréquente. P. Ricorn.
DU VIRUS SYPHILITIQUE. 187 derniers cas, ils ne tardaient pas à être pris des symptômes d’une affection fébrile, et, lorsque la fièvre était dissipée, les symptômes de la gonorrhée reprenaient immédiatement leur bénignité ordinaire.
Je ferai encore remarquer ici que lorsque la maladie vénérienne existe sous la forme de syphilis constitutionnelle, les différentes constitutions en sont affectées d’une manière très-différente. Tantôt ses progrès sont rapides, tantôt ils sont extrêmement lents.