CHAPITRE LI
DES MALADIES QUI RESSEMBLENT A EA SYPHELIS CONSTI- TUTIONNELLE ET QUI ONT ÉTÉ CONFONDUES AVEC ELLE.
Il n’est probablement aucune maladie à laquelle quelque autre ne ressemble d’une manière assez frappante dans quelques-unes de ses formes extérieures, dans quelques-uns de ses symptômes, pour qu’on soit exposé à les prendre l’une pour l’autre. Le siége des maladies peut contribuer à faire naître les erreurs de cette nature : par exemple, une tumeur du sein chez une femme peut ressembler à un cancer au point d’être prise pour cette dernière maladie, si l’on ne recherche avec un soin suffisant tous les signes distinctifs du cancer. Un ulcère qui est situé sur le gland, dans la gorge ou dans le nez, fait soupconner l’existence d’une affection vénérienne. La manière dont une maladie a été contractée peut devenir également une cause de suspicion. Ainsi, les flueurs blanches des femmes produisent quelquefois une gonorrhée simple chez les hommes. Autrefois on supposait qu'il suffisait de boire dans le même verre qu’un malade atteint de la syphilis constitutionnelle, pour contracter cette maladie ; mais je pense que cette croyance est tombée aujourd’hui. On a admis récemment un mode nouveau de communication de la maladie vénérienne, savoir, la transplantation d’une dent de la bouche d’une personne dans celle d’une autre. Il n’est pas douteux que cette opération n’ait donné naissance à des maladies ; mais il reste à examiner si ces maladies peuvent être considérées comme vénériennes.
Les maladies qui ressemblent à d’autres maladies présentent rarement: cette ressemblance dans plus d’un ou deux de leurs symptômes. Aussi, toutes les fois que la nature d’une maladie est incertaine, doit-on soumettre tous les symptômes qu’elle présente à uné investigation complète, afin de s'assurer si tous ces symptômes, ou seulement un petit nombre d’entre eux, appartiennent à la maladie dont on soupçonne l'existence. Cette remarque est applicable à la maladie vénérienne plus qu’à toute autre, car il n'existe peut-être pas une seule affection morbide avec les différentes formes de laquelle un plus grand nombre de maladies présentent de la ressemblance. Lorsqu'une maladie ressemble à la syphilis dans quelques-uns de ses symptômes, et non dans tous les autres, ce sont ces
MALADIES QUI RESSEMBLENT, rc. 647 autres symptômes qui doivent être considérés comme les symptômes spécifiques ou essentiels de la maladie, et ceux d'apparence syphilitique n’en sont que les symptômes communs. Mais si une maladie, quoique imparfaitement caractérisée, est soupçonnée d’être vénérienne , et qu’elle ressemble à la maladie vénérienne dans le plus grand nombre de ses symptômes, on doit la considérer comme vénérienne: cette opinion est la plus probable, bien qu’elle ne soit point rigoureusement certaine, car il est rarement possible de démontrer la nature vénérienne d’une maladie,
surtout quand il s’agit de la syphilis constitutionnelle, qui n’a pas la propriété de communiquer l’infection (*).
(*) 11 règne beaucoup de confusion au sujet des maladies syphilitiques et pseudosyphilitiques ; et l’on aurait pu éviter en grande partie cette confusion si l’on avait pris en suffisante considération les principes évidents qui doivent servir de guides dans la détermination de l'identité et de la diversité des maladies. Cette confusion ne peut être imputée à Hunter que pour une très-faible partie. Cependant il est quelques cas où il paraît avoir été induit en erreur par des opinions préconçues sur la maladie vénérienne; opinions qu’une plus longue observation lui aurait fait considérer comme plus que douteuses.
On peut confondre avec la syphilis des maladies qui n’ont de connexion avec aucune espèce de virus. Cette méprise est fréquente pour les plaies des organes génitaux, sur lesquels des excoriations superficielles qui auraient pu être guéries en trois jours par un traitement convenable, et des vésicules herpétiques qui ressemblent exactement dans leur forme extérieure et dans leur marche à celles qui s’observent si fréquemment sur les lèvres, sont traitées souvent comme des affections vénériennes. La même remarque s'applique dans toute sa force à quelques-unes des affections de la gorge et des éruptions de la peau. |
L’existence dun poison morbide comme cause de la syphilis constitutionnelle est déduite de deux faits : premièrement, une longue observation a démontré que les - symptômes primitifs de la syphilis sont le résultat d’une communication avec des su- \jets infectés, et qu'ils peuvent de la même manière propager linfection. En second lieu, l'observation a également appris que ces symptômes primitifs sont suivis, après un certain temps, de symptômes secondaires. Îl'est vrai que, dans la pratique, on ne peut pas obtenir dans tous les cas particuliers une démonstration complète de ces deux points, et que l’on est forcé de baser le traitement sur des conjectures probables plutôt que sur une certitude. Mais il a été démontré que ces deux principés sont généralement vrais pour la classe des symptômes que l’on appelle vénériens. C’est sur leur vérité que reposent ies opinions pathologiques qui sont admises au sujet de la maladie vénérienne ; et l’on ne peut nier que là où l’un de ces deux faits, sinon les deux , ne peut être constaté d’une manière satisfaisante, nous n’avons aucune preuve absolue de l'existence d’un virus.
La manière dont la maladie a été contractée, prise isolément , peut induire en erreur, puisque les sécrétions des parties malades peuvent avoir des qualités irritantes capables d’affecter les parties sur lesquelles elles sont appliquées, sans qu'il existe aucun poison morbide qui soit de nature à produire une maladie spécifique. Si donc on ne peut démontrer l'identité des symptômes dans la partie qui communique l’infection et dans celle qui la recoit, ou si l'infection ne peut être suivie dans un certain nombre d'individus successivement infectés, les conclusions sont toujours entachées de quelque incertitude: Mais lorsque la succession régulière des sFIRptomes sécondaires aux symptômes primitifs est rigoureusement établie, ilest difficile de se refuser
# 648 - MALADIES QUI RESSEMBLENT Bien que la maladie vénérienne conserve distinctement ses caractères spécifiques dans ses diverses formes, cependant ses symptômes sont en
La à admettre qu'il existe un virus qui a été mélé aux liquides en ciretlation, et qui porte le germe de la maladie jusque dans les parties du corps les plus éloignées. II est digne de remarque que les passages de Celse et autres, qu'on a cités si souvent comme des preuves de l'existence de la maladie vénérienne en Europe avant la fin du quinzième siècle, n’ont rapport qu'aux lésions locales contractées par des sujets qui se sont mis
‘ en contact avec des personnes malades , et gardent le silence le plas complet sur toute
affection constitutionnelle qui eût pu être la conséquence de .ces affections locales (*). :
Mais lorsque l’existeuce d’un poison a été prouvée, on peut encore demander si ce poison est le même que celui de la syphilis constitutionnelle ; et cette question ne peut être résolue que par une étude comparative du mode de communication, des caractères des symptômes, de la marche et des progrès de la maladie, et des moyens de traitement. Quand la maladie se comporte, sous tous ces rapports, comme la syphilis, on ne peut guère douter de l'identité du virus ; lorsqu’au contraire, dans des conditions semblables, elle présente une différence décidée et uniforme, on doit naturellement admettre que la maladie est d’une autre nature.
Il résulte de là que toute erreur, toute inexactitude dans les notions que nous pouvons posséder sur la syphilis elle-même, doit exercer infailliblement une influence fàcheuse sur la manière dont nous savons distinguer les maladies qui lui ressemblent, et nous porter, suivant nos idées arrêtées d'avance et la nafure de nos erreurs, à donner trop ou trop peu d'extension à la dénomivation de maladie vénérienne. Dans ces dernières années, l'erreur qui paraît avoir été la plus fréquente est celle qui consiste à exclure du cadre des maladies syphilitiques des maladies qui sont manifestement de cette nature, parce qu’elles ne sont pas de tous points conformes aux opinions préconçues qu’on s'était faites sur la syphilis constitutionnelle. Les auteurs qui ont écrit sur ce sujet semblent à peine se douter de la grande variété d'aspects des symptômes vénériens, et de la différence que présentent les agents thérapeutiques dans leurs effets à des époques différentes de la maladie. Un ulcère primitif, dans lequel on n’observe pas manifestement les caractères du chancre tels qu’ils sont décrits par Hunter, peut néanmoins être vénérien. [l peut dériver d’un ulcère vénérien et produire des symptômes constitutionnels qui aient tous les caracteres de la vraie syphilis. Dans les affections secondaires , la variété est encore plus grande. Souvent des symptômes de caractère douteux sont tellement entremélés à d’autres symptômes sur la nature desquels on ne peut se méprendre, qu'ils doivent certainement être rapportés à la méme cause,
Ainsi , lorsqu'on rencontre des affections qui s’éloignent plus ou moins des formes les plus spéciales et les mieux caractérisées de la maladie vénérienne, on n’est pas en
(*) La relation entre les accidents primitifs-et les secondaires n’a pas été toujours connue ; on peut, sous ce rapport, diviser l’histoire de la syphilis en trois époques : la première, pendant laquelle les accidents primitifs étaient seuls connus, est anté-
. rieure à l'épidémie du quinzième siècle; dans la seconde, qui commence avec l'épi-
démie et s'étend jusqu'aux travaux de Fernel, les accidents secondaires ou constitutionnels furent plus particulièrement notés; et enfin, dans la troisième, les accidents primitifs furent bien distingués des accidents constitutionnels, qui, à leur tour, et surtout depuis Hunter, ont pu être divisés en accidents secondaires et tertiaires.
P. Ricorp.
A LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 649 apparence communs à beaucoup d’autres maladies, et, sous ce point de vue, on ne peut pas dire qu’elle ait un seul symptôme qui lui soit propre.
droit de conclure à la diversité de cause, et d'attribuer les symptômes à l'existence d'un virus différent de celui de la vraie syphilis. Cependant on a publié comme exemples de pseudo-syphilis plusieurs cas où les apparences s’accordaient exactement avec quelques-unes des formes de la syphilis constitutionnelle.
En outre ; les notions qui ont prévalu quant au mode de traitement ont été une source encore plus abondante d’erreurs. Le mercure a été considéré comme le seul moyen curatif de la syphilis, et son action a été admise comme le criterium de la maladie. D’une part, lorsque le mercure n’a pas eu d’heureux résultats, et, d’une autre part, lorsque le malade a été guéri sans l'emploi de ce métal, on en a conclu que la maladie n’était point vénérienne.
Cependant , il est pleinement établi par l'expérience des temps anciens, et confirmé par une longue série d’expérimentations qui appartiennent aux temps modernes, que ‘la plupart des symptômes vénériens, sinon tous, soit primitifs, soit secondaires, peuvent être détruits sans le secours du mercure. Il n’est pas nécessaire de revenir avec détails sur ces expérimentations ; elles sont bien connues; et la conclusion qu’on en a déduite est irrésistible, ou au moins il n’y a aucune cause d'erreurs qui puisse porter une atteinte notable à sa vérité en général. D'un autre côté, les effets défavorables du mercure ne prouvent point que la maladie ne soit pas vénérienne. Plusieurs circonstances peuvent entraver son action, comme antisyphilitique, et le rendre inefficace ou nuisible, dans des cas qui sont véritablement vénériens. Quand il ne produit aucun effet sensible dans l’économie, il arrive souvent qu’il n'a non plus aucune action sur les symptômes vénériens. Quand il détermine le vomissement, ou la dyssenterie, ou léréthisme mercuriel, ou qu’il trouble gravement la santé générale d’une manière quelconque, on voit ordinairement les symptômes vénériens preudre de l'extension sous son influence. Il se présente tous les jours des cas où les progrès ultérieurs de la maladie prouvent la vérité de cette doctrine ; des .cas dans lesquels la guérison définitive est effectuée par le moyen du mercure, bien qu’à une certaine époque il eût sérieusement aggravé les symptômes qu’il était destiné à combattre, Dans les cas de cette espèce, la connaissance pratique de la marche et de l’aspect de la syphilis constitutiounelle peut seule servir de guide dans le jugement qu’on doit porter. Si le médecin n'a point cette connaissance , il hésitera dans son opinion sur la nature de la maladie al apparition de tout symptôme défavorable, et le plus souvent alors il abandonnera entièrement le traitement mercuriel. Celui qui connaît assez bien la maladie pour avoir confiance dans l'exactitude de son diagnostic, recherche si l’action du médicament n’a point rencontré quelque obstacle’ qui puisse rendre compte de son insuccès. Il en suspend l’emploi temporairement, avec l'intention d'y recourir plus tard, à une époque où il pourra l'employer avec plus de précautions et dans des conditions plus favorables,
Si les signes distinctifs sur lesquels on s’est généralement appuyé sont infidèles, on peut demander quels sont ceux qui peuvent leur être substitués. La réponse est simple. Lorsqu'il y a-une différence de virus, la différence des effets morbides est constante et uniforme, et non passagère ou accidentelle. On ne peut révoquer en doute que la rougeole et {a variole ne soient deux maladies différentes, bien qu’elles aient été confondues autrefois; car les traits distinctifs qui les séparent , une fois signalés, se sont trouvés confirmés par l'expérience de chaque jour. Le yaws de P Afrique et des Indes occidentales, le sibbens d'Écosse et du Canada, le scherlievo de la côte Illyrieune, les effets du poison de la morve sur l’homme, ne peuvent être confondus avee
650 MALADIES QUI RESSEMBLENT Par exemple, tous les symptômes de la gonorrhée peuvent être produits par toute autre cause visible d’irritation, et souvent même sans aucune cause appréciable ; on a même vu des bubons et des engorgements testiculaires, qui sont des symptômes de la maladie vénérienne, succéder à des injections stimulantes et à Pintroduction des bougies chez des personnes saines. A la vérité, ces deux symptômes, et plus spécialement l’engorgement testiculaire, quand ils dérivent d’une cause vénérienne, sont, dans beaucoup de cas, seulement symptomatiques et non spécifiques.
Les ulcères du gland, du prépuce, ete., sous forme de chancres, peuvent se former sans infection vénérienne, quoiqu’on puisse observer que dans ces cas ils sont, en général, consécutifs à d'anciens ulcères vénériens qui ont été parfaitement guéris.
Les symptômes qui sont le résultat de l'infection constitutionnelle sont communs à plusieurs autres maladies. Ainsi, les taches de la peau s’observent dans ce qu’on appelle la cachexie scorbutique; les douleurs, dans le rhumatisme; le gonflement des os, du périoste, des aponévroses, etc., dans beaucoup de cachexies qui sont probablement de nature scrofuleuse ou rhumatismale. On retrouve done dans plusieurs autres maladies la plupart des symptômes de la syphilis, sous quelque forme qu’elle se présente, Aussi faut-il remonter à l’origine de la maladie, recueillir toutes les circonstances importantes qui s’y rattachent, comme l’époque de son début, ses effets sur d’autres individus par suite des relations sexuelles quand elle n’est que locale, et réunir ces renseignements avec les apparences et les symptômes actuels, pour pouvoir déterminer d’une manière absolue quelle est la véritable nature de la maladie. En effet, toutes ces données réunies peuvent présenter un ensemble qui ne se retrouve dans aucune’autre maladie. Cependant, malgré toutes nos connaissances et l’application que nous pouvons en faire à l’investigation des symptômes douteux, nous nous trompons souvent, tantôt en admettant comme vénériennes des affections qui ne le sont pas, et tantôt en prenant pour d’autres maladies celles qui le sont réellement.
Le rhumatisme, dans quelques constitutions, ressemble à la syphilis constitutionnelle par plusieurs de ses symptômes. Les douleurs nocturnes, Je gonflement des tendons, des ligaments et du périoste, la douleur dont ces tuméfactions sont le siége, sont des symptômes du rhamatisme aussi bien que de la syphilis quand elle attaque ces parties. Je ne me rappelle pas d’avoir jamais vu la syphilis constitutionnelle attaquer les articulations, bien que les affections rhumatismales de ces parties soient souvent guéries
la syphilis, parce que les symptômes sont différents ; et cette différence, qui peut être constatée d’une manière uniforme sur un grand nombre d'individus affectés par ces maladies, empêche qu'il ne soit possible qu on les attribue à la même cause. Au con- traire, les signes sur lesquels on s’est appuyé pour exclure de la classe des affections syphilitiques les maladies qui ont été décrites comme des exemples de pseudo- syphilis, sont incertains et variables, et ne peuvent jamais constituer les, caractères distinctifs d'une maladie particulière et indépendante. G. G. B.
À LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 651 par le mercure, et qu’en conséquence on les considère comme vénériennes (*).
Le mercure donné sans précaution produit souvent les mêmes symptômes que le rhumatisme. J'ai vu des médecins considérer comme vénériens des symptômes de cette espèce, et persister dans l'emploi du mercure.
Ilest d’autres maladies qui ressemblent à la syphilis, non-seulement par leur aspect extérieur, mais encore par leur mode d’infection , car elles affectent Îles parties par le simple contact, ce qui les fait rentrer dans la classe des poisons, et, de ce point de départ, donnent naissance à des effets consécutifs immédiats semblables aux bubons, ainsi qu’à des effets consécutifs éloignés semblables à ceux qui constituent la rs tue constitutionnelle.
Les erreurs dans le diagnostic conduisent à des erreurs dans ne traitement, et par conséquent il importe presque autant de les éviter que ces dernières. En effet, il est à peu près aussi dangereux, chez beaucoup de sujets, d’administrer le mercure lorsque la maladie n’est pas vénérienne, que de ne pas recourir à son emploi quand elle est de cette nature; car il est à remarquer que les constitutions qui, sans être réellement atteintes de la syphilis, manifestent quelques-uns des symptômes vénériens, sont précisément celles qui s’accommodent difficilement de l’usage du mercure, et sur lesquelles ce médicament agit communément d’une manière nuisible. J'ai vu le mercure, administré contre un ulcère supposé vénérien des amygdales, produire la gangrène de ces glandes et mettre le malade sur ie bord du tombeau.
Lorsque j'ai déerit les symptômes et les apparences générales de la syphilis constitutionnelle, j’ai rapporté quelques cas qui paraissaient être vénériens, bien qu’ils ne le fussent point en réalité; jy renvoie le lecteur, pour éviter des répétitions; ils auraient trouvé parfaitement ici leur place, si je ne les avais déjà fait connaître.
Comme les maladies en question sont nombreuses et variées, et qu’elles
(*) Cette assertion est trop générale. Il se présente de temps en temps, quoique rarement , des cas où l'inflammation de la membrane synoviale des articulations se manifeste en coïncidence avec des symptômes secondaires de caractère non douteux, augmente d'intensité pendant la période d’accroïssement de ces symptômes, et se dissipe aussitôt que l’éruption cutanée ou l’affection de la gorge est combattue avec succès par l'emploi du mercure. Dans les cas de cette espèce, l’inflammation synoviale se présente sous forme aiguë , et s'accompagne d'une douleur, d’une tension, et d’une rougeur superficielle très-intenses, qui suffisent pour la faire distinguer de la forme lente et asthénique de la même affection, que l’on observe fréquemment dans les cas de cachexie générale, soit que cette cachexie ait été produite par le mercure agissant comme un poison , soit qu’elle soit l'effet de la longue durée de la maladie vénérienne elle-même , comme il arrive quand on laisse cette maladie suivre ses progrès jusqu à ce qu’elle ait troublé toutes les fonctions nécessaires à l'entretien de la nutrition et de la santé , et que le malade ait été réduit à un état qui ressemble beaucoup à la cachexie scrofuleuse, | G. G. B.
ne peuvent être ramenées à aucun système , à aucun ordre que je connaisse, je me bornerai à rapporter les faits, mettant ainsi les lecteurs dans le cas de juger jé eux-mêmes, s’ils ne sont point ER à adopter les Con sions que j'en ai tirées.
Le 28 juillet 1776, un chirurgien, qui était alors aux Indes occidentales, se fit une égratignure au bout du doigt avec une épine. Le 31, il ouvrit un abcès situé sur l'épaule, chez une négresse qui avait le yaws, et qui depuis longtemps avait fréqueniment, dans différentes parties du corps, de pareils abcès, auxquels succédaient des ulcérations incurables. Immédiatement après l’opération, il aperçut un peu de pus sur son égratignure, et il s’écria qu’il s’était inoculé la maladie. Le 2 août, il amputa un doigt, chez un jeune garcon de treize ans, pour un ulcère dont l’aspect rappelait le bois vermoulu. L’excoriation de son doigt ne se cicatrisa point, et de temps en temps elle produisit des écailles blanchâtres. Cette apparence Valarma, et il fit des frictions mercurielles très-énergiques. Malgré ce traitement, dans le mois de septembre; il se forma sur la seconde articulation du doigt une tumeur inflammatoire douloureuse, qui fut bientôt suivie de Papparition de plusieurs autres tumeurs semblables, à la face dorsale de la main, sur le trajet du second os métacarpien. Le malade continua Îles frictions mercurielles, mais sans succès, car les tumeurs se multipliaient chaque jour, et dans le mois de novembre elles s’étendaient jusqu’à peu de distance de Paisselle; ces tumeurs ne passèrent point à cette époque à la suppuration. Vers la fin de novembre, il commença à ressentir des douleurs nocturnes très-vives dans diverses parties du corps, mais surtout le long du tibia et du péroné, et des maux de tête intenses qui se renouvelaient fréquemment; ces souffrances firent des progrès continuels pendant cinq mois et devinrent presque intolérables, quoique le malade continuât à faire des frictions mercurielles et qu’il fit usage tous les jours en grande quantité de la décoction de salsepareille.
En mai 1777, une éruption squammeuse se manifesta en différentes parties du corps, principalement sur les jambes et sur les cuisses, et les tumeurs indiquées ci-dessus s’ulcérèrent ; mais ces phénomènes morbides furent suivis d’une rémission dans les douleurs nocturnes.
Jamais le malade ne put réussir à se faire saliver, bien que sa bouche eût été constamment douloureuse pendant plusieurs mois. Les ulcérations em: pirèrent chaque jour, et l’on pensa que la seule ressource qui lui restät était de faire un voyage en Angleterre. Il arriva à Londres le 1°" août, et. d’après les avis de William Hunter et de John Pringle, il reprit l’usige du mercure et de la salsepareïlle, et se mit à la diète lactée. Je fus appelé en consultation, et comme je jugeai que deux tiers de grain de mercure calciné par jour étaient une trop faible dose si l’on considérait la maladie comme vénérienne, il fut décidé que la dose de ce médicament serait élevée graduellement jusqu’à cinq grains. Ce traitement fut continué jusqu'en novembre, époque à laquelle tous les ulcères étaient Sn rE en ciCatrisés.
Il abandonna alors l’usage du mercure et se trouva délivré de tout symp-
À LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 653 tôme, à l’exception de quelques nodus sur le tibia, et de quelques douleurs rhumatismales qui étaient réveillées quand il s’exposait au froid: mais il ya environ un an(*), il a commencé à éprouver de la gêne dans la déglutition, de la sécheresse dans la gorge, et cette dernière région ainsi que l'ouverture postérieure des fosses nasales sont devenues le siége de l’écoulement d’un mucus visqueux; ces symptômes existent encore.
On peut faire les remarques suivantes sur le cas qui précède :
Il n’est guère possible de douter que la maladie ne fût le yaws. Le yaws estune maladie qui ressemble à la maladie vénérienne dans plusieurs de ses symptômes, ainsi que dans la manière dont il est le plus ordinairement communiqué. Il en diffère cependant par plusieurs particularités essentielles. Le yaws a une marche régulière; après avoir parcouru ses périodes, il laisse la constitution dans un état sain, ou au moins délivrée entièrement de cette maladie; il suffit, pour la guérison, que le malade soit placé dans des conditions hygiéniques favorables. Ainsi, un nègre atteint de cette affection doit rester au repos ou travailler très-peu ; il faut le tenir très-propre et le mettre à un meilleur régime qu'auparavant. Dans ces conditions , ilse guérit ordinairement dans l’espace de quatre à neuf mois, bien que les cas les plus défavorables puissent durer beaucoup plus longtemps. On emploie un grand nombre de médicaments dans le traitement de cette maladie, mais il n’est pas prouvé qu'aucun d’eux soit utile. Le méreure agit très-puissamment sur elle, sans en être le spécifique. Administré au début, il peut arrêter les progrès de la maladie ou même amener -Ja cicatrisation de tous les ulcères cutanés; mais on ne gagne rien à ce succès apparent, car la maladie ne tarde point à éclater de nouveau. Quelques médecins des Indes occidentales pensent que l'interruption du cours de la maladie par l'emploi du mercure n’a pas d'autre inconvénient que de faire perdre du temps et de produire une guérison imparfaite; d’autres affirment que ce traitement donne souvent lieu à ce qu’ils appellent boneache (douleurs ostéocopes). Il est généralement admis que le mercure peut être donnéavec sécurité et même avec avantage vers la fin de la maladie. Il est probable que, dans le cas qu'on vient de lire, la longue durée de la maladie, qui a dépassé quatorze mois, ainsi que les douleurs qui avaient leur siége dans les os, ont été le résultat de l'emploi prématuré et trop abondant du mercure. On peut ajouter que le yaws diffère autant de la syphilis par la propriété qu’il a, comme la variole, de n'attaquer jamais le même individu deux fois, que par celle dont il jouit également de se guérir de lui-même (**).
(*) La première édition de cet ouvrage a été publiée en 17085 par ME ila dû s’'écouler un espace de temps considérable entre la guérison des ulcérations et la manifestation de l'affection morbide de la gorge. Ge GB:
(**) La première et la meilleure description du yaws a dorée das le Rinniime volume des Edinburgh Medical Essays ; elle est attribuée à un médecin nommé Home. Le cas rapporté par Adams, dans son ouvrage sur les poisons morbides , comme ayant été observé à Madère, ne paraît point appartenir à cette FAIR Lo G. G..B.
654 MALADIES QUI RESSEMBLENT M... me consulta pour des chancres situés au niveau de l’anion du prépuce avec le corps de la verge et sur le frein. Le traitement se composa principalement de frictions mercurielles , qui étaient destinées à affecter la constitution; on appliqua aussi le mercure sur les ulcères, afin de les affecter localement. Les chancres marchèrent vers la guérison d’une manière graduelle et non interrompue ,'et, au bout de cinq semainés environ , ils étaient parfaitement cicatrisés. Immédiatement après cette guérison, et longtemps avant qu’on pût supposer que tout le mercure eût été expulsé de la constitution, M... eut commerce avec une femme. Très-peu de jours après le premier rapprochement sexuel, le prépuce devint le siége d’excoriations qui occupaient tout le pourtour de son bord libre. M... con: tinua ses relations; mais voyant son état empirer, il vint me consulter. Les excoriations étaient très-profondes, et le prépuce était si contracté et si douloureux, qu’il était impossible de le ramener sur la verge. Cette lésion était-elle vénérienne? Les plaies n’avaient pas l’aspect syphilitique; mais il ne fallait pas s’en tenir aux simples apparences. J’examinai d’abord si ces altérations n'étaient point un retour de la première maladie : cela ne pouvait être, car les nouveaux ulcères n’occupaient pas les mêmes points où les chancres avaient été situés. Était-il permis d’admettré qué la partie actuellement affectée du prépuce avait été infectée en même temps que celle qui avait présenté les chancres, et que le poison n'y avait point, jusqu’à l’époque actuelle, développé l’action vénérienne, parce qu’il en avait été empêché par le traitement mercuriel, qui toutefois n’avait point détruit la disposition? On ne pouvait répondre à cette question d’une manière satisfaisante; mais cette hypothèse n’était guère vraisemblable, car l’action vénérienne aurait été excitée à une époque très-rapprochée de la cessation du traitement, et lorsqu'il y avait très-probablement encore une grande quantité de mercure dans l’économie. Cette nouvelle affection avait-elle été communiquée par la femme? La présence du virus communiqué par le coït ne pouvait être considérée comme la cause de ces excoriations, quelque influence qu’elle eût pu avoir ensuite pour les rendre vénériennes, car elles s’étaient formées trop peu de temps après les relations sexuelles ; et surtout à une époque où la constitution était encore imprégnée de mercure; en outre, très-peu de temps auparavant, les parties étaient accoutumées au contact de la matière vénérienne. Bien que je fusse convaincu, d’après toutes ces circonstances réunies, que le cas n’était point vénérien, le malade n’en craignit pas moins qu'il ne fût possible qu’il eût communiqué la maladie à la femme avec laquelle il avait eu des relations, parce qu’il avait vue après l'apparition des ulcérations. Ma conviction étant aussi arrêtée sur ce point que sur l’autre, je l’engageai à rester parfaitement tranquille. Il partit immédiatement pour la campagne, et ses excoriations se guérirent parfaitement bien sans traitement. Moins de quinze jours après les rapports qu’il avait eus avec cette femme, celle-ci fut prise d’une fièvre légère, et il Se forma une tumeur dans l’une de ses aines. Je suivis les progrès de cette tumeur, qui furent lents, et mon opinion fut qu’elle n’était point vénérienne. A la fin, il s’y forma du pus, elle S'ouvrit,
À LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 655 et l’on appliqua dessus des cataplasmes. Au lieu de s’ulcérer et de s’é tendre, l’abcès présenta une disposition favorable, et au bout de six semaines environ, il était parfaitement guéri. Pendant le travail de cicatrisation, il apparut sur la peau des plaques squammeuses, dont quelquesunes occupaient la face et les cuisses, mais dont le plus grand nombre étaient situées aux mains et aux pieds, dont l'épiderme se détacha par écailles. L'apparition de ces symptômes m’ébranla un peu; mais comme la plaie de l’aine était en voie de guérison, je ne voulus point m’en rapporter aux apparences; c’est pourquoi j'insistai pour qu'aucun traitement particulier ne fût entrepris, et l’éruption se. dissipa très-bien d’ellemême. |
A en juger par la physionomie générale de ces faits, on eût été naturellement porté à affirmer que la maladie, dans ces cas, était de nature vénérienne. Mais en recherchant et en groupant ensemble toutes les circonstances de chacun d’eux, je pus conclure qu’il n’y avait là rien A syphilitique, et l'événement a prouvé que j'avais eu raison.
L'observation suivante m’a été communiquée par M. French, de Harpurstreet :
Le 9 juin 1782, A. me consulta pour un ulcère qui était situé sur le gland et qui était le siége d’une douleur excessive. Sachant qu’il menait une vie déréglée, et ayant appris de lui qu’étant dans un état d'ivresse il avait eu commerce avec une femme, je considérai l’ulcère comme vénérien. Il était alors dans un état fébrile et peu favorable à l'administration du mereure : en conséquence, je lui prescrivis le quinquina en décoction, et l’élixir de vitriol avec la teinture thébaïque, à dose proportionnée à l’intensité de la douleur. Je lui défendis l'usage de toute liqueur fermentée; je lui recommandai de se nourrir principalement de lait, et de bassiner l’ulcère avec un liniment composé de parties égales d'huile d’amandes et d’eau saphirine (aqua saphirina (*)).
Vers le 17 du même mois, la fièvre ayant éprouvé un amendement, lulcère parut plus net; et la douleur ayant diminué, je prescrivis de petites doses de mercure et d’extrait de cigué.
Le 4 juillet, remarquant que le mercure agissait d’une manière fâcheuse, je prescrivis trois grains d'extrait de ciguëé deux ou trois fois par jour, ainsi que la décoction de quinquina comme auparavant, avec vingt gouttes de teinture thébaïque qui furent graduellement portées jusqu'à soixante, et que le malade prit le soir en se couchant.
L'ulcère avait pris beaucoup d’extension pendant l'emploi du mercure, et il avait détruit la moitié du gland.
” Lei octobre, M. Hunter fut consulté; il conseilla d’ajouter la poudre de salsepareille à la décoction de quinquina , de donner le laudanum à hautes doses, et de baigner l’ulcère avec la teinture thébaïque. Peu de temps après le commencement de ce traitement, le reste du gland fut éliminé, ta plaie
(*) Eau saphirine ou Eau céleste, formée d’eau de chaux, de sel ammoniac et de vert-de-gris; variable d’ailleurs suivant les formulaires. GR.
656 MALADIES QUI RESSEMBLENT qui succéda à la chute de Pescarre se cicatrisa graduellement, et la santé générole se rétablit. |
Ce cas présenta deux autres symptômes qui méritent d’être mentionnés ; la moitié droite du frontal et le pariétal gauche devinrent le siége d’une tuméfaction considérable accompagnée de vives douleurs, et des taches semblables à celles du scorbut de mer se montrèrent à la partie interne du tibia gauche; ces deux symptômes disparurent pendant la durée du traitement. bu
Quelques mois après, les tumeurs de la tête se reproduisirent ; il, se forma plusieurs abcès qui fureut ouverts, et l’on trouva les os du crâne cariés dans une grande étendue. Pour calmer ses douleurs, le malade prit, pendant plusieurs mois, deux cent quarante gouttes de laudanum et six grains d’opium par jour. Les ulcères se guérirent, et il s’en ouvrit d’autres en diverses parties de la tête, qui se guérirent également. En juin 1785, il n’y avait plus qu’un large ulcère qui occupait l’angle de l'œil droit.
Une dame accoucha le 30 septembre 1776. L'enfant étant faible, et la quantité de lait que renfermaient les seins de la mère étant très-abondante, on jugea à propos de faire teter cette dame par un enfant du voisinage afin d'entretenir les seins dans une condition convenable. Ii est à remarquer que cette dame donna le sein droit à son enfant, et le gauche à l’enfant étranger. Au bout de six semaines environ, le mamelon du sein gauche commença à s’enflammer , et les glandes de l’aisselle se tuméfièrent. Quelques jours après, il se forma autour du mamelon plusieurs petits ulcères qui, s'étendant rapidement, communiquèrent bientôt ensemble et n’en formèrent plus qu’un; à la fin, la totalité du mamelon fut détruite. La tumeur de l’aisselle se dissipa, et l’ulcère de la mamelle se cicatrisa dans l’espace d'environ trois mois à partir de son début. Vers cette époque, l’enfant étranger avait la respiration courte; il avait des aphthes dans la bouche; et il mourut de consomption, présentant plusieurs ulcères en différentes parties du corps. La malade se plaignit, dans le même temps, de douleurs lancinantes qui se faisaient sentir dans diverses régions, et auxquelles succéda, sur les bras, sur les jambes et sur les cuisses, une éruption de plaques dont plusieurs devinrent des ulcères. |
La malade fut alors soumise à un traitement mercuriel, et à l’usage de la salsepareille en décoction. On essaya le mercure sous des formes diverses : à l’intérieur en solution et en pilules; à l’extérieur, sous forme d’onguent. On ne put en continuer l'emploi qu’un petit nombre de jours chaque fois, car il produisait toujours de la fièvre , de la diarrhée et des douleurs intestinales très-vives. La malade resta dans ces conditions jusqu’au 16 mars 1779, époque à laquelle elle accoucha d’un autre enfant qui était dans un état morbide. Cet enfant fut confié aux soins d’une nourrice et vécut environ neuf semaines; son épiderme se détachait dans plusieurs points, et une éruption squammeuse couvrait tout son corps.
Peu de temps après la mort de l'enfant, la nourrice accusa de la cépha-
À LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 657 lalgie et de la douleur dans la gorge; des ulcérations se formèrent sur ses seins. Divers médicaments lui furent prescrits, mais elle se détermina à entrer dans un hôpital, où on la fit saliver, et dont elle fut renvoyée au bout de quelques mois, sans étre guérie. Les os du nez et du palais s’exfolièrent , et quelques mois après, elle mourut dans un état de consomption.
De tous les agents thérapeutiques qui furent employés par la dame ellemême, aucun n’eut d'aussi bons effets que les bains de mer. Vers le mois de mai, elle commenca l’usage de la tisane de Lisbonne, qu’elle continua régulièrement pendant environ un mois; et les ulcères, pansés avec le laudanum, se cicatrisèrent. En septembre (*, elle fut délivrée d’un autre enfant qui n’offrait aucune trace extérieure de maladie; mais cet enfant paraissait mal portant, et il mourut avant la fin du mois.
Environ un an après cette époque, les ulcères s’ouvrirent de nouveau, et malgré des pansements mercuriels et l’usage de divers médicaments à l’intérieur, ils persistèrent pendant une année, mais ensuite ils se cicatrisèrent une dernière fois (**).
(**) Hunter croit évidemment que ces cas, ainsi que ceux qui leur ressemblent, ne sont point vénériens ; et, dans un autre endroit, il nie qu'il soit possible qu’un enfant recoive l’infection vénérienne de sa mère, avant sa naissance. L’exposé des faits suivants, qui s’observent assez fréquemment et sont assez spéciaux pour qu’on puisse les donner avec toute confiance dans leur exactitude, permettra de juger si l’opinion de Hunter était fondée.
Lorsqu'une femme est atteinte d’une affection syphilitique constitutionnelle pendant la grossesse, elle pataît être disposée d’une manière toute particulière à l’avortement ; et il est trés-probable que la cause de l’avortement est la mort de l'enfant, qui vient au monde privé de vie dans le plus grand nombre des cas, et qui, - ordinairement, cesse de donner des signes d'existence quelques jours avant son expulsion.
Toutefois, si l'avortement n’a pas lieu, il est très-ordinaire de voir que l’enfant ne présénte aucun signe de maladie au moment de sa naissance. Mais à une époque qui varie, en général, entre trois et cinq semaines après sa naissance, sa santé s’altère : il survient des éruptions sur les cuisses, dans les régions inguinales, entre les fesses ou sur les organes de la génération. Ces éruptions présentent l'aspect de taches qui affectent en général la forme circulaire, et qui offrent une surface brillante et une légère desquamation, mais sans le moindre épaississement tuberculeux. A mesure que la maladie fait des progrès, ces taches s’agrandissent, et 1l arrive quelquefois qu’elles occupent presque tout le corps. Dans les plis que forme la peau, elles s’excorient quelquefois légèrement, et même, auprès de l’anus, à l'ombilic, et sur les organes génitaux des petites filles, forment de petites excroissances qui se rapprochent du condylome. Alors, chez beaucoup de sujets, il se forme des ulcères dans l’intérieur de la bouche et dans le gosier ; les narines sont en partie bouchées par l'accroissement de leur sécrétion , et la voix devient faible e: rauque. Avec tous ces symptômes coïncide un état morbide général très-grave. Dès le début des symptômes, l’enfant dépérit; ct, à mesure qu’ils continuent, il devient de plus en plus faible et émacié. Si cet état est négligé , il se termine souvent par la mort; mais, sous l'influence d’un traitement mercuriel, tous les symptômes sont FACHEUIERE dissipés, et l'enfant peut être rendu à une santé parfaite. HAT
658 MALADIES QUI RESSEMBLENT Les cas suivants, qui dérivent tous de la même source, sont la meilleure preuve possible qu’il se forme chaque jour des poisons nouveaux, qui
Lés pérsonnés qui ont des rapports très-intimes avec un enfant atteint de cette mala+ die, peuvent recevoir de lui l'infection. Lorsqu'un tel enfant, ayant des ulcères dans l’intérieur de la bouche, suce le sein d’une femme saine, il arrive le plus souvent que dès ulcères se forment sur le mamelon. Or, ces ulcères ne ressemblent point aux fissures qui sont si communes sur lès mamelons des femmes qui donnent à teter, ét qui ne déterminent ordinairement aucune perte de substance ; mais ce sont des ulcères rongeants, qui, avant qu’on ait pu en obtenir la cicatrisation, détruisent la totalité ou la plus grande partie du mamelon. Ils déterminent aussi, en général, dans l’aisselle, un engorgement glandulaire, qui, toutefois, passe rarement à la suppuration. Au bout de quelques semaines, il survient des affections morbides de là gorgè, des éruptions ôu des nodus qui ne différent en rien des formes ordinaires de la syphilis constitutionnelle.
Lorsqu’ une femme, après avoir été iufsteé de cètte manière par un nourrisson qui n’a sucé qu’un sein, donne à teter à un autre enfant bien portant, l'infection m'est point, communiquée à celui-ci, si elle a bien soin de ne lui donner que le sein opposé, et de, ne jamais mettre dans sa bouche le mamelon qui a été sucé par l'enfant malade, Mais si cette précaution n’est pas prise, et que les deux seins soient présentés indistinct:ment aux deux enfants, l'enfant bien portant contracte, à la face interne des lèvres, des ulcères qui sont suivis d’une éruption squammeuse de la peau, exactement semblable à celle qu’on observe sur le corps d’un enfant qui a recu l'infection de sa mère.
Il serait facile d'appuyer ces assertions sur des observations détaillées. Les résultats sont assez uniformes ; au moins, les cas où l’on voit les phénomènes morbides dévier de leur marche habituelle ne sont pas plus nombreux que les cas insolites que présente la maladie vénérienne communiquée par la voie ordinaire dans les relations sexuelles.
Il est difficile, en face de ces faits, de nier que de tels symptômes soient l'effet du . virus vénérien. Il est vrai que les symptômes vénériens, chez les enfants, ne sont pas précisément les mêmes , soit dans leur marche, soit dans leur aspect , que les symptômes les plus ordinaires de la maladie vénérienne chez les adultes. Il paraît que les affections des os et du périoste , de même que les éruptions tuberculeuses, ne s’observent point à cet Âge. Cependant, comme les symptômes, chez l'adulte d’où la maladie provient , et chez l'adulte auquel l'enfant la communique, sont identiques à ceux de la syphilis commune, on doit en conclure que les différences qui viennent d’être indiquées doivent être attribuées à l’âge et aux conditions particulières où se trouve l'enfant, et non à une différence de virus.
Il est impossible d'admettre l’argument avancé par Hunter, savoir, que les cas qui nous occupent ont dû étre l’objet d’un diagnostic erroné, parce que les symptômes secondaires de la syphilis ne communiquent jamais l'infection. Les faits sont si bien établis, qu’il est plus difficile de les nier que de révoquer en doute le principe.
Je partage ici complétement l'avis de M. Babington; seulement je pense que jusqu’à présent, on n’a pas encore bien déterminé la nature absolue des accidents qui peuvent se transmettre des enfants aux nourrices; et que tel accident réputé secondaire transmissible pouvait bien avoir été d’abord primitif; comme aussi dans quelques cas, telle nourrice qui disait avoir été infectée par son nourrisson, pouvait bien avoir contracté la syphilis autrement. |
Quoi qu'il en soit, dans l’état actuel de la science, si l'explication laisse encore beau-
À LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 659 ressemblent beaucoup, sous plusieurs rapports, mais non sous tous, au poison vénérien, de sorte que ce n’est pas par les points de ressemblance, mais par ceux de dissemblance qu'il faut les juger.
Les parents de l'enfant qui est le sujet de l'observation suivante étaient et sont encore, selon toute apparence, des gens très-sains. L'enfant naquit faible; sa mère, n’ayant que peu ou point de lait, le confia, trois semaines après sa naissance, à une nourrice dont le lait datait de sept mois et qui allaitait son propre enfant. La nourrice donna le sein droit à son enfant, et le sein gauche à son nourrisson.
La nourrice remarqua que la peau de son nourrisson commençait à présenter des desquamations; mais il n’y avait nulle part d’excoriations, excepté autour de l’anus, où l’aspect de la peau était tel, qu’on eût dit que la partie avait été échaudée. La même espèce de desquamation se manifesta sur les lèvres, mais il ne paraît point qu’il s’y soit formé des ulcérations, bien que les habitants du pays affirmassent que c’étaient des aphthes. La surface interne de la bouche et la langue paraissaient saines. Le nourrisson mourut au bout de quinze jours, et alors la nourrice allaita son propre enfant pendant trois semaines avec les deux seins indistinctement; au bout de ce temps, elle vint à la ville pour nourrir un autre enfant.
Elle donna à teter à ce second enfant; mais après un séjour de dix à onze jours à la ville, elle sentit que sa santé s’altérait. On pensa que sa nouvelle manière de vivre, le séjour de la ville, et probablement un meilleur régime, ne convenaient point à sa santé, et alors elle partit pour la campagne, et emmena son nourrisson avec elle. Trois ou quatre jours après son arrivée à la Campagne, par conséquent une quinzaine de jours après avoir pris Son nouveau nourrisson, et cinq semaines après la mort du premier, son mamelon gauche, qui avait toujoùrs été sucé par le premier nourrisson, commença à s’ulcérer, de sorte qu’il lui fut impossible de donner à teter avec le sein de ce côté. Cet ulcère du mamelon devint extrêmement douloureux. Un ou deux jours après, il survint une éruption d’abord sur la figure, puis bientôt sur tout le corps, mais surtout sur les jambes et sur les cuisses. Cette éruption continua à sortir pendant environ quinze jours ; elle avait d'abord beaucoup de ressemblance avec l’éruption de la variole, et le troisième jour de sa sortie elle s’accompagna de fièvre, de malaise général et d’une vive douleur.
On fit prendre, toutes les quatre heures, à la malade une mixture avec le sel d’absinthe, et tous les deux jours quelques laxatifs, tels que l’infusion de séné, le tartre soluble, etc., mais sans aucun effet, car les symptômes empirèrent.
‘coup à désirer pour satisfaire complétement tous les esprits, il existe un grand nombre d'observations incontestables de syphilis transmise du nourrisson à la nourrice, et mice versa.
Quant aux accidents tertiaires, que M. Babington croit ne pas exister chez les enfants, subissant des modifications dépendantes des conditions particulières dans lesquelles ils se développent, ils revêtent si facilement la forme des serofules, que leur ‘cachet spécial est effacé et leur origine perdue. ÿ P. RicoRD.
Deux ou trois jours après l’apparition de l’éruption cutanée, une des
glandes de l’aisselle se tuméfia, suppura, et fut ouverte au bout de quinze jours, puis elle se guérit presque tout de suite. Quelques-unes des pustules . s’accrurent rapidement, devinrent de larges ulcères, ayant presque le diamètre d’une demi-couronne, surtout sur les jambes et sur les cuisses, et se couvrirent d’une large croûte; plusieurs restèrent petites, et ne parurent être que de simples papules. Quinze jours environ après le début de l’éruption, quelques-unes des pustules disparurent; et quatre semaines plus tard, un ulcère putride se forma sur l’amygdale gauche.
Le chirurgien de l'endroit voyant qu’il ne pouvait retirer aucun avantage du traitement indiqué ci-dessus, se décida à prescrire le sublimé corrosif à la dose d’un demi-grain en dissolution matin et soir. Au bout d’une semaine environ, on crut remarquer que le gonflement des ulcères restait stationnaire, que la suppuration était un peu moindre, et que l’ulcère de la gorge avait une apparence plus favorable.
Ce fut à cette époque que je vis la malade pour la première fois; c'était à peu près six semaines après le début de l’éruption , et quinze jours après l'apparition de l’ulcère de l’amygdale. L’éruption était alors, à peu de chose près, dans les conditions qui ont été décrites ci-dessus, mais l’ulcère de l’amygdale était net et en voie de cicatrisation. Les détails de ce fait me firent penser que la maladie n’était point vénérienne. En conséquence, je conseillai d'abandonner tous les remèdes, qui du reste ne pouvaient être en usage que depuis quinze jours au plus, car ce n’était que depuis la formation de l’ulcère sur l’amyydale que le mercure était admi-
nistré, et cet ulcère n'existait que depuis quinze jours quand je vis la malade. Peu de temps après, la malade se rétablit.
Après un certain temps pendant lequel elle s’était bien portée, elle s’adressa de nouveau au chirurgien du pays, pour un abcès qui s’était formé sur le sein dans le point où la maladie avait débuté, et avec lequel coïncidait une nouvelle éruption du visage.
L’abcès fut ouvert et se guérit en peu de; jours: l’éruption disparut à la suite de l'emploi d’un cut, Depuis ce temps, cette femme s’est toujours bien portée, et il n’est résulté de sa maladie d’autre effet fâcheux que la perte totale de son mamelon.
Voilà un cas qui certainement a été considéré comme vénérien.
Cinq jours après le début. de l’éruption chez la nourrice, le nourrisson fut repris et confié à une femme saine, pleine de fraîcheur, âgée de vingtquatre ans, et qui était accouchée de son premier enfant depuis onze mois. Au bout de quelques jours, elle remarqua sur la tête de l’enfant une éruption assez semblable à celle dont avait été atteinte la nourrice précédente. Bientôt sa bouche s’excoria, et il ne teta plus qu'avec difficulté. En peu de temps, l’éruption de la tête se dessécha et devint le siége d’une desquamation; puis il en parut une autre sur la face, sur les genoux et sur les pieds, mais celle-ci différa complétement de la précédente, car les pustules de la première avaient suppuré, tandis que dans celle-ci les plaques restèrent superficielles , donnèrent lieu à une desquamation, et laissèrent
À LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 661 une tache eirconscrite d’un brun clair, qui continua à s’accroître pendant cinq semaines. Cette éruption dura près de trois mois, au bout desquels l’enfant se trouva extrêmement amaigri. Mais comme aucun traitement particulier n’était indiqué, aucun médicament ne fut prescrit; quelques semaines après, l'enfant fut transporté à Londres, où il se rétablit parfaitement. l
La seconde nourrice, quelques jours après avoir ‘donné à à teter à l'enfant, vit se former sur son sein gauche des taches semblables à celles de la première nourrice, avec cette seule différence qu’elles étaient moins nombreuses, et qu’elles s’accompagnaient d’une inflammation phlegmoneuse plus intense. Elles continuèrent à faire des progrès et s’agrandirent pendant sept ou huit jours. Alors le mamelon du même sein s’ulcéra, et l’ulcération s’étendit assez pour en faire craindre la destruction complète. Bientôt les cuisses, puis les jambes, participèrent à la maladie.
Elle allaita cet enfant pendant environ trois mois. La maladie ne manifesta plus de tendance à faire des progrès, et dans l’espace de douze ou quatorze jours elle disparut entièrement, sans que la malade eût pris d’autre médicament que quelques onces de décoction de quinquina. Le seul topique qui ait été appliqué sur le sein fut de l’onguent simple.
Cette femme, à cette époque, avait si peu de lait, qu'on fut obligé de se procurer une troisième nourrice pour l’enfant, et elle retourna à la campagne. Son propre enfant étant sevré, elle n’eut plus occasion de donner à teter, et bientôt tout son lait fut entièrement tari. Cependant, pour amuser son enfant quand il était de mauvaise humeur, elle lui mettait dans la bouche le mamelon du sein qui avait été malade. Il en résulta qu’en peu de jours cet enfant devint malade de là même manière que le nourrisson. Elle consulta alors un chirurgien distingué, qui, n’ayant point connaissance des circonstances antécédentes, supposa que cette affection était de nature vénérienne, et prescrivit une liqueur incolore, qui, selon toute apparence, était une solution de sublimé corrosif, dans fa proportion de seize grains pour une chopine d’eau. La dose était d’une cuillerée à bouche. Elle prit ce médicament suivant les instructions qu’elle avait reçues , et en donna à son mari ainsi qu’à son enfant; pour ce dernier, la dose était seulement d’une cuillerée à caïé. Sous l'influence de cette liqueur, elle se rétablit.
La troisième nourrice, de même que la précédente, fut affectée en peu de temps, mais les taches se montrèrent encore moins nombreuses; on eût dit que la maladie perdait beaucoup de sa force, car chaque infection nouvelle offrait un caractère moins malin que les précédentes. La malade guérit sans prendre aucun médicament ().
(*) On lit de plus dans l'édition de Home: « Le cas suivant est un exemple de l’iufluence que l’état de l'esprit peut exercer sur le corps, et des effets fâcheux auxquels sont exposés les malades qui se livrent sans frein à leurs idées sur les affections dont ils se croient atteints. Je le donne tel qu'il m'a été transmis par le malade luimême, dans le désir d’avoir mon avis :
, «En mai 1789, étant à Londres, j’eus le malheur d’avoir des relations avec une
662 MALADIES QUI RESSEMBLENT Des prétendues affections vénériennes communiquées par la trans-. plantation des dents.
Depuis que l'opération de là transplantation des dents est pratiquée à Londres, il s’est présenté quelques cas dans lesquels on a supposé que l’in-
« femme de la ville. Cinq jours après je me livrai à un exercice extraordinaire, et comme « il faisait très-chaud je transpirai très-abondamment, Cette transpiration eut lieu à « la tête, et plus particulièrement au front. Dans cet état, je retournai à la campagne, « et tandis que j'étais sur la route la sueur augmenta; quand elle cessa, elle me laissa « une chaleur brülante au front, de sorte qu’il m'était impossible de supporter mon « chapeau, Cette chaleur continua pendant toute la nuit, s’accompagnant d’une dou- « leur extérieure autour du front. Le jour suivant elle augmenta, et le surléndemain « ellé parut perdre de son intensité; mais elle se fit sentir plus ou moins pendant « plusieurs semaines. À mon retour chez moi, j'eus des rapports sexuels avec ma « femme. Dès lors la crainte agita tellement mon esprit que je ne pus trouver de « repos qu'en exposant ma situation à un chirurgien et à un apothicaire. Je craignais « que l'affection de ma tête ne dérivât d’une maladie vénérienne. Le chirurgien parut « ne craindre aucun danger. Je le sollicitai de me donner quelques purgatifs, espérant « qu’üs dissiperaient l’inflammation dont ma tête était le siége, et qu’ils me délivre- « raïent aussi du virus que je pouvais avoir contracté. Malgré l'emploi de ces médi- « caments, je continuai à éprouver quelquefois les mêmes sensations désagréables, en «même temps qu’un malaise qui avait son siége daus la gorge et dans les dents.
« Jusque-là, il n’y avait rien eu d’anormal vers les organes génitaux, si ce n’est « une sensation de chaleur qui n’avait point été percue ou remarquée auparavant, Il « me sembla alors que cette chaleur augmentait. Par une inspection constante et « attentive, je trouvai que le volume de la verge diminuait par intervalles. Le gland « prit une coloration jaunâtre pâle , et les glandes situées derrière le gland parurent « se couvrir de mucus. La chaleur de la tête diminua; la gorge et les dents furent « le siége d'un malaise plus grand.
« Dans la première quinzaine qui suivit mon retour, je décidai mon apothicaire à « me donner de petites doses de calomel. Pendant les premiers jours, elles me pur- « gèrent très-violemment; en conséquence, on en diminua la quantité. Pendant tout « ce temps, je n’éprouvai aucun écoulement; mais après avoir pris ce médicament « pendant quelques jours, je ressentis un peu de chaleur et de douleur dans l’aine; « ma verge me parut chaude parfois, et j'éprouvai quelques élancements douloureux « autour de la tête. Ce traitement fut terminé au bout d’une quinzaine de jours, et « alors je commencai l'usage des altérants. Pendant que je prenais ces agents théra- « peutiques, l’état de ma gorge parut empirer, surtout vers le soir.
«Six semaines après mes rapports sexuels, je fus jugé guéri, et j'abandonnai tout trai- « tement.
« Peu de temps aprés, le matin, avant d’uriner, j'apercus, en écartant les lèvres « de l'orifice de l’urètre, une petite quantité d’un liquide blanchâtre, formant uve « goutte qui n'égala jamais le volume d’un pois et ne paraissait jamais que le matin, « Je voulus savoir quelle tache ce liquide formerait sur du linge propre; il y laissa « une marque verdâtre. Je communiquai immédiatement ce fait au chirurgien, qui me & défendit de m'en occuper et m’assura que cela n'avait aucune importance, Mon « esprit était trop tourmenté pour que je pusse me contenter de ces assurances; « c’est pourquoi je consultai un médecin. Celui-ci me dit que si j'étais affecté, ce « devait être à un très-faible degré, et qu'il n’était pas possible que j’eusse ‘infecté « ma femme. Néanmoins, il jugea convenable de me prescrire quelques médica- « ments , ét me conseilla de suivre un traitement tonique après en avoir fait usage
À LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 663 fection vénérienne avait été communiquée par cette voie, et qui ont été traités en conséquence. Le mode de traitement adopté n° a amené aucun
« pendant quinze jours. Je commençai alors l'administration de ces médicaments; « je pris une grande cuillerée à café d’un électuaire trois fois par jour; ma gorge « commença bientôt à aller mieux; au bout de quinze jours le traitement fortifiant « fut commencé. Lorsque je cessai l’emploi des médicaments ci-dessus indiqués, « ma gorge redevint le siége d’une sensation pénible comme auparavant. Une «ou deux fois je remarquai à l’orifice de lurètre un liquide clair et plus gluti- « neux que mon urine. Je remarquai que cette circonstance avait toujours lieu après «les érections.
« Le traitement fortifiant fut continué pendant environ quinze jours. Ma gorge «était très-douloureuse vers le soir, et offrait de la rougeur. Un bouton dur et rouge « se forma sur le palais. Ces symptômes m’affectèrent vivement.
« Je commençai alors à prendre un électuaire semblable au premier, et je bus « chaque jour une chopine de décoction des bois. Je suivis ce traitement pendant «six semaines. Je fis usage des médicaments toniques pendant environ quinze jours, « puis je les abandonnai. J'employai un grand nombre de remèdes pour ma bouche « et pour ma gorge; tantôt un électuaire, des gargarismes avec du vin de Porto; « tantôt des gargarismes avec une décoction de roses, avec du miel, etc.
« Maintenant je me trouve plus mal que jamais; car bien que je n'aie jamais été « dans l'impossibilité de continuer mes affaires, j’éprouve quelques sensations désagréa- « bles de plus: ce sont des douleurs qui ont leur siége dans les tibias, et qui se font « sentir, comme des piqüres d’épingle, surtout après la marche ou la station debout. « Elles ne sont pas violentes, mais elles sont pénibles, Mes jambes me paraissent quel- « quefois extraordinairement roides; je ressens de la cuisson dans le genou ét dans le « creux du jarret, ainsi qu’une douleur dans les reins et quelquefois dans le bras, Il « me semble que mes cors, qui sont souvent très-incommodes, le sont devenus davan- « tage, surtout quand le temps est humide.
« Il y a environ trois mois, j'ai découvert à la face interne de la cuisse une tache, « de la largeur d’un schelling, qui, ordinairement de la couleur de la peau, prend « quelquefois une couleur cuivrée; cette coloration ne manque pas de se présenter « quand cette partie est échauffée. Plusieurs taches de couleur moins foncée se sont « manifestées de l’autre côté. IL en existe plusieurs qui ne sont pas plus grandes qu’une « tête d’épingle, et qui s'élèvent au-dessus du niveau de la peau, dans diverses par- «ties du corps. Elles ne sont le siége d'aucune douleur. Cette semaine , quelques « taches très-larges se sont formées autour du cou, et le côté droit de cette région est « douloureux parfois. Depuis quelque temps mon nez et mon front sont devenus le « siége de sensations différentes de celles qui y étaient perçues habituellement, J'y « ressens de la chaleur, de temps en temps un picotement et des élancements, et une « tension dont je ne puis bien rendre compte. La peau paraît rouge autour du nez. « Au moment où je vous écris, jy sens de la douleur et de la tension. Mes yeux me sem- « blent plus faibles qu’à l'ordinaire , et quelquefois ils sont rouges. Ma bouche a été « affectée; la membrane est pâle, et excoriée en quelques endroits, La salive est très- « désagréable; l’haleine est fétide. Toutes les fois que j'ai des vents dans l’estomac, ma « gorge devient très-douloureuse. Il est nécessaire que je vous dise que je suis d’un « tempérament scorbutique , et que cette disposition a toujours donné lieu à des bou- « tons qui se développent entre mes deux épaules ou le long de mes bras, et quelque- « fois, mais en petit nombre, sur ma figure.
«Lorsque je retournai chez moi en mai, je trouvai ma femme pâle et faible. Je « pensai que c'était l'effet de la grossesse. Il paraît, d’après ce qui est arrivé depuis,
664 MALADIES QUI RESSEMBLENT résultat qui fût propre à détruire cette opinion; cependant, lorsque lon pèse toutes les circonstances qui se rattachent à à ces faits, soit sous le point
« qu’elle était alors enceinte de six semaines environ. Je priai le chirurgien de me dire « s’il pensait que je pusse altérer sa santé; et que, s il en était ainsi, je me jetterais a « ses pieds et lui dirais ce qui s'était passé. Je fis la même demande au docteur. Tous « deux m’affirmèrent qu'il n’y avait aucun danger. Vers la fin de juin elle parut avoir « une fièvre lente. L’apothicaire la vit. Elle était très-faible ; mais elle se rétablit gra- « duellement. Dans le mois de juillet, elle eut une frayeur terrible, à la suite de la- « quelle son état redevint très-misérable; elle était faible, et se plaignait d'un écou- « lement extraordinaire par le vagin. Après beaucoup d’efforts, j'obtins d’elle qu'elle « consentit à consulter le docteur pour cet écoulement. Je sollicitais cette consultation « d'autant plus vivement que le docteur connaissait toutes les circonstances relatives à « ma santé. Je craignais beaucoup que les souffrances de ma femme ne fussent l'effet « d’une maladie qu’elle aurait reçue de moi. Je parlai de l’écoulement au docteur, le « priant de donner toute son attention aux symptômes éprouvés par la malade, et « le pressant de prescrire tous les moyens propres à la guérir. Il lui donna ses soins, « et m'assura qu'il n'y avait pas la plus légère apparence que les symptômes qu'elle « présentait provinssent d'une telle cause. Ces symptômes étaient l'effet de la faiblesse « et de la gestation. Elle n’accusa jamais aucune douleur dans les parties génitales, ni « aucune chaleur en urinant, À cette époque, elle fut tourmentée par une douleur qui « avait son siége dans les dents, dans les gencives, etc., et qui était presque sans ré- « mission. Le docteur prescrivit quelques remèdes cordiaux et fortifiants, qu'elle prit « pendant quelque temps. Elle alla mieux, mais elle éprouva presque continuellement « des douleurs de dents. L’écoulement du vagin diminua graduellement. Elle avait « toujours eu de la tendance à la constipation, mais cette disposition augmenta pen- « dant sa grossesse. Le docteur m’expliqua cette circonstance par son tempérament, « par la grossesse, etc., et m’affirma que tout était parfaitement naturel, ét qu'il n’y « avait pas la plus légère apparence d’un symptôme qui püt provenir d’une affection sy- « philitique. Un mois ou davantage avant son accouchement, ses douleurs des dents, « des oreilles et de la tête semblèrent s’accroitre; il se manifesta de la rougeur au-des- « sus de ses sourcils, et cette région était le siége d’une douleur très-vive, etc. A cette « époque, j’aperçus sur son visage quelques petites taches jaunâtres, une sur le front, « deux ou trois moins larges auprès des oreilles, etc., et quelques-unes sur les bras. « Enfin elle est accouchée d’un bel enfant très-bien portant. Ses dents restèrent dou- « loureuses; la joue droite l'était tellement, qu’elle ne pouvait supporter le moindre « attouchement. Son sein gauche devint alors douloureux, et cela, d'autant plus que « le lait s’y accumulait davantage. Elle avait toujours accusé une douleur dans ce sein « depuis son premier enfant, et quelquefois elle s’imaginait y sentir une tumeur dure. « Ses deux mamelons devinrent très-douloureux, et s’entourèrent de petites ulcéra- « tions ; mais le gauche était beaucoup plus malade que le droit. Il lui était extrême- « ment pénible de donner à teter; il fallait de temps en temps qu’une personne la « tetât. Les mamelons se sont guéris graduellement, et maintenant elle me dit qu’ils « sont bien. À une époque rapprochée de son accouchement , il s'est manifesté une « rougeur entre les deux seins; mais cette rougeur s’est dissipée. On voit actuellement «un peu de rougeur de chaque côté de son nez, auprès des yeux; et quelquefois le « sommet et les côtés des narines paraissent rouges. Elle dit qu’elle n’y éprouve aucune « douleur. Ses douleurs sont maintenant dans la gencive gauche, et s'étendent dans la « joue. Son urine est souvent très-épaisse, et présente un sédiment très-prononcé; « peu de temps après avoir été rendue. | « L'enfant ne présente aucune trace de maladie, mais il nasille comme jadis je n’ai
LA
sa
A LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 665 de vue de la manière dont la maladie a été contractée, soit sous celui du traitement quand la maladie a été traitée comme vénérienne, on voit qu’ils présentent tous quelque chose qui n’est pas exactement semblable aux phénomènes ordinaires de la maladie vénérienne communiquée par la voie habituelle; cette remarque acquiert une nouvelle force quand on fait attention que quelques-uns de ces cas n’ont point été traités comme vénériens, et que cependant ils ont été guéris, d’où il résulte que la guérison des autres, qui a semblé être due au mercure, ne prouve point péremptoirement qu'ils aient été vénériens (*).
Je crois avoir vu, sinon la totalité, au moins le plus grand nombre des
« vu nasiller aucun autre enfant. Je suis toujours prêt à voir les choses au pis, et je « suis très-affligé de la crainte que cette circonstance n’ait une origine syphilitique. « L'enfant est gai, profite et dort bien. Mes deux autres enfants ont été misérables de « temps en temps : pendant des semaines, ils ont présenté dans les commissures des «lèvres une excoriation évidente, qui avait une coloration blanchâtre. Je crois que « ces excoriations n'existent plus. On leur voit autour du cou quelques boutons très- « petits; ils ont sur le corps deux ou trois petites taches, et quelquefois leur nez de- « vient rouge et douloureux. Je suis accablé de la pensée que j'ai pu, par un acte « inconsidéré, infecter toute ma famille. Ma position est vraiment digne de pitié. « J'avais pris mes mesures avec empressement pour attaquer cette maladie de très- « bonne heure; mais, hélas! je crains d’être tombé entre de mauvaises mains.
« Cette affaire comporte un grand nombre de questions de la plus haute importance « pour moi. Pour ces questions et pour leurs réponses, je m’en rapporte à votre juge- « ment plus éclairé que le mien : je me bornerai à en poser trois ou quatre pour « ma propre satisfaction :
« Si les symptômes que j'ai éprouvés ont leur origine dans une infection syphilitique, « ai-je pu infecter mes enfants en les embrassant, en couchant avec eux, etc. ?
« Si l'écoulement de ma femme était vénérien, n’aurait-il pas dû en faire naître un « semblable chez moi ? ou bien, l'existence de la maladie syphilitique dans ma consti- « tution n'a-t-elle pas pu prévenir cet effet ?
« Les douleurs de la tête, des dents, des oreilles, etc., ont-elles pu provenir de cette « cause ? Si les mamelons de ma femme avaient été affectés par la maladie vénérienne, « l'infection n’aurait-elle pas dû se communiquer à la personne qui la tetait? Et, s’il « en est ainsi, à quelle époque et de quelle manière l'infection se serait-elle manifestée « chez cette personne ? Si les ulcérations des mamelons avaient été vénériennes, se se- « raient-elles guéries? La disposition de l’enfant à nasiller peut-elle venir de cette « cause? Une partie peut-elle être affectée de cette maladie sans qu'il se produise « manifestement de l’inflammation, du gonflement, et un écoulement?
« Je n’ai plus qu’à vous prier, monsieur, de vouloir bien donner toute l'attention né- « cessaire à ce cas malheureux et compliqué. Je désire vivement un soulagement « durable. »
(*) ILest à remarquer qu'icije ne m'appuie nullement sur l'opinion que j'ai émise, et suivant laquelle la syphilis constitutionnelle n’a pas la propriété de se communiquer par infection; et je crois que si la maladie qui nous occupe actuellement était de nature vénérienne, il faudrait admettre qu’elle émane d’une syphilis constitutionnelle dont aurait été atteinte la personne qui auraït fourni la dent; car les chancres ne sont pas communs dans la bouche, et, à l'inspection de cette partie, on les apercevrait; je crois aussi qu'on ne voit guère | dans la bouche des écoulements semblables à la ga norrhées À a us J. Hunter.
cas de cette espèce, et j'en ai traité plusieurs. Dans presque tous, l’affee:
tion locale s’est montrée assez régulièrement un mois après l'introduction de la dent, ce qui est une période trop longue pour être admise comme durée moyenne de l’incubation des symptômes syphilitiques ; et lorsque des symptômes constitutionnels ont été produits, ces derniers ont suivi Papparition des symptômes locaux à une époque trop rapprochée et si régulière pour qu’on püt les considérer comme vénériens.
Mais on peut dire que l’opération de la transplantation a produit une maladie probablement aussi fâcheuse dans ses conséquences que la syphilis. C’est une chose qu’on ne peut nier.
Le premier cas de cette espèce que j'aie eu à traiter a été celui d’une ,
dame à laquelle on avait transplanté une bicuspidée. La dent transplantée se consolida très-bien. Un mois environ après l’opération, cette dame dansa jusqu’à cinq ou six heures du matin, se refroidit, et fut prise en conséquence d’une fièvre qui dura près de six semaines. En même temps, il se fit une ulcération de la gencive et de la mâchoire, qu’on ne remarqua point alors. Lorsque la malade commençait à se rétablir, on observa que non-seulement la gencive et l’alvéole de la dent transplantée, mais encore ceux des dents adjacentes, étaient malades. Les deux bicuspidées furent arrachées et les alvéoles s’exfolièrent ensuite; mais les parties furent trèslentes à se cicatriser.
Cette lenteur donna naissance à diverses opinions, dont la principale
fut que la maladie était vénérienne. En même temps, il se forma sur une
jambe une tuméfaction qui était de l’espèce des nodus indolents, Ce symptôme fut aussi considéré comme vénérien, ou plutôt comme yenant à l'appui de l'opinion ci-dessus indiquée. Mais je manifestai l’opinion contraire. Je conseillai à la malade d’aller prendre les bains de mer. Elle suivit
ce conseil, et se guérit parfaitement, tant de l’affection de sa mâchoire
que de celle de sa jambe; depuis, elle s’est toujours bien portée.
Le second cas de cette espèce que j'aie’ observé survint également chez une jeune dame : la dent transplantée se consolida parfaitement bien, et resta intacte pendant environ un mois. À cette époque, la gencive commença à s’ulcérer, et laissa à nu la dent et l’alvéole. L’ulcère fit des progrès ; il survint des taches sur la peau et des ulcères dans la gorge. La maladie fut traitée comme vénérienne; les symptômes cédèrent à ce traitement, mais ils se reproduisirent à plusieurs reprises après des traitements mercuriels ne EE cependant, à la fin, la guérison fut parfaite.
La seule remarque que j'aie à faire au sujet de cette observation, c’est que les symptômes reparurent, après des traitements mercuriels non interrompus, beaucoup plus souvent que cela n’a lieu d'ordinaire dans les cas vénériens; et pendant toute la durée de la maladie, je soupçonnai qu’elle était de nature scrofuleuse. s
- Le troisième cas se présenta chez un homme. La dent transplantée resta, -sans causer le moindre inconvénient, pendant environ un mois, au bout duquel le bord libre de la gencive devint le siége d’une ulcération qui
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continua à faire des progrès jusqu’à déterminer la chute de la dent. Quelque temps après, il apparut des taches à la peau dans presque tous les points de la surface du corps ; ces taches n’avaient point le véritable aspect vénérien ; elles étaient plus rouges ou plus transparentes, et plus circonscrites. Le maladé présentait en outre une tendance à la fièvre hectique qui se décelait par de l'agitation , de l’insomnie, la perte de l'appétit et de la céphalalgie. Il eut recours à des moyens divers; mais voyant que son état ne s’améliorait point, on le soumit à un LARGE mercuriel; tous les symptômes disparurent en suivant la marche ordinaire de la maladie vénérienne , et nous le crûmes guéri. Mais, au bout de quelque temps, les mêmes altérations de la peau reparurent, et, de plus, les os du métacarpe présentérent de la tuméfaction. On soumit alors le malade à un traitement mercuriel plus énergique que le premier, et dans l’espace de temps ordinaire tous les symptômes disparurent de nouveau. Un certain nombre de mois plus tard, la même éruption se reproduisit pour la troisième fois, mais avee moins d'intensité, et sans aucun autre symptôme concomitant. Le malade prit encore du mercure; mais tout le traitement se composa de dix grains seulement de sublimé corrosif, et la guérison fut complète. Il s’écoula trois années entre le premier traitement mercuriel et la guérison . définitive. +34
Cette affection pouvait-elle être vénérienne? Le résultat des deux premiers traitements mercuriels, qui ont fait disparaître les deux premières éruptions, semble prouver qu’elle l'était en effet. Mais le troisième traitement, qui ne se composa que de dix grains de sublimé corrosif, produisit un effet semblable, et ce résultat tendrait à prouver que la maladie n’était point de nature syphilitique, car les symptômes qui reparurent après le second traitement, pendant lequel on avait donné une quantité considérable de mercure, n'auraient pas cédé à dix grains seulement de sublimé. |
Le quatrième cas fut celui d’une jeune dame chez laquelle, à la même époque après la transplantation que dans les cas précédents, la gencive devint le siége d’une ulcération qui fit des progrès considérables. Le chirurgien qui fut consulté le premier fut d’avis qu’on devait avoir recours immédiatement à l'emploi du mercure. Je fus appelé ensuite auprès dela malade, et je lui conseillai de ne point prendre de mercure, afin qu’on püt s’assurer de la nature de la maladie. En effet, si elle eût pris du mercure et qu’elle se fût guérie sous l’influence de ce traitement, c'eût été un nouveau cas qu’on aurait ajouté aux prétendus exemples de syphilis communiquée par la transplantation des dents. Je prescrivis l’extraction de la dent, afin de voir quel effet produirait l’ablation de la cause première. La dent fut ôtée, et la gencive se cicatrisa aussi rapidement que n ro quel ulcère simple; depuis, elle est restée intacte. |
Ce fait n’a pas besoin de commentaires. Je ferai cependant remarquer que, si la malade avait été soumise à un traitement mercuriel, elle se serait guérie également, selon toute probabilité, car la dent serait tombée dans l’espace de temps nécessaire pour un traitement complet; et si les
668 MALADIES QUI RESSEMBLENT choses se fussent passées ainsi, on peut affirmer, sans crainte d’être dé- menti, que ce cas eût été considéré comme vénérien.
Le cinquième cas fut observé chez une jeune dame de dix-huit ans, à la-” quelle on avait transplanté une incisive. La dent s’était très-bien consolidée; mais six ou sept semaines après l’opération, la gencive s’ulcéra. On fit immédiatement enlever la dent; la malade ne prit pas d’autre médicament que du quinquina, et elle se guérit très-bien en un petit nombre de semaines.
Le sixième cas fut observé chez un jeune homme de vingt-trois ans, natif de l’une des îles des Indes occidentales, à qui l’on avait transplanté les deux incisives antérieures. Vers la même époque après l’opération que dans le cas précédent, il se forma sur la gencive une ulcération qui prit une extension considérable; le bord libre de la gencive se gangrena et fut éliminé. On consulta un chirurgien renommé, qui prescrivit le quinquina. Sans avoir recours à aucun autre moyen, le malade se rétablit très-bien, à peu près dans le même espace de temps que les dames du quatrième et du cinquième cas, auxquelles la dent transplantée avait été enlevée: La gencive se guérit parfaitement, mais elle resta extrêmement étroite.
Parmi les faits qu’on vient de lire, il en est quelques-uns qu’on sera tenté, au premier aspect, de considérer comme vénériens. Si l’on porte son attention sur les autres, on décidera d’une manière absolue qu’ils n'avaient rien de syphilitique. Si ensuite on prend en considération toutes les circonstances qui se rattachent aux cas probablement vénériens, on arrivera à cette conclusion, autant qu’on peut s’appuyer sur le raisonnement, qu’ils n'étaient point réellement de nature vénérienne. Le premier cas qui ait paru vénérien dans le temps, ce fut celui que j’ai rapporté le second; mais, comme je n’ai pas suivi la malade pendant tout le traitement, je n’ai que peu de chose à en dire. Certainement, les symptômes se reproduisirent plus souvent qu’on ne l’observe ordinairement dans les cas de syphilis où il ne peut y avoir aucun doute sur la nature du mal, et la malade employa une quantité de mercure plus grande qu’à l'ordinaire. Il y a donc quelque chose d’obscur dans ce cas, car il ne s'accorde pas exactement dans tous ses points avec les cas ordinaires de syphilis. Le troisième cas présenta les mêmes récidives, et ressembla encore au précédent par la quantité de mercure qui fut nécessaire pour la guérison des symptômes.
Les effets les plus graves qui aient suivi la transplantation d’une dent sont ceux qui sont survenus chez une jeune dame et qui ont été rapportés dans les Medical Transactions, t. 3, p. 25, par William Watson :
Le dentiste, alarmé des premiers symptômes, me sollicita de voir la. malade. Le bord libre de la gencive commençait à s’ulcérer. Comme je ne savais trop ce qu’il y avait de mieux à faire, je conseillai au dentiste de préparer une forte solution de sublimé corrosif pour faire de fréquentes lotions dans la bouche, et d'appliquer sur la partie malade un tampon de charpie imbibée de cette solution. Mais ce moyen n’ayant point arrêté les progrès de lPulcération, la malade consulta Sir William Watson ; c’est au récit de ce médecin que je renyoie le lecteur, c’est là que je pren-
A LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 669 drai les bases de mon raisonnement. Toutefois , je puis faire remarquer que le cas fut considéré à la fin comme syphilitique, quelle qu’ait pu être l'opinion premièrement formée, et pour les deux raisons suivantes : 1° parce que ce mode de contracter la maladie vénérienne était possible ; 2° parce que la maladie ne cédait pas aux agents thérapeutiques qui sont sans efficacité contre la syphilis; et cette opinion paraît avoir été confirmée par l'influence favorable du traitement mercuriel. Mais la maladie considérée en elle-même, abstraction faite du mode de communication et même du, mode de traitement, ne présente point dans ses phénomènes une identité parfaite avec es phénomènes propres à la maladie vénérienne; et l’on n’a point pris les circonstances essentielles du fait en considération suffisante pour pouvoir déterminer s’il était réellement vénérien.
La marche de l’ulcération de la bouche, qui fut le premier symptôme de la maladie , fut plus rapide que ne le sont, en général, les ulcérations vénériennes ; car si l’on admet qu’elle était vénérienne , elle doit être considérée simplement comme un chancre, c’est-à-dire, comme une affection locale.
Maintenant suivons la marche de la maladie dans la constitution. « Vers cette époque », c’est-à-dire , quand la maladie locale faisait des progrès si rapides , « des taches apparurent sur la face, sur le cou, et sur diverses parties du corps de la malade: plusieurs de ces taches devinrent des plaies ulcérées et douloureuses.» Cette manifestation des effets constitutionnels est trop rapprochée de lapparition des symptômes locaux pour que la maladie fût vénérienne : on sait que la syphilis constitutionnelle qui dérive d’une gonorrhée ou d’un chancre, ne se manifeste pas ordinairement avant six semaines, souvent beaucoup plus tard, mais rarement plus tôt. Je n'insiste pas beaucoup sur une particularité, savoir, qu’il n’y eut aucun engorgement des glandes lymphatiques du cou, c’està-dire aucun bubon, car ces bubons ne sont pas un symptôme constant de l'introduction de la matière vénérienne dans la circulation, bien qu’on doive accorder que ce fait est de quelque poids dans un cas où les autres circonstances ne sont pas parfaitement satisfaisantes. Les accidents constitutionnels, quand ils se manifestèrent, furent beaucoup plus violents et beaucoup plus rapides dans leurs progrès qu'aucun symptôme syphilitique secondaire que j'aie jamais vu. On sait que les taches vénériennes sont des mois avant d’arriver à la période croûteuse; la douleur dont ces ulcères furent le siége ne s'accorde point non plus avec ce que nous savons de la syphilis constitutionnelle; les taches vénériennes ne produisent aucune sensation, ou au moins très-peu. Mais après tout, le mercure guérit cette maladie, quelle qu’elle fût. Vingt-huit grains de calomel, divisés en quatorze pilules, furent pris, probablement en dix ou douze jours, car il fut prescrit à la malade d’en prendre une ou deux par jour, suivant que les intestins le permettraient. Mais quoiqu'on associât au calomel la teinture thébaïque, ces pilules purgèrent si violemment qu’on fut obligé de renoncer à ce mode d'administration du mercure. Cependant, malgré
670 MALADIES QUI RESSEMBLENT ” Ja petite quantité de mercure qui avait été employée, et quoiqu'il en eût été tant rejeté par les évacuations alvines, « l’ulcération de la bouche et des. joues cessa de s’étendre, devint moins douloureuse et présenta un meilleur aspect; les taches de la figure et du corps devinrent plus pâles, celles qui s'étaient ulcérées se guérirent rapidement, et il n’en parut pas d’autres. » En conséquence, on prescrivit « des frictions, deux fois par jour, sur les jambes et sur les cuisses , avec l’onguent cœruleum fortius, à petites doses, » dans la crainte que le mercure ne se portât sur les intestins. « Au bout de dix ou douze jours les coliques et la diarrhée reparurent avec violence, ce qui força à abandonner les frictions. A cette époque, les taches avaient toutes disparu; les ulcérations du visage et du corps étaient complétement cicatrisées, et celles de la bouche n’étaient pas loin de l’être. » (Op. cit., p. 328). | … La seule remarque que j'aie à faire relativement au traitement, c’est que la quantité de mercure qui fut employée n’aurait pas suffi pour guérir des chancres de la verge faisant des progrès aussi rapides que les ulcères de la bouche de la malade‘en question ; elle ne suffirait pas non plus pour guérir des ulcères vénériens de la peau dont les progrès seraient aussi rapides que ceux des ulcères cutanés de cette malade. Si d’ailleurs on prend en considération l'influence que le traitement exerça sur la santé générale, et la manière dont la maladie se termina, je crois qu’on restera convaincu que celle-ci n’était point vénérienne : en effet, les phénomènes spécifiques, si la maladie était vénérienne , furent aussi extraordinaires que la manière dont la maladie aurait été contractée.
J'ai eu souvent occasion d'observer de ces cas que l’on soupçonnait d’être vénériens; et quoique les malades aient recouvré la santé pendant qu'ils étaient soumis à un traitement mercuriel, je passe ces faits sous silence, parce que les médecins qui traïtaient ces malades n’ont point donné assez d'attention aux circonstances qui auraient pu fournir des renseignements précis et permettre de décider. si la maladie était vénérienne ou non.
Après avoir examiné les faits au point de vue des personnes chez lesqueiles des dents ont été transplantées, livrons-nous à quelques remarques sur celles qui ont fourni ces dents; car je crois que ces considérations jetteront quelque lumière sur le sujet qui nous occupe. Supposons que les jeunes filles dont on prit les dents avaient réellement la syphilis constitutionnelle, et que, par suite, les dents étaient infectées aussi , supposition qui est la plus défavorable à mon opinion; il me semble que, même dans ce cas, il ne pouvait y avoir aucune différence entre la gencive de la jeune fille dont on prenait ia dent et celle de la personne qui la recevait. Si Pulcération se développa dans cette dernière par le contact de la dent infectée, l’alvéole de la jeune fille dont on avaït pris la dent n’aurait-il pas dû s’ulcérer également? mais cela n’arriva chez aucune. Je viens de RP les dents susceptibles d’être infectées, ‘quoique je pense qu’on n’a encore jamais vu ces organes atteints primitivement de la syphilis , et que j’admette que lorsqu'ils en sont attaqués,
ce n’est que dans les cas où la maladie, s’étant manifestée ailleurs, dans” la bouche, dans la gorge ou dans le nez, s’est étendue consécutivement jusqu’à eux. Mais encore, alors même que les dents pourraient être atteintes de la maladie vénérienne et la communiquer à d’autres personnes, il serait fort extraordinaire que l’on eût rencontré justement le peu de dents qui peut-être se trouvaient ainsi infectées.
Lorsqu'on fait attention que les jeunes filles dont on avait pris les dents n'avaient pas la plus légère trace de maladie vénérienne au moment de l'opération, et n’en présentaient pas davantage quand la maladié éclata chez les personnes dans la mâchoire desquelles les dents avaient été transplantées, on trouve fort étrange que la maladie se soit manifestée chez les sujets qui avaient reçu et non chez ceux qui avaient donné.
Il serait singulier aussi que la maladie se fût montrée équivoque à toutes ses périodes : dans son mode de propagation, dans ses formes extérieures , dans sa guérison.
Résumons tous les arguments qui tendent à démontrer que la maladie n’est point vénérienne. 1° Deux malades qui, au début, présentèrent les mêmes symptômes que les autres, se guérirent sans traitement. 2° Les malades qui parurent être guéris par le mercure ne suivirent point un traitement exactement semblable à celui qu’on fait subir aux malades in- contestablement atteints de la syphilis. 3° Je considère comme impossible que des parties qui ne sont pas malades elles-mêmes aient la faculté de communiquer l’infection. 4° Il n’a jamais été démontré que les parties qui
. passent pour avoir transmis l’infection aient été infectées elles-mêmes.
Mais, que mon raisonnement soit juste ou erroné, les personnes qui ont besoin d’avoir des dents transplantées n’y gagnent ou n’y perdent rien; car il est certain que cette opération a été suivie d’une maladie, qui, dans quelques cas, s’est montrée plus grave, ou a été plus difficile à guérir que ne l’est ordinairement la syphilis constitutionnelle. Quelle que soit cette maladie, je ne connais aucun moyen de la prévenir, si ce n’est de retirer la dent de bonne heure; cette pratique n’a été tentée que dans un seul cas, et elle a été suivie de succès.
Ce qui précède peut effrayer beaucoup de personnes et les détourner de recourir à la transplantation : sous ce point de vue, il ne peut en résulter d’autre mal que le chagrin de penser qu'il n’y à rien d’efficace à opposer à la destruction morbide des dents. Mais on doit se rappeler qu'ici je ne publie que les cas malheureux, ce qui est le contraire de ce que l’on fait généralement dans les livres de médecine. Mon seul but, en les publiant, est d’empêcher que la maladie, quand elle se développe, ne soit traitée par des moyens qui ne conviennent point.
On peut demander quelle est cette maladie? Il est plus difficile de dire ce qu’elle est que ce qu’elle n’est pas. Je répondrai qu’une dent saine transplantée peut faire naître une irritation assez forte pour qu’il en résulte une maladie d’une espèce particulière, capable de développer les phénomènes locaux qui viennent d’être décrits.
672 MALADIES QUI RESSEMBLENT A LA SYPHILIS, Erc. : Je ne puis terminer sans faire remarquer que les maladies semblables à
la syphilis qui n’ont point été décrites sont très-nombreuses, et que le peu
que j'en ai dit doit être considéré plutôt comme une voie ouverte à des investigations ultérieures, que comme une histoire complète du sujet.