‹ Traité de la typographie (volume 2)Chapitre 16 sur 124 · L.e point d'interrogation · texte numérisé non relu

L.e point d'interrogation

l,e point d'exclamation ou d^ admiration (!).

Ces différents signes sont ordinairement fondus sur une épaisseur identique , environ un cinquième du cadi'atin. Il y en a d'italiques , excepté le point, dont la forme circulaire ne peut recevoir d'inclinaison.

Ce serait sortir des bornes que nous prescrivent nos attributions, et empiéter sur celles de la grammaire, que de prétendre donner ici les règles de la ponctuation pour tous les cas possibles. Toutefois , sans nous ériger en législateurs de la langue, nous nous permettrons de présenter en peu de mots le résumé des observations qui nous ont été fournies par Texpérience.

* Rien n'est plus arbitraire par le fait que la ponctuation; rien ne devrait être plus invariable. Chaque auteur ponctue selon qu'il coupe ses phrases en parlant , par conséquent d'une manière conforme à sa prononcialion. Tous craignent d'enfreindre les règles de la

syntaxe ; et la plujwit semblent ignorer que la poiirluation ait les siennes. Cepend:int Tune et Taulre sont parties intégrantes de la langue, et ont leurs principes également inviolables. S'il en était autrement , tel système de ponctuation qui conviendrait à un écrivain semblei"ait insupportable k une partie de ses lecteui-s. Il est donc nécessaire de ramener chaque méthode particulière à une méthode uniforme, pour épargner à la lecture des entraves nuisibles ; et cette juridiction est du ressort de la typograplùe.

Voici , en très-peu de mots, les principales règles que nous désirerions voir constamment maintenues.

La virgule est de toutes les ponctuations relie dont la valeur est la moindre. Elle marque les pauses les plus faibles dans le discours , les suspensions de sens , les différentes parties d'une énumcratlon. Elle ne doit séparer le substantif de l'adjectif, du pronom relatif ou du que adverbe que lorsque ceux-ci n'en sont qu'ime circonstance accessoire et non une modification essentielle. On ne la place jamais devant la conjonction ef lorsque celleci réiniit les deux derniers termes d'iine accumulation. Elle ne doit point s'interposer entre le sujet et le verbe qui en dépend, ni entre celui-ci et son régime, non plus qu'entre deux termes comparatifs. Les incises se placent entre deux virgules , et s'isolent ainsi de ce q\ii précède et de ce qui suit. La virgule est la plus usuelle de toutes les ponctuations ; c'est de son emploi que dépend l'intelligence et la clarté du sens; on ne saurait donc y apporter trop d'attention.

Le point- virgule s'appelle aussi petit- que, (wrce

qu'autrefois dans les éditions latines il servait à l'abréviation de la conjonction enclitique que , et qu'on imprimait uZ</^ ; pour uhique. La valeur de cette ponctuation suit immédiatement celle de la virgule. Le pointvirgule marque les différents membres d'une phrase , les parties d'une période et le passage de ses divers points de vue. 11 précède ordinairement les conjonctions or , mais, car , et généralement celles qui servent à distinguer dans le raisonnement les prémissesde la conclusion.

Le deux-points ( ou comma ) a quelquefois la même valeur que le point-virgule. Il remplace celui-ci lorsque la particule conjonctive ou disjonctive qui devrait le suivre est sous-entendue. Il se met aussi devant un dernier membre de phrase qui sert de résumé ou de conclusion à ce qui précède, ou devant une énumération annoncée par le mot savoir ou par un équivalent. Enfin il est signe de citation ou d'allocution.

he point est la plus forte des ponctuations quant à la valeur. Il indique la fin de la plirase et le complément du sens. Plusieurs poi/zfs consécutifs indiquent une lacune ou une suspension.

Le point doit toujours être suivi d'uiie grande capitale, excepté dans certains cas où il est employé comme signe d'abréviation.

l^e point d'interrogation et \e point d'exclamation , dont la valeur est mdiciuée suffisamment par leur dénomination respective , suivent ordinairement un sens fini. Cependant ils se trouvent quelquefois placés dans l'intérieur de la phrase, à la suite de certaines interjections. Il est encore d'autres cas où ces deux ponctua-

tions se mettent à la fin de simples membres de phrase, de ceux notamment où cesse l'interrogation ou l'exclamation ; et conséquemment ils n'exigent point la capitale après eux. Par exemple, dans les périodes qui renferment certaines répétitions ou certaines forces énumératives, pour indiquer au lecteur, avant la fin de la phrase, l'intonation qu'il doit prendre suivant que cette plirase estsui\ie de l'une ou de l'autre de ces ponctuations , e\les remplacent la virgule ou \e point-virgule.

L'usage des Espagnols de faire précéder la phrase du signe retourné, indépendamment de celui qui la suit, remplit beaucoup mieux encore ce but d'utilité.

Nous regrettons de n'avoir pu accompagner d'exemptes les règles que nous venons d'énoncer sommairement, fet cependant aussi complètement que possible. Ce travail nous aurait entraîné trop loin dans un genre de dissertation qui , tout succinct qu'il est, n'en est pas moins déjà une digression au fond de notre Traité, et nous aurait exposé à des omissions plus graves que nos citations n'eussent pu être utiles. De toutes les opérations grammaticales , la jwnclualion est celle qui avoisine le plus le domaine de la typographie. C'est une des attributions de cet art que de veiller à l'observation de son analogie constante , comme de ramener l'orthographe à des principes fixes et uniformes. La régularité d'un ouvrage sous ce rapport, et celle de son exécution matérielle, sont deux qualités sans le concours desquelles il n'exisie point de perfection. Un bon livre, quel qu'en soit l'objet, est une graimnaire pratique dans laquelle les lecteurs doivent trouver l'application fidèle des théories

4o PARTIE I, CHAPITRE I.

(le la langue ; et lapluparL d'entre eux ne doivent la connaissance de ses principes qu'à ce genre d'expérience. L'Imprimerie , aux yeux d'un grand nombre de personnes qui ne savent pas se rendre exactement compte de ses erreurs, a un caractère d'authenticité qui fait qu'elles hésitent à les reconnaître. Il est donc du devoir de ceux qui l'exercent de prévenir les dangers qui peuvent résulter d'une prévention aussi heureuse, ou plutôt de chercher à la consolider et à la convertir en une opinion fondée et durable de son infaillibilité.

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