‹ Traité de la typographie (volume 2)Chapitre 31 sur 124 · DE LA MISE EN PAGES · texte numérisé non relu

DE LA MISE EN PAGES

Le but de cette opération est de rassembler les différents paquets de composition, pour en former des pages et ensuite des feuilles. Voici quelle est sa marche ordinaire.

Lorsque le nombre des paquets fournis par les compositeurs travaillant à un même ouvrage est suffisant pour compléter une feuille ( ou une forme, si l'on est convenu d'imposer de cette manière ) ; ces paquets , pour devenir des pages régulières , doivent porter leurs folio, titre courant, et signature s'il y a lieu , en un mot , leurs lignes de tête et de pied. De plus les titres , sommaires , additions , notes , et généralement toutes les parties autres que le corps de l'ouvrage , restent à composer et à placer; les blancs à distribuer-, les filets, fleurons ou vignettes à ajuster, suivant leur place; et les

«jneues de pages ainsi que les pages blanches à établir. Telles sont les fonctions de la mise en pages , que Ton doit considérer comme le complément de la composition.

Cette dernière opération est ordinairement facile et son travail uniforme, tandis que l'autre est d'une application très-variée et beaucovip plus étendue. L'une n'est, la plupart du temps, qu'une imitation servile ; l'autre pi'ésente dans son exécution de fréquentes innovations ; et ce n'est pas exagérer la supériorité de celleci que de la comparer au plan conçu et dirigé par l'architecte , tandis que celle-là ne parait être que le travail purement manuel de l'artisan.

Lorsque les paquets qui concourent à la foimalion d'une feuille ont été réunis, on les délie successivement dans mie galée longue, destinée à cet usage, afin d'y faire tous les ajoutés nécessaires. Une condition essentielle à observer , c'est que toutes les pages , après avoir subi ce changement de disposition , doivent être soumises à la réglette de longueur , qui sert de mesure commune et invariable pour tout l'ouvrage.

Comme cette jauge est ordinairement déterminée ^jar un nomljre fixe de lignes du caractère courant , l'observation de ce principe réclame plus de soin et d'altention lorsqu'elle s'applique à une page courte , longue , incomplète, ou coupée par des titres, et en général à une page qui ne porte pas le nombre de lignes accoutumé.

Dès qu'on a ainsi disposé un nombre de pages suffisant pour compléter une feuille ( et ce nombre est

déterminé par le foruial de l'ouvrage), on procè«le à son imposition , opération que nous allons décrire.

De toutes les opérations relatives à la composition des ouvrages, la mise en pages, par la variété et lu multiplicité de ses fonctions , exige au plus haut degré les connaissances typographiques. L'ouvrier auquel oja la confie doit s''ètre préalablement exercé à tous les genres de travaux qui entrent dans la composition. Si son expérience ne le j)lace au-dessus des difficultés qui s'y présentent fréquemment, et s'il n'est capable de les résoudre a\ec habileté ; si ce tact et ce goût qui doivent toujours présider aux dispositions qu'il crée ou aux améliorations qu'il découvre ne le distinguent des simples compositeurs ; enfin s'il n'est doué de l'activité et de l'intelligence nécessaires pour diriger la marche d'un ou^Tage et le suivre dans ses différentes périodes, il ne peut occuper convenablement parmi ses confrères le rang à la fois honorable et productif de metteur en pages.

C'est à lui qu'il appartient de distribuer lu copie aux paqueliers, de leur partager les pages de distribution, de surveiller leur travail à mesure de sa confection , et de concilier leurs intérêts avec ceux de l'établissement qui les occupe.

U faut, en procédant à celte opération , éviter les pages longues ou les pages courtes , diit-on même , dans certains cas , recourir à quelques remaniemenls nécessaires.

Les pages blanches, en totalité ou en parlie , doivent être assujetties à la réglette de longueur, la moindre

inégalité entre elles pouvant produire à l'imposition de lacbeux effets.

Nous n'entrerons pas dans de plus longs détails sur les sjïns qu'exige chacune des fonctions delà mise en pages. Les limites de ce Traité sont trop resserrées pour admettre de mintitieux développements, que la mémoire retiendrait difficilement, et dans lesquels le lecteur trouverait avec peine vine utilité marquée. D'ailleurs les plus importants d'entre eux se trouvent dans cet ouvrage aux endroits où ils nous ont paru pouvoir être plus convenablement placés.

DE l'imposition.

Imposer , c'est disposer toutes les pages d'tine feuille , ou d'une forme, de telle sorte que , la feuille de papier étant ployée , ces pages se trouvent dans l'ordre convenable. Voici en quoi consiste cette opération.

Lorsqu'une feuille a été mise en pages , on prend ces pages l'une après l'aiitre en suivant l'ordre de leurs folios , et on les place successivement sur le marbre selon la disposition indiquée pour chaque format. Dans tous les cas le nombre de pages composant la feuille se trouve divisé en deux parties égales, dont chacune est destinée à imprimer l'un des côtés du papier. Les pages étant donc rangées conformément à l'ordre de leur format , on entoure d'un châssis chaque forme, ou moitié de la feuille. On sépare ensuite les pages par des morceaux de bois ou de fonte, dont la longueur est déterminée par la dimension de page qu'elle doit suivre.

L'étendue de ces intervalles a pour base le format du papier de l'ouvrage , attendu qu'ils représentent des marges. On les appelle garnitures dans le sens général ; on distingue parmi elles les fonds et les têtières. Les garnitures sont donc la charpente intérieure de la l'orme. Quant aux accessoires qui l'entourent en-deçà des bords du châssis, ce sont les réglettes, les biseaux et les coins. Les réglettes sont de petits morceaux de bois, plus ou moins éjiais, suivant que le format l'exige ; on en place ordinairement vme à chaque côté de la barre du châssis et dans toute sa longueur ; quelquefois on en met autour des pages. Les biseaux viennent immédiatement après. Ce sont quatre morceaux de bois, taillés en biais (ainsi que ce mot le fait entendi'e) dans la partie extérieure. On en met un à chacune des deux parties latérales de la forme , et deux petits dans le bas, c'est-à-dire le long de la bordure dont on se rapproche le plus en imposant , et de chaque côté du châssis. Les biseaux des côtés de la forme s'appellent grands biseaux ; les petits sont ceux qui aboutissent à la barre du chiissis. Les coins sont des petits morceaux de bois, taillés en biseau , et qui , placés entre les biseaux et les bords du châssis, sont destinés à serrer la forme. Voici dans quelle direction et dans quel nombre on les place. Ceux des grands biseaux sont au nombre de trois, et se chassent vers le haut de la forme ; ceux des petits biseaux sont au nombre de deux, et se chassent vfis la barre du châssis.

Lorsque la forme est fournie de ses garnitures et de ses bois , avant de placer ses coins , on délie les pages

en conunençanl jKir celles qui sont le plus près de la barre. Loi"sque les coins sont placés et fixés seulement avec la main, on taque la forme. On la serre ensuite , en frappant les coins avec un marteau , puis , lorsqu'ils sont abattus, à l'aide du décognoir. Cette opération terminée , on enlève la forme de dess'os le marbre, en la prenant par le bas, c'est-à-dire par le côté le plus raj>proclié de la personne qui impose.

Nous allons maintenant faire connaître les différenis genres fY impositions désignés par les noms des formais auxquels ils sont propres, en y joignant les remai-ques qui sont particulières à cliacun d'eux.

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