JUSTIFICATION
On afpcUe justification la longueur adoptée invariablement j)our toutes les lignes d'un livre, ha justification est généralement déterminée par le format ; en effet, il est conforme aux règles de l'art que la forme de la page et la distribution des marges soient proportionnées à la dimension du papier ployé. Toutefois il y a des cas auxquels ce principe n'est pas applicable. Par exemple , lorsqu'on cherche à faire un volume avec vme matière qui ne le comporterait pas si l'on suivait les proportions ordinaires à son format, ou quand on veut apporter une recherche particulière à l'ùnpression d'un ou\Tage, on se sert de la Justification du format immédiatement inférieur; il en résulte que les pages, qui sont les mêmes que dans le plus petit de ces formats , sont en moindre nombre dans la feuille , et conséquemment que le nombre total de feuilles augmente dans le rapport du nombre de pages de l'un des formats à celui des pages de l'autre. Ainsi , pour faire im. volume inoctavo a-vec de belles marges, on prend la. justification d'un in-douze. Il s'ensuit que les mêmes pages qui tiendraient au nombre de \-ingt-quatre dans ime feuille se réduisent à seize , ce qui produit sur le nombre total de
feuilles une différence d'vm tiers , ou de moitié en sus. On prendrait de la même manière Ici justification inoctavo pour l'in-quarto, celle de l'in-dix-huit pour l'indouze , etc.
Dans \m cas contraire , c'est-à-dire dans celui où l'on voudrait serrer le plus possible, pour faire entrer dans un espace donné ime matière trop abondante , il faut opéfer en sens inverse , et recourir à la justification du format immédiatement supérieur à celui qu'on a adopté; mais ce cas se repi'oduit plus rarement que l'autre, et en outre il offre de plus grandes difficultés.
Outre ce double moyen que l'on a d'emprunter la justification d'un format inférieur ou supérieur, il existe pour chacun plusieui-s grandeurs de lignes, parce que l'on prévoit le fréquent besoin de faire enti-er dans un nombre domié de feuilles une quantité quelconque de copie, ou plusieurs autres circonstances qui exigent différentes modifications dans \di justification d'un format.
On doit avoir soin toutefois , quand nulle raison n'oblige à faire différemment , de proportionner la justification au caractère, c'est-à-dire de clioisir une longueur de Ugnes qui soit en rapport avec la force du cai-actère adopté. Par exemple un défaut grave, et qui se présente souvent , tant par manque de goût de la part des personnes qui président au travail des compositeui's et qui les dirigent dans leurs opérations , que par certaines convenances auxquelles on est forcé de céder, c'est l'alliance d'une ]^eûte justification avec un gros cai-actère. D'abord la -^-ue en est choquée, et l'es-
prit s'expliciue facilement la cause de cette sensation Jésagréable. Il en résulte en effet, tantôt des lignes tjop serrées, tanlôt d'autres au contraire trop lâches, linsi qu'une multiplicité de divisions qui rend inévitable \i jielite quantité d'espace à diminuer ou à augmenter. Loi-sque Ton commence l'impression d'un ouvrage ■ poésie dans lequel il doit se trouver de grands vers, H doit avoir soin de prendre une justification un peu grande, et qui admette facilement les longs vers qui se rencontrent plus ou moins fréquemment dans le cours de ces ouvrages. On peut même prendre cette jirécaulion sans pour cela allonger la page. En effet, la plupart des lignes restant toujours incomplètes, on n'a )iis à craindre le désagrément d'une page qui serait larrée et lourde dans sa forme. On ne recourt toutefois à cet expédient que pjur obvier à l'inconvénient de sortir de la Justification , et de faire mordre la ligne sur la garniture, ce qui pourrait ari'iver à chaque page. On doit donc, avant de commencer un ouvrage de ce û'ure, lorsque le caractère est déterminé, composer une (les lignes les plus longues qui s'y rencontrent , et iîxer \a Justification d'après cette donnée.
Outre le c^s mentiomié ci-dessus , où l'on est forcé de sortir de la Justification naturelle d'un ouvrage , il s'en présente quelquefois d'aulres on soit le goût, soit la nécessité, obligent à employer celte ressource extrême. Par exemple, pour ce qui regarde le goût en inatière typographique , on a souvent à faire entrer dans un titre une h'gne qvd doit ressoilir parmi les autres ; dans ce cas on peut agrandir des deux côtés, mais le
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moins possible, la. justification reçue. L.es averses circonstances où cela se fait par nécessité sont celles où il faut renfermer dans une seule ligne une opération de mathématiques, placer dans le milieu d'un texte ou dans le corps d'un ouvrage des tableaux qui demandent plus d'extension, etc. On doit user avec le plus de réserve possible de cette licence , qui entraîne le double inconvénient de faire modifier les garnitures et de prendre sur les marges ordinaires du papier; on doit se rappeler toujours que l'invariabilité de la justification est un principe constant en typograpliie, et que des cas exceptionnels, loin de le détruire, ne font que le confirmer.
hes justifications sont généralement détei'minées par des interlignes , qui , étant fondues suivant une mesure doimée qui sert d'unité commune, sont oïdlnairemenl d'une seule pièce pour les formats jusqu'à l'in-quarto , et quelquefois de deux pour les formats supérieurs.
On aTpTpeUe justifier une ligne, la mettre de longueur avec les autres; cela se fait au moyen du composteur, qui sert de mesure pour toutes les lignes d'une justification.
Ou justifie une ligne de prose en jetant des espaces ou en diminuant celles qui y sont, de manière à tomber juste à un mot , ou à une bomie division de mot , et en ayant soin que cette réparation des espaces soit toujours régulière. La même difficulté n'existe pas pour les lignes de poésie ; il suffit de mettre primitivement des espaces égales ; ensuite , conmie la ligne est rarement pleine, à quelque point de la. justification qu'elle
se termine , on remplit Texcédant avec des espaces ou (les cadrais, suivant le besoin.
On justifie une ligne perdue en plaçant au milieu de \a justification les mots qu'elle contient, et en rera- ])lissant de cadrais les blancs latéraux.
Justifier le composteur, c'est le montera une Justification reçue, quelle qu'elle soit.
La ligne est un assemblage de mots places suivant une direction horizontale , e' compris dans un espace donné. Cette longueur fixe est la justification. Les lignes concourent à la formation de la page. Leur nombre est déterminé, i° par la force du caractère employé dans le texte ; 2° par celle de l'interligne ; 3° par la justification , avec laquelle la longueur de la page doit toujoui-s être en harmonie, et dans une proportion indiquée par l'usage et jwr le goût.
C'est une règle générale que dans la prose les lignes sont toutes de même longueur, ce que l'on obtient en mettant plus ou moins d'espace entre les mots , et en les divisant au besoin. On fera connaître ailleurs le petit nombre de cas où la nécessité autorise à contrevenir à celte loi typographique. Dans la poésie, où le nombre de lettres éprouve de grandes variations , même dans les vers de même mesure, on est convenu de mettre dans chaque ligne les mêmes espaces entre les mots , et de terminer la ligne dans quelque partie de la jusliûcation que le vers vînt à finir. Mais pour que la Ion-
gueur des lignes soit çgale matériellement , on complète avec des cadrais celles qui ne remplissent pas la justilication.
On appelle ligne de tête celle qui se place au liaut de la page , et qui comprend le folio et le titre courant , quand l'ouvrage en porte. Par analogie , on nomme ligne de pied la ligne du bas de la page , où se place la signature, lorsque la page en prend une, et qui, dans le cas contraire, est entièrement composée de cadrais.
La ligne pleine est celle dont la matière occupe toute la justification.
La ligne de blanc est une ligne de cadrais que Ton place dans les cas où l'alinéa est insuffisant, afin que la pause soit plus marquée. Dans les ouvrages en prose, on l'emploie lorsqu'on passe d'une question Ibndamentale à une au Ire, d'iuie analyse à un résumé, et pour marquer les divisions oratoires, etc. En poésie, on la place entre les strophes, les stances ou les couplets. Dans les pièces en vers libres , on s'en sert pour indiquer les alinéas ; quelquefois même parmi les vers de même mesure.
On appelle ligne perdue celle dont la teneur , ne remplissant pas la justification, se place à égale distance de ses extrémités. On en voit de fréquents exemples dans des ouvrages de tous genres, notamment dans les titres , où toutes les lignes qui ne sont pas pleines se placent ainsi , et présentent à l'œil cet aspect de régularité et d'harmonie , qui , dans la typographie comme dans les arts en général, est une des qualités constitutives du beau. On s'en sert encore dans les pièces de
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tliéâtre et généralement dans tous les ouvrages dialogues , et dans raille autres cas. On dit mettre un ou plusieurs mots en ligne perdue.
La ligne pointée s'emploie ordinairement dans les citations défectueuses pour indiquer l'endroit où se trouve la laciuie; et elle remplace dans ce cas les passages omis.
On appelle ligne à voleur une ligne qui , lerjninant un alinéa, se compose seulement d'une ou de deux syllabes chassées aux dépens des lignes qui précèdent. Ck; nom lui vient de ce que , les compositeurs étant payés suivant le nombre de lignes qu'ils fournissent , il arrive à certains d'entre eux d'espacer d'une manière outrée les dernières lignes des alinéas pour en gagner une qui leur coûte moins de peine en ce qu'elle est presque entièrement comjjosée de cadrais. Ce procédé est répréhensible sous un double rapport; d'abord parce qu'il cause dans l'espacement une irrégularité qui est contraire aux principes de l'art; et ensuite parce qu'il dénote de la part de l'ouvrier un relâchement de conscience qui lui fait préférer ses intérêts à ses devoirs.
La page est un assemblage de lignes déterminées, quant à leur longueur et à leur nombre , par le format de la feuille dont elles font partie. Nous disons que les dimensions de lapage dépendent du format , parce qu'en effet le format est la première condition que l'on arrête en commençant l'impression d'un ouvrage; mais, malgré cette influence , qui|est réelle et constante, la grandeur
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de la page est soumise à beaucoup de circonstances différentes qui y apportent autant de modifications. Les causes de toutes ces variations tiennent généralement , 1° à la diversité des goûts en matière typographique, 2° à la nécessité de faire tenir dans Itipage une quantité plus ou moins grande de copie , 3° enfin au format du papier employé pour l'ouvrage.
La justification sert de base aux autres dispositions qu'on doit suivre : une fois adoptée, elle fait connaître , par analogie , la proportion applicable à la longueur. Le rapport qui existe entre ces deux dimensions n'est pas invariable ; mais les données de l'usage et du goût général permettent d'établir en principe que la longueur de la page est à sa largeur ou à la justification comme douze esta sept. Cette règle toutefois ne peut pas toujours être strictement observée , attendu que les justifications existantes, et la nécessité d'interligner également toutes les lignes, y mettent souvent obstacle ; mais il est bon de s'en rapprocher avitant que ces diverses conditions le permettent. L-apage in-quarto et la pageinseize font seules exception , parce que la feuille de papier ployée suivant ces formats présente une surface presque quarrée ; et comme la forme de la page en impression doit suivre , autant que possible , celle de la page en papier , elles sont nécessairement moins longues , et leurs dimensions sont presque égales sur les deux sens. On appelle page longue celle dont la ligne de pied est remplacée par une ligne de matière , et qui porte, par conséquent une ligne de plus que les autres. Il résulte de l'addition de cette ligne supplémentaire une
'lisparate qui est un vice climjuant en lypograpliie ; aussi ne doit-on user de celte ressource qu'avec la plus ïirande réserve, et seulement h défaut de tout autre )iinycn. Plusieurs imprimeurs ont voulu la bannir entièrement du système actuel de composition; ils ont tenté d'y sulistituer une diminution dans l'interlignage <|ui permît de faire entrer dans la longueur ordinaire de la page une ligne de plus que de coutume. On ne peut pas toujours employer cet expédient; car, quelque léger que soi lie cliangement opéré dans l'interlignage, il ne peut jamais être moindre d'un demi-point ou d'un papier; or celte différence, ajoutée à elle-même autant de fois qu'il y a de lignes à la page, produit rarement une longueur exactemenl pareille à la mesure ordinaire : et , dès qu'on ne peut pas arriver à un résultat parfait , autant vaut conserver Tintei-ligne telle qu'elle doit être et mettre vme ligne de plus. Celte méthode a de plus un grand inconvénient; c'est que, si elle n'a pas lieu pour le recto et le verso du même feuillet , les lignes ne tombent plus en registre, ce qui est un défaut capital en matière de tirage.
On fait encore usage de la page longue pour éviter , soit de commencer une page par vme fin d'alinéa , soit de faire une page de trois ou quatre lignes , comme à la fin d'une division d'ou^ rage ; dans ces deux cas , on. allonge autant ùe pages qu'il y a de lignes à perdre : on s'en sert encore dans beaucoup d'autres circonstances, où la nécessité oblige à prendre celle mesure. Quand on l'emploie pour une page on doit avoir soin de le faire aussi pour la retiration , parce que ce défavit serait trop FOUKNIEK. 7
apparent si les dens. pages qui tombent l'une sur l'autre n'avaient pas le même nombre de lignes; tandis qu'en jjrenant une telle précaution, on rend cette irrégularité inoins sensible.
On appelle pa^e courte , dans une signification opposée, celle dont, par des motifs souvent semblables, on est obligé de retrancher une ligne. Cette imperfection est à éviter aussi bien que celle de la page longue ; les reconunandations que nous avons données relativement à celle-ci sont également applicables à l'autre ; et il n'y a de même que la nécessité qui puisse en rendre l'usage tolérable.
La page blanche est celle qui ne reçoit l'impression ni intégralement ni partiellement , comme il s'en trouve à la iin des volumes quand leur dernière feuille n'est pas complète , et quelquefois même dans le cour;mt des ou\Tages. Les pages blanches sont réellement utiles dans certains cas; mais, tant par devoir de conscience que par respect pour les règles du goût, on doit se garder d'en prodiguer l'usage. Il existe, par exemple, un principe typograpliique d'après lequel le verso du frontispice d'un volume doit toujours être une page blanche. En effet l'on conçoit que, les lignes d'un litre étant toutes différentes parle caractère et autrement interlignées que le corps du voliune , le moindre contrefoulage au verso déparerait un des plus beaux ornements d'im livre. Dans les ouvrages imprimés avec reclierclie , on en fait un usage un peu plus fréqvient que dans les impressions ordinaires ; mais, en thèse généi'ale, on doit s'abstenir de suivre cet exemple sans nécessité.
C'est princip<alement aux compositeurs que ces recommandations s'adressent , et notamment à certains d'entre eux qui ne sont que trop portés à user , souvent aux dépens de l'exécution de leur travail, du privilège qui leur est dévolu de se faire payer les pages blanches comme des pages de matière.
Ces pages , bien que par leur nature elles ne soient pas destinées à recevoir l'impression, doivent ceuendant être représentées jKir ime somme de cadrais, d'interlignes ou de lingots, équivalant par ses dimensions à la page ordinaire. Ce travail deviendrait inutile dans le cas où un côté de cliàssis ne serait comjxjsé que de pages blanches. Ainsi, dans ce cas, on ne fei'ait pas quatre pages blanches in-octavo ou deux in-quarto, et conséc|uemment dans aucun cas on ne met alpage blanche in-foHo ; on laisse vide ce coté de châssis.
Faire commencer en page uncliapitre, un livre, un chant, ou toute autre division d'un ouvrage, c'est la reporter en tête de la. page suivante, soit paire, soit imjjaire, suivant que cela se rencontre. Faire commencer en belle page , c'est reporter en tête du recto suivant. Loi"squ'on recourt à cette dernière méthode , il est convenable de faire précéder d'un faux titre la partie ainsi disposée , pour motiver le verso blanc qui peut se trouver en regard.