CHAPITRE PREMIER
ÉLÉMENTS DE LA COMI'OSlT/oy.
CAEiCTtKE.
LiES personnes qui ne connaissent pas le langage de la typographie, une partie même de celles qui sont initiées aux secrets de cet art, font le mot caractère s^-non^^ne du mot lettre. Cette erreur, si toutefois Ton peut qualifiei' ainsi leur opinion, pose sur des bases assez naturelles , et serait facile à justifier. En effet le mot caractère, appliqué à l'écriture , désignait originairement un signe quelconque ayant pour but de matéi'ialiser une pensée , et de la rendre perceptible aux yeux , soit que ce signe représentât une lettre , un mot, ou même une phrase. !Mai5 ce terme , pris ici dans son acception didactique, veut dire, par extension, l'ensemble de toutes les diverses sortes de lettres qui composent la casse , et conséqueniment qui sont fondues avec identité d'œil et
de corj)S. Les caractères , étant faits pour être combines ensemble, doivent tous avoir la même liauteur; c'est seulement par la force de corps et par une épaisseur proportionnelle qu'ils varient entre eux. La première de ces cxanditions, ainsi qu'on va le voir, est ce qui détermine la dénomination de cbacun.
Les noms primitifs des caractères d'imprimerie étaient pui-ement conventionnels. La plupart étaient empruntés du titre des ouvrages ou du nom des auteurs dont rimpression avait donné lieu au premier emploi de ces caractères ; les autres venaient d'origines aujourd'hui inconnues. Ces dénominations, qui remontent en partie à la découverte de l'art, ont été, malgré leur barbarie, pei'pétuelleraent transmises par la force de l'usage, et se sont maintenues jusqu'à nos jours. Un habile typographe a senti la nécessité de substituer à ces appellations arbitraires une nomenclature expressive , régulièi'e et durable. Il a imaginé d'aiïecter à leui-snoms les mêmes proportions qui existent entre leurs formes matérielles; et pour cela il s'est servi d'une mesure commune, qu'il a appelée poi«? typographique, et qui est la sixième partie d'une ligne. L,n force de corps étant une condition particulière à chaque caractère , et de plus la seule dimension commune à toutes ses lettres, le nombre de points qui y était contenu a servi à désigner chacun d'eux. Ensuite, comme on a reconnu que l'œil n'était pas toujours dans un rapport exact avec le corps conformément aux proportions ordinaires des talus, on . y a ajouté dans ces cas-là les qualifications de gros-œil ou de petit-œil.
COMPOSITION. ù
Noiis avons réuni dans le tableau suivant les espèces de caractères les plus connues.
Il indique , 1° l'ancienne nomenclature , 2° le nombre de points contenu dans chacun, ce qui constitue, comme nous Tavons dit précédemment, les nouvelles dénominations. Seulement , comme autrefois les caractères 11 avAient po ni de mesure commune, qu^ils étaient fondus sur des corps arbitraires, et que , d'après le nouveau système, il a fallu les réduire en général à un nombre entier de jjoints typognipliiques , il existe nécessairement encore de légères .variations entre les forces de corps des anciens et celles des nouveaux qui leur correspondent.
Nous n'avons pas jugé à propos de présenter à la suite de ces indications des modèles des différents caractères énumérés dans le tableau , convaincu d'avance que notre tâche n'aurait pu être qu'imparfaitement remplie. Les fonderies ne s'étant point toutes assujetties à cette mesure identique , ni sous le rapport de l'œil , ni sous celui de la force de corps elle-même, il en résulte \me diversité doublement marquée entre les caractères de même degré. Une telle considération nous a arrêté dans l'exécution de cette partie de notre travail , à laquelle nous désespérions de pouvoir donner une exactitude tliéorique.