CHAPITRE IL
DÉ LA LECTURE DES 4PJŒUrES,
De toutes les attributions de la typographie, la lecture des épreuves est sans contredit celle qui exige les soins les plus attentifs ; aussi est-ce la correction qui en résulte qui constitue au plus haut point , et dans le sens le plus réel , le mérite d'un Uvre. Ses autres qualités , ceUes qui ont rapport à la nature de sa composition et de son tirage , soumises à la diveraité des goûts , peuvent faire naître des sensations difierentesj mais la valeur qu'il tire de la pureté de son texte ne saurait lui être contestée, puisqu'elle repose sur des principes universellement reconnus. Une édition peut donc être réputée parfaite toutes les fois qu'eUe présente une entière conformité entre l'impression et le modèle ef: qu'en outre eUe reproduit l'une dégagée des fautes que l'autre pouvait contenir. Mais il est malheureusement vrai de dire que cette perfection , qui ne se rencontre dans aucune des productions de l'esprit humain , n'a jamais été atteinte par l'imprimerie , et que toutes les tentatives de l'art n'ont eu pour résultat» que des acheminements plus ou moins marqués vers ce but idéal.
Toutefois , si c'est une prétention chimérique que de croire donner à un Uvre une correction irré^hable,
FOUBNIEB. ,/
il n'en est pas moins vrai que , pour s'en rapprocher autant que possible , ce n'est pas trop de l'action simultanée de tous nos moyens intellectuels ; et si nous sommes condamnés à désespérer de la réussite de nos soins à cet égard , faisons en sorte qu'on ne puisse imputer noire insuccès qu'à l'insuffisance de nos facultés , et non à notre insouciance.
Un correcteur doit posséder la connaissance imperturbable des principes de sa langue , celle même de la langue latine , et quelques notions de la langue grecque. Ce fonds d'instruction lui est rigoureusement nécessaire , et la plus longue expérience ne pourrait y suppléer que très - imparfaitement. S'il sait en outre quelques idiomes étrangers , s'il s'est livré à l'étttde de quelque science d'un usage habituel , telle que celle du droit ou des mathématiques, il en recueillera indubitablement le fruit ; et il se convaincra que le domaine de ses connaissances ne saurait avoir trop* d'étendue.
Une grande partie des personnes qm sont chargées de cet emploi sont dépourvues des notions élémentaires de la typographie , soit qu'elles les considèrent comme accessoires , soit qu'elles cherchent à se soustraire aux longueurs et aux dégoûts d'un apprentissage. Quelque riche que soit d'ailleurs la culture de leur esprit , quelque habitude qu'elles acquièrent du travail de la cor^ rection , ces qualités remplaceront difficilement en elles la science pi*atique qui leur aura manqué d'abord.
Si le correcteur ne s'est exercé préalablement à la composition, une foule d'arrangements vicieux et de