‹ Traité de la typographie (volume 3)Chapitre 12 sur 128 · CA88E · texte numérisé non relu

CA88E

La casse est une boite à compartiments servant à contenir les lettres employées dans la composition , et toutes appartenant à un même corps de caractère. Sa forme est carrée; sa dimension, déterminée ordinairement par la grosseur des caractères qn^elle doit recevoir, est de deux et demi à trois pieds. Elle est formée de deux parties ^^es , qu'on appelle cMseau inférieur et casseau supérieur, ou bas-de-casse et haut-de-easse. Elle est divisée en autant de compartiments qu'il y a de lettres, et généralement de signes usités dans Timprimerie ; ils s'appellent cassetins.

La. capacité des cassetins est en raison de l'emploi des lettres auxquelles ils sont destinés ; et la même échelle de proportion établie pour la fonte des caractères sert ég^ement de guide pour la construction de la casse.

Cette division proportionnelle des cassetins n'est cependant que d'une justesse approximative, attendu que, pour donner a la casse un aspect régulier , on a conservé aux cassetins la forme carrée ou rectangulaire. A cet effet, l'on a pris pour mesure commune la capacité du petit cassetin; et, suivant le degré d'usage auquel se trouvaient classées les différentes lettres de l'al^abet , on a multiplié par deux, par quatre, et par six l'unité fondamentale. Mais cette répartition , qui a paru la pins

égale pour les ouvrages français , perd plus ou moîiis de son exactitude lorsque les idiomes changent ; et telle lettre qui dominait dans une langue devient , dans une autre, d^un usage moins fréquent. Ainsi, par exemple, IV dans le français. Vu et le m dans le latin , Vi, Vo et Va dans l'italien, dans Tespagnol et dans le portugais, dans Fanglais let,\e h et Vyse présentent plus souvent que. les autres lettres. Cette variation se fait sentir jusque dans le même idiome, suivant la nature des ouvrages 'y et la poésie française consomme plus dV que sa prose, eu égard à ce genre de style qui multiplie les voyelles , et au retour alternatif des vers féminins.*

Le haut-de-casse se compose de quatre-vingt-dix-huit casse tins égaux -, savoir, quatorze sur la base et sept sur la hauteur. Les grandes capitales, ou majuscules, commencent au premier cassetin à gauche de la rangée supérieure, et continuent, par ordre alphabétique, jusqu'au septième inclusivement; après lequel elles reprennent à la seconde rangée , et ainsi de suite jusqu'à la fiii de l'alphabet. Entre les septième et huitième cassetins de chaque rangée horizontale, la séparation est plus fortement indiquée par un morceau de bois plus épais qui règne sur toute la ligne verticale , et divise le casseau en deux parties égales. Cette séparation a pour but de marquer le commencement des petites capitales , et de les isoler des grandes auxquelles elles correspondent dans les cassetins de la seconde moitié. Le complé-. ment de l'une et de l'antre partie contient les lettres accentuées et autres signes d'un usage peu fréquent et quelquefois nul danst certaines compositions.

Les signés employés dans les opérations algébriques^ et dans les ouvrages de matliématiques en général , sont trop nombreux pour trouver place dans une ceuse ordinaire. Us font Fobjet d'un casseau particulier , que Ton garde dans les réserves de l'imprimerie. Lorsque Pouvrage en composition impose la nécessité de s'en servir, on les place dans les cassetins les moins usuels, en sépai-ant les deux sortes avec du papier, ou en coupant le cassetin en deux parties par une interligne posée diagonalement.

La construction du bas-de-casse diffère entièrement de celle du haut-de-ccuse , d'abcvd en ce que les cassetins sont d'inégale grandeur, puis en ce que l'ordi^ alphabétique n'y est pas observé. La distribution des cassetins a été combinée , d'après les données de l'expérience , de telle sorte que la proximité ou l'éloignement de chacuniussent proportionnés à la nécessité d'y recomir plus ou moins fréquemment; que leur distance de la main qui doit s'y porter f(]kt en rapport avec l'emploi plus ou moins répété des lettres qu'ils contiennent. Ainsi le bas-de-casse, qui se trouve plus à la portée de la'main que le casseau supérieur , comprend toutes les minuscales ou lettres ordinaires ( auxquelles il a donné son nom ] , les chiffres, les espaces et les cadrats. Toutes ces sortes sont d'un usage incontestablement plus commun , puisque le texte de chaque ouvrage en est presque entièrement composé.

Le cassetin des e est sextuple ; ceux des lettres suivantes, a,c ,d, i, m, n, o, r,s,t, u, des espaces et

des cadrât» sont quadruples; il y en a de doubles , tels que ceux dont la nomenclature suit, savoir 'h,f,g,h, l,PfqfV,é, points et virgules. Les cassetins des autres lettres, ainsi que ceux des dix cluifres , sont simples.

Il y a en outre plusieurs cassetins de réseirve , destinés k recevoir , quand le besoin Texige , les signes particuliers aux différents idiomes.

Nous n^entreprendrons point de décrire ici la position respective de chaque cassetin : ce travail serait également iastidieux pour le lecteur et pour nous. Le modèle de casse placé ci-après rendra la chose intelligible à chacun , beaucoup mieux que ne le ferait l'explication la plus claire et la plus détaillée. Seulement, comme il est utile de donner une idée précise de la capacité relative des cassetins, nous avons jugé à propos de placer ici l'exact relevé des quantités de lettres contenues dans chacun d'eux. On verra que la prcqiortion est déterminée non par la dimension des cassetins, mais par l'épaisseur des lettres qu'ils contiennent; et que des cassetins égaux quant à l'espace diffèrent aniaîdérablement quant au contenu. Ce travail n'a été £iit que pour le bas-deH^asse , qui est la partie dont il est le plus difficile de connaître les proportions, à cause de sa construction irrégulière. Le haut-de-casse étant consacré à recevoir des sortes toutes plus ou moins rares, il est beaucoup moins essentiel de l'étudier à fond; c'est ce qui nous a déterminé à ne pas le crânprendre dans nos évaluations.

Nous avons choisi pour cette opération le caractère

Cicéro, dont la force de oorpB tient le milieu entre celles dee autres caractères.

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Chaque caractère a des espacée fcmdaes ( i ) sur son corps et de différentes épaissears. Pour donner à la composition cette régularité d'espacement qui en fait le principal mérite , et pour en aider le travail, il est nécessaire d'aroir, dans les caractères moyens et dans les petits, des espaces de toutes les proportions , suif antla progression d'un demi-point, depuis celle d'un point, on espace mince, jusqu'au demi-cadratih. Cette facilité si précieuse pom* le componteur ne lui serait d'aucun secours si, en distribuant , il n'avait le soin de les distinguer. Il doit donc , sinon affecter un cassetin à chaque sorte , ce qui serait difficile à observer pour certains caractères dans lesquels elles sont très-multipliées, au moins disposer pour cet usage de tous ceux du bas-decBsse qui restent libres , en réservant à la sorte la plus courante d'entre elles le cassetin des espaces proprement dit.

n arrive quelquefois qae les espaces d'un point, quoique les plus fines que l'on puisse fondre, aient encore trop d'épaisseur eu égard au blanc que portent certaines lettres. Dans ce cas on taille en forme d*espaces du papier plus ou mcnns fort, pour obtenir des distances égales.

CADRAT , CADRATIN , DEMI-GADBATIN.

Les cadrais sont des pièces de fonte, moins hautes que les lettres, mais de même corps. Ds servent à com-

(i) Ce mot, dans le langage didactique de la typographie, est do g«nr« fiéminin.

pléter les lignes où la lettre ne remplit pas la justificatian, à établir les lignes de pied et de blanc , en général à remplir les vides de toute espèce qui peuvent se trouver dans une page.

On fond des cadrais de différentes épaisseurs ; mais il est très-important pour la composition qu'elles aient toutes une mesure commune, telle que le demi-cadratin. Si le fondeur néglige cette condition , les renfoncements , qui se font à Taide des cadrais , sont souvent inégaux , et les alignements imparfaits.

Le cadraiin est un cadrât dont Tépaisseur est égale à sa force de corps.

Le demi' cadraiin a pour épaisseur la moitié de sa force de corps. C'est la plus forte des espaces , ou le plus faible des eadrats.

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