‹ Traité de la typographie (volume 3)Chapitre 6 sur 128 · OB LA · texte numérisé non relu

OB LA

INTRODUCTION

De la naissance de l'imprimerie et de la propagation de cet art.

C'est un fait digne de remarque, que l'invention qui a contribue le plus puissamment à perpétuer les souvenirs historiques n'ait pu jusqu'à ce jour répandre quelque clarté sur le mystère qui enveloppe sa propre origine* Trois villes, Mayence, Strasbourg et Harleim, se disputent l'honneur d'avoir été le berceau de l'imprimerie. Quant à l'époque de sa naissance, on la fait généralement remonter à la moitié du quinzième siècle* Il résulte nâmmoins de l'hésitation des érudits sur ce point une incertitude qui porte à-lafois sur l'auteur , sur le lieu et sur l'année de cette découverte. Si l'on conâdfire la proximité des temps et des lieux témoins de cet événonent , on

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s'expliquera dii&cilemeiit les causes qui suspendent la solution de ce triple problème. Le concours des traditions contemporaines et des plus savantes investigations n'a donne pour rësultati que des probabilités plus ou moins fondées , mais jamais une évidence, suffisante* pour triompher des scrupules de l'histoire.

Depuis le commencement du seizième siècle jusqu'à nos jours , un grand nombre d'ouvrages ont été publiés sur cette matière dans différents pays. Les historiens et les bibliographes se sont livrés aux recherches les plus laborieuses et les plus diverses , sans parvenir à une certitude irréfragable sur aucun des points controversés* Nous ne prétendons pas jeter un jour nouveau sur une question discutée par les écrivains les plus recommandables ; nous nous bornerons à présenter le résumé succinct des opinions qui nous ont offert le plus de vraisemblance , et qui doivent faire pré* valoir le nombre et la consistance des autorités qui les ont soutenues, jusqu'au jour où quelque* monument authentique fera jaillir la vérité de cet amas de conjectures.

Vers l'année i44^9 ^^^"^ Genssflech, ou Gruttemberg, surnom qu'il a depuis immortalisé, né en 1 4oo d'une famille noble de Mayence > conçut

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le desseia de substituer au travail long et dispendieux des manuscrits un procédé mécanique qui multipliât à l'infini les copies d'«n ouvrage. Eclairé sans doute par les résultats âé}à connus de la xylographie > il imagina de giaver sur des planches de bois des lettres en relief , dont la surface , enduite d'une certaine composition , et mise en contact avec une feuille de vélin , dût produire Ime empreinte analogue à celle de récriture. U choisit en ocmsëquence les formes de ses nouveaux types dans les manuscrits les plus remarquables de cette époque^ et il se livra avec ardeur h l'exécution de son projet. Mais les frais résultant de ces premiersessais épuisèrent promptemenlî ses ressources pé-» ciuuaires. Les avances qu'il eut à faire pour l'achat des planches de bois , qui , employées une fois y ne pouvaient plus être d'aucune utilité^ la lenteur de ces travaux^ l'éloignement et l'incerth* tude de leur produit le déterminèrent à chercher un collaborateur.

£n i444> îl quitta Strasbourg , oîi depuis huit ^ ans il s'occupait de mettre à fin son entre{Mrise; et se raidit à Mayence. Ce fut dans cette ville qu'il s'adjoignit d'abord Jean Fust, ou Faust ^ qui y exerçait la profession d'orfèvre; et ils formèrent ensemble une association dans laquelle Tiin

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apporta son industrie ^ source de bénéfices ultérieurs y et l'autre une somme destinée à subvenir aux premières dépenses. Leur société s'augmenta plus tard de quelques autres membres dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous^ si l'on en excepte toutefois celui de Meydenbach^ mais leur rôle se borna exclusivement à celui de bailleurs de fonds.

Pendant son séjour à Strasbourg, Guttemberg avait mis au jour^ au moyen de son nouveau procédé , deux traités composés pour les écoles ^ et dont en raison de leur fréquent usage , il espérait débiter promptement les copies imprimées. Il paraît que Faust , initié par lui aux secrets de l'art qu'il venait de créer, et frappé de l'imperfection des planches, dont la destination était spéciale, conçut l'idée d'en composer avec des lettres isolées, dont la combinaison arbitraire pût acquérir une application universelle. Cette modification importante reçut une prompte exécution , et elle eut pour premiers résultats la Grammaire de Donat, ainsi que quelques autres ouvrages. M. Guttemberg et Faust s'aperçurent bientôt que la sub* stance de ces caractères, dont l'emploi n'était plus borné à une seule impression , manquait de la solidité nécessaire^ et ils imaginèrent de fabriquer

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des types métalliques. Obligés de recourir au secours d'une main étrangère pour Taccomplisse*ment de ce nouveau projet , ils admirent dans leur confidence Pierre Schœffer^ domestique de Faust ^ que celui-ci avait jugé capable de seconder leur entreprise. Les travaux de Schœfièr répondirent pleinement à leur attente; il grava des poinçons en relief^ avec lesquels il frappa des matrices. Ces matrices , ajustées dans des moules de fer 9 servirent à la fonte des caractères, dont l'alliage se modifia jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le degré de consistance convenable. Faust récompensa les soins et l'habileté de son ancien serviteur en lui donnant pour épouse sa fille unique. Ce fut au moyen de ce dernier procédé qu'ils firent une Bible latine ^ dont l'impression dura sept à huit ans et fut achevée en i^So. Si l'on considère les frais de tout genre que leur coûta la confection de ce grand ouvrage^ les immenses préparatiis qu'ils eurent à faire awant de parvenir à leur but^ les difficultés qu'ils eurent à vaincre, les précautions qu'ils durent prendre pour ensevelir leur découverte dans un silence aussi prolongé^ on ne peut'assez admirer l'exécution miraculeuse de ce premier monument de la typographie. Nous trouvons dans l'histoire des sciences et des

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arts quelques inventions non moins étonnantes que celle de l'imprimerie; mais elle n'en offre aucune dont l'accomplissement ait été aussi rapide^ et en même temps aussi complet*

Nous venons de voir les trois périodes distinctes qui marquent la naissance de l'art. La première est la gravure des planches fixes ; la seconde est la décomposition de ces planches de bois en types mobiles de la même matière qui en généralise l'emploi i enfin la troisième est la fabrication du moule qui multiplie ces lettres à l'infini et avec la plus parfaite identité. Ce n'est réellement que de cette dernière période que date l'origine de l'imprimerie, qui jusque-là conservait avec la grar vure une affinité trop intime. B est donc juste de confondre dans notre admiration les trois grands génies qui ont concouru à cette tâche immortelle. Guttemberga la gloire d'avoir conçu le premier l'idée de cet art; Schœffer a eu le mérite non moins grand d'une exécution laborieuse et cou* ronnée du succès; Faust, qui prit part à leurs travaux, qui les dirigea en les perfectionnant , a les mêmes droits à la reconnaissance de la postérité.

Leur association ne subsista que peu d'instants après l'époque oii elle s'était illustrée. Dans la même année où ils publièrent la Bible , il s'éleva

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entre eax des débats d'intërêts qui entraînèrent une rupture : Guttemberg resta à Mayence, oh i] poursuivit ses travaux, Faust et Schœffer demeui«rent associés , et continuèrent aussi à imprimer dans la même ville* Ce iie fut que quelques années après la dissolution de la première société que l'existence de leur découverte acquit de la publicité 5 jusque-là ils avaient su la cacher à tous les yeux^ pensant trouver dans ses résultats futurs le dédommagement de leurs efforts et de leurs sacrifices. Les premiers produits de leurs presses étaient des imitations, et l'on peut dire des contrefaçons de manuscrits. Profitant de l'ignorance de leurs contemporains sur le procédé qu'ils mettaient en usage , ils trouvèrent le double avantage de vendre comme copies manuscrites leurs exemplaires imprimés, et de s'assurer pour quelque temps la possession exclusive du fruit de leur industrie. Mais d'une part la comparaison de ^elques-unes de ces prétendues copies , de l'autre l'indiscrétion des personnes chargées d'exéenter sous leurs jeux certains travaux relatif à leur art, en divulguèrent bientôt le secret.

Faust se rendit à Paris, en 1462 , avant que ht découverte de l'imprimerie fût connue en France, Il emporta avec lui un certain nombre

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d'exemplaires d'une Bible qu'il avait imprimée conjointement avec Schœ£fer. Il les vendit d'abord comme manuscrits ; mais il réduisit bientôt ce prix au dixième, puis au vingtième de leur valeur primitive* Ces variations de prix et la ressemblance parfaite des volumes causèrent une surprise générale. L'ignorance superstitieuse de ce temps fit envîsagei* comme un sortilège cette production extraordinaire de l'imagination humaine. On fît des recherches dans la maison que Faust habitait; on y trouva une certaine quantité de ces livres ; les ornements en encre rouge qui décoraient plusieurs pages passèrent pour avoir été tracés avec son sang. Il fut mis en prison, et convaincu de magie. Mais Louis XI ordonna qu'on lui rendît la liberté, sous la condition qu'il ferait connaître les moyens qu'il avait employés pour multipHer dans cette proportion inouïe les copies d'un même livre. Faust mourut à Paris en i466; on croit qu'il fut victime de la peste qui désola cette ville dans la même année* Nous venons d'exposer en très-peu de mots non la vérité , mais la vraisemblance sur l'origine de l'imprimerie. Gîtte matière méritait sans doute plus de développements ; et nous l'aurions traitée avec moins de brièveté, si nous n'eussions pensé

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qu'on ne pouvait discourir sur des conjectures aussi longuement que sur des faits^ et qu'en abrégeant notre narration nous devions diminuer nos chances d'erreurs. Nous nous sommes donc borné à présenter les sommités de cet intéressant épisode des fastes de l'industrie humaine. D'un autre oote'^ comme plusieurs villes et plusieurs individus revendiquent la gloire de cette invention, comme ee procès est encore pendant au tribunal de l'bis* toire y il est de notre devoir de faire connaître les réclamations des antres parties contendantes.

Les habitants de Harleim prétendent que Laurent-Jean G>ster f un de leurs compatriotes^ inventa l'imprimerie vers l'an 1430, et qu'à la naissance de cet art il se servit des planches fixçs en bois. Selon eux, il abandonna bientôt ce procédé, il se mit à tailler des poinçons en acier, à frapper des matrices, et à fondre des lettres de métal. Us assurent que, pendant qu'il était à l'église^ Guttemberg , son collaborateur, lui déroba les instruments de son art, et s'enfuit à Majence, oîi il passa pour en être l'inventeur. Us parlent beaucoup d'un livre intitulé J}e Spiegel, imprimé dauA leur ville en hollandais et en latin, et ils affirment que ce livre est le premier produit de la typographie; mais comme U ne porte pas de

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date; cette assertion manque de preuves, et peut être suspectée de partialité. Ils n'en célèbrent pas moins encore une fête séculaire en l'honneur de la prétendue découverte de Goster.

Voici d'un autre coté les titres que les habitants de Strasbourg ont fait valoir. Ils disent que Jean Mentel, citoyen de leur ville , conçut le premier l'idée de l'imprimerie ; qu'il s'adjoignit Guttemberg dans ses travaux , que celui-ci profita de ses ouvertures et se rendit à Majence, où il devança Mentel dans l'exécution de son projet. Us appuient leurs prétentions des lettres de noblesse qui lui furent envoyées par l'empereur Frédéric III. Il est bien constant que Mentel fut le premier imprimeur qui s'établit à Strasbourg , et un des pretniers qui exercèrent cet art hors de Mayence. De là vient sans doute qu'on lui a attribué le mérite de l'invention j» et qu'il en a reçu la récompense.

Mayence, Strasbourg et Harleim ne furent pas les seules villes qui voulurent enrichir leurs an« nales du fait glorieux que chacune d'elles attribua à un de ses enfants. Ce titre d'illustration fut brigué par d'autres villes de l'Europe (i) , mais

(i) AugBbourg, Bâle, Bologne, Dordrecht, Feltri,

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avec trop peu de fondement pour qu'on doive s'airêter à leurs prétentions.

Qoant à l'ancienne tradition qui désigne la Chine comme le berceau de cet art ^ il est certain que l'imprimerie tabellaire j fut connue longtemps avant qu^on en fît usage dans l'Occident; mais il n'est pas moins avéré que les tjpes mobiles et métalliques j furent apportés par les Européens.

Dès que le secret des inventeurs fut divulgué , une foule d'établissements de ce genre se formèrent promptement dans différentes contrées de l'Europe. Paris fut une des premières villes qui en reçurent; Ulric Gering, Crantz et Friburger commencèrent à j imprimer en i^'jo. A là fin du siècle il existait déjà plus de deux cents imprimeries, dont les nombreux produits attestaient l'excellence de cette découverte.

La France fut un des pays où son importation fit les progrès les plus rapides (i). Au commencement du seirième siècle , Simon de Colines et les

Florence, Lubeck, Nuremberg, Rome, Rnsflembourg , Schelestadt et Venise.

(i) Noos avons réoni dans le tableau suivant la lisle deft imprimeoTB qui s^ établirent dans les trente dernières

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