‹ Traité de la typographie (volume 3)Chapitre 7 sur 128 · XXIJ · texte numérisé non relu

XXIJ

INTRODUCTION

Estienne ^ littérateurs pleins d'érudition , donnèrent des éditions remarc[uables à la fois par la beauté de l'impression et par la pureté îrrépré-

aimées du quinzième siècle , et les noms exercèrent leur profession.

x473. Barthélemi Bujcr,

1477. Jean de Jarre et Jean de Morelli,

1478. Pierre Lerouge ,

1479. Joannes TeutoniciuB ,

— J. Bonyer, Durandus et Egidius Quijoue , Pierre Schenck, Goillanrae Leronge , G. L. de Nimègue , R. Fooqnet, P. Bellesculée et Josse , Jean Dupré et Pierre Gérard,

1487. JeanComtel, >

— Guillaume le Tailleur , 1 4go. Mathieu Tivan , 149 1 . Pierre Metlinger ,

1493. Aiickel Wenssler ,

: — Etienne Larcher,

1495. Jean Berton,

1496. Guillaume Ta vemier,

— Mathieu Lateron,

1497. Nicolas Lepe , i5oo. J. Rosembach de Heidelherg ,

des villes où ils

à Ljon.

à Angers, à Chahlis.

à Toulouse, à Poitiers, à Caen.

à Vienne, à Troyes.

à Boia-le^Duc.

à Loudéac.

à Rennes, à AhheTille.

à Besançon, à Rouen, à Orléans, à Dijon, à Angoulême.

à Clugny.

à Nantes, à limoges, à Provins, à Tours, à ÀTignon.

à Perpignan.

INTRODUCTIONi xxiij

bensible du texte. Dans le dix^septième siècle, Cramoisi > célèbre imprimeur , fut charge par Louis XIII de la direction de l'imprimerie royale > qui fut fondée sous son règne. L'art typographique fat illustré dans le dix>huitième par les Anisson, les Barbou, les Pierre et les Didot. Notre siècle est redevable à MM. Pierre et Firmin Didot de plusieurs découvertes remarquables, parmi lesquelles doit figurer en première ligne la stéréotypie, dont on avait fait il y a cent ans des essais infructueux, et dont la réussite, constatée aujourd'hui par de nombreux résultats, tend à populariser l'instruction en mettant les li« ^vres à la portée de toutes les fortunes. L'exécution de cet ingénieux procédé est pour cette famille cél^re un titre de gloire non moins réel que tous les chef^-d'œuvre que leurs presses ont fait éclore, et qui , réunissant à l'observation la plus sévère des principes géométriques l'implication irrépro^ chable des règles du goût, ont porté l'art typographique à l'apogée de sa splendeur. M. Firmin Didot est l'inventeur des caractères cursifs imitant la continuité des traits de la plume , et des cartes typographiques , véritable conquête faite par la typographie sur la gravure.

L'Italie fut une des contrées qui recherchèrent

XXIV INTRODUCTION

avec le plus d'empiessement l'art dont la nais* sance venait d'étonner l'Europe» Le goût de la littérature , qui s'y était réfugié de la Grèce asservie , préparait natul'eUement un accueil favorable aux presses qui devaient répandre les productions immortelles dont Boccace^ Dante et Pétrarque avaient doté leur patrie dans le siècle précédent* B.ome^ Venise ^ Milan ^ et un grand nombre de villes , virent bientôt des imprime^ ries s'établir dans leur sein. Nicolas Janson, né en France 9 où il était graveur de médailles^ se rendit à Majence pour y étudier les secrets de la typographie ^ et se retira ensuite à Venise , où il se livra avec talent à sa nouvelle profession. Les Manuce commencèrent à y exercer vers la fin du quinrième siècle; et leur famille produisit plusieurs générations d'imprimeurs également célèbres. A la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, les presses de Bodoni, imprimeur de Parme ^ ont rivalisé avec celles de la France. Les volumes qui en sont sortis se, font généralement remarquer par la netteté du tirage ; mais , sous le rapport de la gravure et de la fonte , les caractères sont loin de l'élégance et de la perfection de ceux des Didot. Nous ne craignons pas que cette assertion paraisse hasardée , malgré

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le jugement porté par le jury français^ qui se prononça en faveur de Fimprimeur de Panne.

Les éditions hollandaises ont eu dans le seizième et dans le dix-septième siècle une célébrité méritée. Jean de Westphalie fut le premier imprimeur qui exerça dans les Pays^-Bas. Il se ren-^ dit en i474 ^^^ ^ "^^ ^^ Louvain^ qui fut le siège de son imprimerie. Christophe Plantin, né à Tours ^ établit à Anvers , en iSôo, des presses qui acquirent une grande renommée. Plus tard les Blaew, les Ëlzevir, illustrèrent la typographie hollandaise.

C'est dans l'année i474 ^^^ William Caxton établit en Angleterre la première imprimerie. Il se fixa à Westminster. L'art typographique est longtemps demeuré statîonnaire chez cette nation accoutumée à perfectionner lorsqu'elle n'invente pas. Ce n'est que dans le siècle dernier qu'elle a nûs au jour des éditions qui ont surpassé ce que les autres pays avaient encore produit de plus remarquable en ce genre. FouJis de Glascow et Baskerville de Birmingham ont opéré dans la tjrpographie une révolution qui a placé dès lors cet art au niveau des autres branches de l'industrie anglaise. L'Angleterre peut s'honorer d'un grand nombre de découvertes et d'améliorations , dont

FOUBIŒR. 2

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le but est de procurer à la typographie de yastes moyens d'exploitation; et ses presses riTalisent avec celles de la France pour l'exportation de leurs nombreux produits. En examinant leurs travaux sans partialité , sans cet esprit de patriotisme exclusif qui nous rend souvent injustes , en comparant les éditions anglaises aux livres français, nous trouverons que leur papier est en général supérieur au nôtre ^ que leurs caractères sont généralement aussi mieux fondus quant à l'approche et à l'alignement y qu'ils sont plus lisibles eu égard à l'identité constante de leurs types y qu'ils résistent plus long-temps à l'action de la presse ; que les nôtres sont plus él^^ants , d'une gravure plus fine et plus parfaite. En un mot on peut dire que leurs livres sont mieux fabriqués , et que l'ensemble de la typographie anglaise est plus satisfaisant, mais que les chefs-d'œuvre des presses françaises offrent une perfection à laquelle les leurs n'ont point attdnt, et qu'enfin l'Angleterre n'a point de nom qu'elle puisse opposer à celui de Didot.

L'imprimerie fut importée en Espagne dans la même année oii l'Angleterre la reçut. La première presse fut établie à Valence en i474* ^^ typographie espagnole a produit peu d'éditions

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remarquables^ si ce n'est dans ses premiers temps y on ne peut non plus refuser à celles d'Ibarra, célèbre imprimeur de Madrid au dix -huitième siècle 9 le mérite de l'exécution matérielle joint à celui d'une rare correction.

Ce n'est que plus de cent ans après son invention que rimprimerie fut introduite en Russie y bien qu'elle se fût répandue très-rapidement dans toutes les parties de l'Allemagne : encore la fabrication des livres éprouva-t*«lle les plus grands obstacles chez cette nation , alors plongée dans l'ignorance et dans la barbarie.

Peu de temps après la découverte du Nouveau- Monde , des presses européennes furent transportées dans l'Amérique Méridionale. Avant la fin du seizième siècle , un certain nombre de livres s'étaient imprimés au Mexique et au Pérou. Vers le milieu du dix-septième , cet art était pratiqué dans VAmérique du Nord.

La presse a étendu son empire depuis les rochers glaces de l'Islande jusque dans certaines îles de l'Océan Pacifique 3 il n'existe plus maintenant que quelques contrées barbares de l'Afrique et de l'Asie où ses bienfaits n'ont pu pénétrer et porter le germe de la civilisation.

XXviij INTRODUCTION.

Des perfectionnements introduits dans la typographie.

Les premières productions de l'imprimerie étaient grossières et imparfaites , comme l'ont été toutes les ébauches des arts dans leur enfance. Ce n'est qu'après plusieurs générations d'imprimeurs qu'on a commencé à remarquer dans les livres cette harmonie et cette variété dont le concours à fait depuis leur plus bel ornement. Une monotonie constante dans l'emploi des caractères f l'absence de principes fixes pour la composition^ un tirage pâle et inégal^ tels étaient les points qui attendaient des améliorations. Voici les particularités que Ton retrouve dans les monuments qui marquent la naissance de la typographie.

Les caractères gothiques furent les premiers dont on se servit. La forme carrée et anguleuse que ces lettres avaient primitivement étaient d'une plus grande facilité pour la gravure. Ce ne fut qu'après l'invention des poinçons d'acier que, pour varier la conformation des lettrés et les rendre ainsi plus distinctes , on arrondit quelquesunes d'entre elles. Ce genre d'écriture, formé de l'écriture latine dégénérée , était en usage dep^iis environ deux siècles ; il s'est encore conservé chez

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les peuples du nord de l'Europe. Nicolas Janson à Venise , Gering , Simon de Golines , Robert Ëfitienne à Paris ^ furent les premiers imprimeurs

qui se servirent des caractères romains.

L'in-foiio et l'in-quarto ont été les premiers

formats connus.

Les livres avaient tous les défauts des manuscrits 9 dont ils n'étaient qu'une imitation servile. Us ne portaient ni titres courants^ ni folios. L'usage des capitales et des alinéas ne s'est introduit que plus tard. L'orthographe était variable et presque arbitraire. La ponctuation était incom* plète; elle ne comportait que trois signes, le point, le comma, et un signe équivalent à la virgule, qui était figuré par une barre diagonale. Les divisions des ouvrages commençaient par des letûi^grises ; c'étaient des majuscules entourées d'ornements ou de sujets de tout genre. Quelquefois on n'imprimait que la majuscule, et on iaisssàt ^ un dessinateur le soin de tracer et de colorier son entourage. Ces* lettres s'alignaient dans la partie supérieure avec la première ligne , et r%naîent sur la laigéur d'un certain nombre des suivantes.

U y a vingt ans on ne connaissait qu'une seule espèce de presses, celles qui, à quelques modifi-

XXX INTRODUCTION

cations près^ étaient «h usage dans Tmiprimerie pres(pie depuis son mYention« Les peifectionnements qu'elles avaient éprouves' consistaient dans la substitution de crémaillères en fer aux condes qui suspendaient la platine , de marbres en pierre^ puis en fonte , de platines en fonte ou en cuivre 9 aux marbres et aux platines établis primitivement en bois* Quelques pièces avaient été simplifiées ou supprimées ; d'autres .avaient subi quelques rectifications. Le changement le plus important qui j eût é\É apporté était l'introduction d'une platine de la dimension du tym* pan 9 et qui ne demandait plus qu'un seul coup de barreau pour le tirage de la feuille^ au lieu de deux que nécessitaient les anciennes platines. Mais enfin cette somme d'améliorations successives était loin de suffire aux exigences d'un art qui marchait rapidement vers sa perfection ; et, telles qu'elles étaient alors y elles demeuraient encore sujettes à une foule d'inconvénients , auxquels le temps et l'expérience devaient porter remède. Un foulage variable suivant les efforts de l'ouvrier, le défaut de justesse des parties construites en bois , leur prompte détérioration , la position fausse de l'ouvrier tirant le barreau, tels étaient les points principaux qui laissaient cette

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machine imparfaite. Vers les premières amiées de notre siècle > on exëcuta en. Angleterre mie presse en fonte presque entièrement semblable aux anciennes, quant à son système mécanique, mais qui résolut complètement le problème dont celleci ne pouvait jamais offrir l'entière solution. Dèslors les pièces acquirent ce parallélisme parfait duquel dépend la régularité du tirage ; leur substance métallique put résister à l'influence de la température et à la continuité du mouvement qui leur est imprimé ; le degré de pression put être modifié suivant la nature du tirage , et uniforme dans un tirage identique ; le coup du barreau fut déterminé par un régulateur 3 enfin l'atlitude de l'ouvrier devint moins pénible.

Cette première découverte en fit édore d'autres, dont le nombre grossît chaque jour , mais dont les résultats offrent en général moins d'améliorations que de changements. L'invention dont lord Stanhope est l'auteur a ekcité en France et en Angleterre l'émulation des mécaniciens; le vrai talent comme le charlatanisme se sont précipités à l'envi dans cette nouvelle carrière ouverte à l'industrie ; et en peu d'années l'imprimerie a renouvelé presque entièrement cette partie de son matériel. Nous citerons , parmi celles qui se dis-

Xlfxij INTRODUCTION.

tinguent par la nouyeâuté de leur conformatioii^ la presse colombienne de Glymer y la presse à levier funiculaire dont Taylor est l'inventeur, et celle de M. Frapië, où la pression est opérée, n<m par l'abaissement de la platine , mais par l'ascension du marbre.

Les presses mécaniques , dont, la création appartient à. l'Angleterre (i) , parviennent chaque jour à un nouveau degré de simplification. On leur applique pour moteur, soit la vapeur, soit un nombre de bras déterminé par la force que la presse exige. La France possède déjà plusieurs de ces machines. Elle commence mcme à en voir fabriquer dans son sein. Espérons qu'elle aura cette fois le sort qui semble lui être réservé dans l'histoire des inventions humaines, de perfectionner en imitant. L'importation de ce nouveau procédé est. un signe certain de l'extension que prend journellement la typographie française, qui est appelée à répandre ses produits dans toutes les parties du monde civilise* Il facilite et multiplie dans une proportion considérable les moyens

(i) La première presse mécanique a été établie à Londres en i8i3-i4} par deux Saxons nommés Kœnîg et Baur. L'essai en fut fait sur le journal The Times.

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d'exploitation de cet art; mais s'il lui e'tait appli> que exclusivement aux procédés de tirage connus jusqu'à ce jour^ il la ferait rétrograder infailliblement. 11 nH)ffre rien qui supplée aux soins et à la surveillance continuelle de l'ouvrier, qui seuls peuvent assurer à une impression une exécution irréprochable.

Une des innovations qui ont secondé le plus puissamment l'usage des presses en fonte est la substitution du rouleau aux balles. Quand on réfléchit à l'imperfection de ces instruments dont la surface n'embrassait qu'une partie de la forme y aux soins que leur distribution et leur montage exigeaient de la part des ouyriers , on s'étonnera que cette découverte ne date encore pour la France que de cinq à six années. Certes, avant cette époque , notre typographie avait déjà marqué sa régénération par plus d'une production digne d'éloges , et nous ne prétendons point dire que les résultats de cet art aient constamment suivi pas à pas Jes progrès de son mécanisme 3 mais il n'en est pas moins certain que son état actuel , dans lequel les soins de l'ouvrier se trouvent réduits le plus possible par la perfection des machines , doit généralement donner lieu à des produits d'une nature plus satisfaisante.

XXXiv lîîTRODUCTION.

De la typographie en général.

La typographie embrasse toute la série des opé* rations relatives à la fabrication et à remploi des caractères. Elle comprend donc^ outre la connaissance de l'imprimerie , celle de la fonderie et de la grayure. Bien ^'il n'entre point dans le plan de notre ouvrage de traiter de ces deux derniers genres de travaux y et que notre bût soit de lui donner pour circonscription les attributions de l'imprimeur^ nous avons jugé à propos de renfermer dans une description sommaire de la typographie les notions préliminaires qui s'y rattachent naturellement ^ afin qu'on pût y parcourir sur tous ses points le domaine de cet art.

La première de ces opérations est la gravure du poinçon. Le poinçon est une tige d'acier à l'ex^ trémité de laquelle est gravée en relief une des lettres faisant partie d'un caractère. Le travail du graveur est sans contredit^ de tous ceux qui concourent à la fabrication des livres^ celui dont l'exécution requiert Un talent plus spécial et dont les habiles résultats procurent le plus justement à leur auteur le titre honorable d'artiste. Pour se Hvrer à ce genre de gravure , il faut avant tout être doué d'une grande justesse de coup d'œil ;

INTRODUCTION. XXXV

car c'est la vue seule qui en redresse les défauts. L'étude des bons modèles , faite avec discernement , est également nécessaire. C'est ordinairement le même graveur qui est chargé de tous les poinçons d'an même caractère. Lorsqu'il est fixé sur la condition primitive , qui est la forme géjiénle qu'il doit donner au caractère^ il grave comme essai une première lettre , qu'il retouche jusqu'à ce qu'elle puisse servir de base pour les autres. Chaque lettre doit être passée au calibre y instrument qui mesure la hauteur de l'œil de la lettre. Le calibre doit mesurer : i° les lettres -sans prolongement 9 telles que l'o^ le n, etc.^ et la portion équivalente dans les autres lettres y cette partie étant fondamentale pour tout le carac" tère; 2<> le prolongement, soit supérieur^ soit inférieur y des lettres du bas de casse; 3^ les grandes capitales ; 4** ^^ petites capitales, lorsque leur hauteur excède celle des lettres ordinaires ; 5^ les lettres à double prolongement, comme le Q, lef, la parenthèse, le crochet , etc.

La largeur de l'œil de la letti^ , ne pouvant être déterminée comme sa hauteur , ne peiït non plus être assujettie à une mesure commune ainsi que cette dernière dimension. Mais il est certaines lettres que l'analogie de leurs^ formes indique

XXXVJ INTRODUCTION

au graveur comme devant être identiques dans leurs proportions : tels sont d'une part le b , le d y le p. et le q, et d'une autre part le n et l'u. Les efforts du graveur, doivent tendre constamment à* ramener chaque poinçon à un système uniforme de gravure^ de manière à ce que toutes les lettres d'un même caractère considérées collectivement, ofirent l'harmonie la plus parfaite. Pour faireépreuve du poinçon y on le présente à la flamme d'une bougie y et on en prend l'empreinte sur une carte sèche et bien lisse ^ qui doit reproduire avecla plus grande netteté les gras et les fins de la lettre. Cette épreuve s'appelle xinfimié* Le graveur doit faire d'abord un fumé de chaque letti^ isolément, afin de corriger les imperfections de dlîtail y et ensuite un fumé général du caractère , pour allégir ou regraisser les lettres dont les pleins seraient trop lourds ou trop légers , et pour corriger les autres défauts d'ensemble.

Lorsque le poinçon a été définitivement retouché et qu'on lui a donné la trempe nécessaire , on s'en sert pour frapper la matrice. La matrice est un morceau de cuivre , dressé en forme de parallélipipède. Pour opérer la frappe de la matrice , on pose sur un point déterminé de l'une de ses faces l'extrémité gravée du poinçon y et <m

INTRODUCTION. XXXvij

l'enfonce à l'aide d'an marteau y en frappant sur l'autre extrémité , qui ^ en raison de cette opération, doit offrir une surface un peu plus large. Pour les frappes dont la gra^ufè est d'une finesse particulière , on se sert quelquefois de matrices incrustées d'argent , ce métal étant plus tendre et susceptible de reproduire avec une netteté plus parfaite l'empreinte du poinçon. Il arrive assez £%quemment que le poinçon se casse pendant la frappe , soit par la faiblesse de la trempe , soit par un défaut de l'acier , soit enfin parce que le poinçon n'a pas été placé pour l'opération dans une position convenable. Les matrices d'argent' préviennent beaucoup de ces accidents.

Après la frappe des matrices, on procède à leur justification. Cette opération a pour but de les équarrir dans le sens de l'empreinte qu'elles ont reçue, et d'égaliser leur profondeur, qui a pu i^arier \ la frappe , en limant la face creusée par le poinçon. La frappe et la justification des matrices doivent être confiées à un mécanicien intelligent , et qui ait des connaissances positives en métallurgie.

C'est immédiatement après ces deux opérations que commence la série des travaux qui sont du ressort de la fonderie.

Le moule qui sert à la fonte des lettres se

XXxWij INTRODUCTION,

compose de quatre parties > dont deux sont ûnraiiables comme la force de corps , et les deux autres , bien que parallèles^ se rapprochent ou s'éloignent suivant l'épaisseur de la lettre. L'ouvrier place la matrice à l'extrémité du moule, où elle est assujettie par un crochet en fer. Il prend ayec une cuiller la matière qui est en fusion dans le creuset , et la verse dans une espèce d'entonnoir formé à cet effet par les deux pièces du moule. La matière tombe perpendiculairement ; et, afin que le métal se précipite plus rapidement, le fondeur ppère avec la main gauche , qui tient le moule , un mouvement tendant à faire pénétrer plus sûrement la fonte dans toutes les cavités de la matrice. L'ouvrier démonte chaque fois le moule pour en extraire la lettre qui vient d'être fondue.

Gomme il arrive fréquemment que plusieurs ouvriers fondeurs travaillent à un même caractère , il est nécessaire que le chef chargé de lea diriger s'assure si leur x>uvrage concorde sous le rapport de la hauteur , de la force de corps , de la pente, de l'approche et de l'alignement des lettres. L'exécution constamment uniforme de ces conditions est de la plus grande importance pour la perfection des caractères.

Les opérations qui succèdent à la fonte pro-

. INTRODUCTION. XXxix

prement dite y et qui sont relatives à Vappréi des lettres, sont :

i» La rompure, qui a pour objet de détacher du pied de la lettre un excédant de matière qui est nécessaire pour la fonte y mais qui ne doit pas subsister après cette opération;

i^loifroUerie, dont le but est de faire disparaître les barbes qui adhèrent aux angles des lettres ^ ce que l'on fait en frottant sur une pieire nnie les deux faces latérales dont la distance est la mesure de l'épaisseur;

3® La composition , qui se fait par sortes et dans de longs composteurs en bois.

Après cette opération, les lettres arrivent à Yap- /7/i^/ proprement dit. Elles passent du composteur de bois dans une espèce de composteur en fer y qui fait partie de Finstrument appelé coupoir» Elles se trouvent dans le coupoir placées perpendiculai' rement, et maintenues à l'aide d'une vis qui le serre et le desserre au besoin. Au moyeii du coupoÎT et de différents rabots faits pout cet usage, on pratique d'abord une gouttière sous le pied de la lettre , pour faire disparaître les aspérités qui restent après la rompure, et qui feraient varier la hauteur; ensuite on fait les talus, en abattant les angles inutiles de la surface qui porte l'œil de la

xl INTRODUCTION..

lettre ; enfin on ajoute les crans supplémentaires , lorsque l'imprimeur en a demandé. Toutes ces opérations se font , non sar chaque lettre isolément , mais sur tout un composteur à la fois.

Les lettres^ après avoir subi l'apprêt^ sont replacées dans les composteurs ^ pour y être toutes examinées successivement^ et réformées lorsque quelque défaut empêche qu^on ne puisse s'en servir. On en fait ensuite des paquets , où toutes les sortes sont rangées distinctement , et sur lesquels est inscrite l'indication de leur contenu. U n'y a aucun inconvénient à ce que les cadrats et les es* paces soient mis en cornets^ pourvu toutefois que chaque sorte d'espaces soit séparée.

Ici s'arrête la série des opérations typographiques qui précèdent l'impression. La suite de ce résumé laconique , faisant l'objet dç ce Traité , s'y trouvera avec tous les développements qu'elle comporte. Nous répétons que nous n'avons point prétendu suppléer par ce rapide aperçu à la description d'une partie de la typographie étrangère à nos études et à nos occupations; et que notre but sera complètement atteint , si nos lecteurs peuvent en retirer la connaissance sommaire de cet art ^ dont les branches , maintenant divisées , demeurèrent quelque temps réunies en un seul faisceau.

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