‹ Traité de la typographie (volume 3)Chapitre 62 sur 128 · DISPOSITIONS PARTICULIÈRES A LA POÉSIE · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS PARTICULIÈRES A LA POÉSIE

Nous avons précédemment fait connaître les principes généraux de la composition; mais il nous reste à poser quelques règles relatives à celle des ouvrages en vers.

l56 PARTIE I, CHAPITRE V.

Il est à remarquer d^abord que la facilité que possède la prose de varier à volonté, dans le même format , la justification et le caractèi'e, est interdite à la poésie ; c^est dans ce dernier cas que Tobservation des proportions est le plus impérieusement exigée par la nécessité typographique. Si Tune n'offre pas un aspect aussi régulier que l'autre , elle peut compensa cet avantage par Facoomplissement plus rigoureux des préceptes applicables à chaque format. Par exemple, en prenant pour base l'in-octavo, nous voyons fréquemment que, par le besoin qu'on éprouve d'économiser l'espace , on descend jusqu'au Petit-Texte, qui est un caractère d'indix-huit ; ou que , par une considération opposée , pu monte jusqu'au Saint- Augustin et même jusqu'au Groft- Texte, qui sont des caractères d'in-quarto. De quelque secours que puisse être cette fiuÂlité, il n'en est pas moins vrai de dire qu'elle autorise de nombreuses infractions aux principes reconnus , et qu'elle substitue souvent lea résultats de la nécessité aux règles du bon goût. De pap» reilles anomalies n'existent pas, ou ne doivent pas exister pour la poésie : en voici les motifs. Sous le rapport de la justification, le vers étant la mesure de la ligne, on ne peut gagner à l'agrandir. Quant au dioix du caractère , il est certain qu'en le diminuant de force on y trouverait un bénéfice de quelques lignes sur la longueur de la page ; mais il s'ensuivrait toujours un effet contraire , d'une part , à l'usage qui prescrit les proportions à suivre , et, de l'autre, peu conforme à celui qui en tolère la dérogation; c'est-à-dire que le but d'utilité ne serait pas assez marqué pour autoriser la violation

COMPOSITIOK* 15;

âes convenfinoes de Tart. En effet, Taugmentatian de lignes produite par Temploi d'an caractère inférieur à celai dont on se sert habitaellement dans les in-octavo en vers occasionerait un contraste choquant , celui d'une page portant un plus grand nombre de lignes et une justification moindre en apparence ; tandis que , suivant la marche la plus ordinaire , la progression des caractères et celles de la justification s'opèrent en sens inverse. 11 est donc évident que l'inconvénient de cet arrangement en surpasserait l'avantage.

La justification d'un ouvrage de poésie doit être prise sur la portée des vers les plus longs, non-seulement quant à la mesure , mais encore eu égard au nombre de lettres qu'ils renferment. Toutefois , comme il peut s'en présenter qui , sous ce dernier rapport , excèdent de beaucoup la longueur ordinaire , il ne faut point s'astreindre à prendre pour règle cette rencontre, à laquelle on peut remédier en doublant le vers., ou en le sortant, ce qui est préféraUe encore. Elle doit porter environ quarante n (ouyingtcadratins). Les alexandrins en français, notamment ceux à rime féminine , qui ont une syllabe de plus, et en latin les hexamètres, donnent souvent lieu à cet inconvénient. U vaut cependant mieux recourir à l'un des deux expédients que nous venons dUndiquer : d'abord pour économiser sur l'emj^ des cadrats , et par conséquent sur les frais de composition; ensuite pour la distribution plus égale des marges ; et enfin pour éviter que le titre courant , qui doit être placé directonent sur le milieu des vers , ne paraisse jeté sur la partie droite. Ce défaut ajoute encore à l'irrégularité

l48 PARTIE I, CHAPITRE IV,

plus ou moins ceux que Ton emploie dans les ouvrages à colonnes , est plus facile à manier pour le compositeur , et pour le lecteur moins fatigant à suivre, lorsque la poftée de la justification est moindre.

30. Cette disposition , en outre , autorise , par la raiscm que nous venons de donner, Femploi d^un caractère plus menu que celui dont on se servirait avec la justification entière. Elle a pour résultat une économie qu^on doit d'autant moins négliger qu'elle est très-suppcuctable pour les parties de volume moins susceptibles d'être lues de suite.

n arrive souvent que Ton melte à deux colonnes deux textes que Ton veut comparer , ou bien un texte et sa traduction. Dans ce dernier cas le texte doit toujours occuper la première colonne j celle de gauche, et le bon goût demande qu^elles soient, l'une et l'autre , de même justification : seulement si l'une des deux parties est moins abondante que l'autre , il faut employer pour sa composition un caraclère plus gros, ou bien le même plus interligné. Si la teneur est à peu près équi> valente , il faut les différencier de l'italique au romain. Un soin important à observer c'est que les lignes se correspondent , sinon parfaitement, du moins le [diis exactement possilde , et que les alinéas soient en reg^nl l'un de l'autre.

On doit toujours éviter de faire une colonne boiteuse, c'est-à-dire courte d'une ligne, en regard d'une colonne pleine. Il vaut mieux faire quelques remaniements pour remédier à ce défaut, lorsqu'on n'a pu le prévenir.

COMPOSITION. i49

Dans les dictionnaires à plusieurs colonnes chacune d*elles porte son titre courant.

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