PONCTUATIONS
On appelle /^oiM^^aa^/on chacun des signes sertant à marquer cette opération grammaticale. Ils sont au nombre de six , savoir :
La virgule ( , ) ;
Le poittt»virgule , ou pelil^qué ( ; ) ;
Le deuaypoinls , ou comma ( : ) ;
Le point ( . ) ;
Le point (f interrogation (?) ;
Le point d'exclamation ou d* admiration ( ! ).
Ces différents signes sont ordinairement fondus sur une épaisseur identique , environ un cinquième du cadratin. Il y en a d'italiques , excepté le point, dont la forme circulaire ne peut recevoir d'inclinaison.
Ce serait sortir des bornes que nous prescriv^at nos attributions , et empiéter sur celles de la grammaire , que de prétendre donner ici les règles de la ponctuation pour tous les cas possibles. Toutefois, sans nous ériger en législateurs de la langue , nous nous permettrons de présenter en peu de mots le résumé des observations qui nous ont été fournies par l'expérience.
Rien n'est plus arbitraire par le fait que la ponctuâition ; rien ne devrait être plus invariable. Chaque auteur ponctue selon qu'il coupe ses phrases en parlant j par conséquent d'une manière conforme à sa prononciation. Tous craignent d'enfreindre les règles de la syntaxe ; et la plupart semblent ignorer que la ponctuation ait les siennes. Cependant l'une et l'autre sont parties intégrantes de la langue , et ont leurs principes également inviolables. S'il en était autre- • ment , tel système de ponctuation qui conviendrait à un écriyain semblerait insupportable à une partie de ses lecteurs. Il est donc nécessaire de ramener chaque méthode particulière à une méthode uniforme , pour
^)iargner à la lecture des entraves nuisibles; et cette juridiction est du ressort de la typographie.
Voici y en très-peu de mots , les principales règles que nous désirerions voir constamment maintenues.
La virgule est de toutes les ponctuations celle dont la valeur est la moindre. Elle marque les pauses les plus faibles dans le discours , les suspensions de sens , les différentes parties d'une énumération. Elle ne doit séparer le substantif de l'adjectif, du pronom relatif ou du que adverbe que lorsque ceux-ci n'en sont qu'une circonstance accessoire et non une modification essentielle. On ne la place jamais devant la conjonction et lorsque celle-ci réunit les deux derniers termes d'une accumulation. Elle ne doit point s'interposer entre le sujet et le verbe qui en dépend, ni entre celui-ci et son régime, non plus qu'entre deux termes comparatifs. Les incises se placent entre deux virgules, et s'isolent ainsi de ce qui précède et de ce qui suit. La virgule est la plus usuelle de toutes les pancluations ; c'est de son emploi que dépend l'intelligence et la clarté du sens; on ne saurait doi^c y apporter trop d'attention.
Le point -virgule s'appelle aussi petit ^qué, parce qu'autrefois dans les éditions latines il servait à l'abréviation de la conjonction enclitique que, et qu'on imprimait ubiq ; pour ubique, La valeur de cette ponctuation suit immédiatement celle de la virgule. Le point-virgule marque les différents membres d'une *phrase, les parties d'une période et le passage de ses
diyers points de Tue. Il précède ordinairement les conjonctions or, mais, car, et généralement celles qui servent à distinguer dans le raÎ9(»mement les prémisses de la conclusion.
Le deux'poùus ( ou comma) a quelquefois la même valeur que \e point-^ùrgale. Il remplace celui-ci lorsque la particule conjonctive ou disjonctive qui devrait le suivre est sous-entendue. Il se met aussi devant un dernier membre de phrase qui sert de résumé ou de conclu^on à ce qui précède , ou devant une énumération annoncée par le mot scwoir ou par un équivalent. Enfin il est signe de citation ou d'allocuticm.
Le poird est la plus forte des ponetualians quant à la valeur. Il indique la fin de la phrase et le complément du sens. Plusieurs points consécutifs indiquent une lacune on une suspension.
Lepoini doit toujours être suivi d'une grande capitale f excepté dans certains eas où il est employé comme signe d'abréviation.
Le point (f interrogation et le point (t exclamation, dont la valeur est indiquée suffisamment par leur dénomination respective , suivait ordinairement un sens fini. Cependant ils se trouvent quelquefois placés dans Tintérieur de la phrase, à la suite de certaines interjections. Il est encore d'autres cas où ces deux ponctuations se mettent à la fin de simples inembres de phrase 9 de ceux notamment où cesse l'interrogation ou Texclamaticm ; et conséquemment ils n'exigent point la capitale après eux. Par exemple , dans les
périodes qui renferment certaines répétitions ou certaines formes énumératiTes , pour indiquer au lec«» teur, levant la fin de la phrase , TimoDation qu'il doit pirendre suivant que cette phrase est suivie de Tune ou de l'autre de ces pùnciutUùms, elles remplacent la virgule ou \b point-virgule*
L'usage des Espagnols de faire précéder la phrase du signe retourné y indépendamment de celui qui la suit , remplit beaucoup mieux encore ce but d'utilité*
Nous regrettons de n'avoir pu accompagner d'exemples les règles que nous venons d'énoncer sommairement, et cependant aussi complètement que possible. Ce travail nous aurait entraîné trop loin dans un genre ' de dissertation qui, tout succinct qu'il est, n'en est pas rmoins déjà une digression au fond de notre Traité > et nous aurait exposé à des omissions plus graves que nos citations n'eussent pu être utiles* De toutes les opérations grammaticales, la ponctuation est celle qui avoisine le plus le domaine de la typographie. C'est une des attributions de cet art que de veiller à l'observation de son analogie constante, comme de ramener l'orthographe à des principes fixes et uniformes. La régularité d'un ouvrage sous ce rapport, et celle de son exécution matérielle , sont deux qualités sans le concours desquelles il n'existe point de perfection. Un bon livre, quel qu'en soit l'objet, est une grammaire pratique dans laquelle les lecteurs doivent trouver l'application fidèle des théories de la langue ; et la plupart d'entre eux ne doivent la connaissance
de ses principes qu'à ce genre d'expérience, L'Imprimerie, aux yeux d'un grand nombre de personnes qui ne savent pas se rendre exactement compte de ses erreurs, a un caractère d'authenticité qui fait qu'elles hésitent à les reconnaître. Il est donc du devoir de ceux qui l'exercent de prévenir les dangers qui peuvent résulter d'une prévention aussi heureuse, ou plutôt de chercher à la consolider et à la convertir en une opinion fondée et durable de son infaillibilité.