DE LA MISE EN PAGES
Le but de cette opération est de rassembler le^ différents paquets de composition^ pour en former des pages et ensuite des feuilles. Voici quelle est sa marche ordinaire.
Lorsque le nombre de paquets fournis par les compositeurs travaillant à un même ouvrage est suffisant pour compléter une feuille ( ou une forme , si Ton est convenu d'imposer de cette manière); ces paquets, pour devenir des pages régulières, doivent porter leurs folio , titre courant , et signature s'il y a lieu^ en un mot, leurs lignes de tête et de pied. De plus les titres , sommaires , additions , notes , et généralement toutes les parties' autres que le corps de Touvrage, restent à composer et à placer; les blancs à distribuer; les filets, fleurons ou vignettes à ajuster, suivant leur place.; et les queues de pages ainsi que les pages blanches à établir. Telles sont les fonctions de la mise en pages , que Ton doit considérer comme le complément de la composition.
Cette dernière opération est ordinairement facile ' et son travail uniforme , tandis que l'autre est d'une
application très-variée et beaucoup plus étendue^ L'une n*est y la plupart du temps , qu'une imitation servile ; l'autre présente dans son exécution de fréquentes innovations ; et ce n'est pas exagérer la supériorité de celle-ci que de la comparer au plan conçu et dirigé par l'architecte , tandis que celle-là ne parait être que le travail purement manuel de l'artisan.
Lorsque les paquets qui concourent à la formation d'une feuille ont été réunis , on les délie successivement dans une galée longue , destinée à cet usage , afin d'y faire tous les ajoutés nécessaires. Une condition essentielle à observer, c'est que toutes les pages, après avoir subi ce changement de disposition, doivent être soumises à la réglette de longueur, qui sert de mesure commune et invariable pour tout l'ouvrage.
Comme cette jauge est ordinairement déterminée par un nombre fixe de lignes du caractère courant , l'observation de ce principe réclame plus de soin et d'attention lorsqu'elle s'applique à une page courte, longue , incomplète , ou coupée par des titres , et en général à une page qui ne porte pas le nombre de lignes accoutumé.
Dès qu'on a ainsi disposé un nombre de pages suffisant pour compléter une feuille (et ce nombre est déterminé par le format de l'ouvrage) , on procède à son imposition , opération que nous allons décrire.
De toutes les opérations relatives à la composition des ouvrages , la mise en pages, par la variété et la multiplicité de ses fonctions , exige au plus haut degré
COMPOSITION. G.'i
les connaissances typographiques. L'ouvrier auquel on la confie doit s'être préalablement exercé à tous les genres de travaux qui entrent dans la composition. Si son expérience ne le place au-dessus des difficultés qui s'y présentent fréquemment , et s'il n'est capable de les résoudre avec habileté ; si ce tact et ce gotit qui doivent toujours présider aux dispositions qu'il crée ou aux améliorations qu'il découvre ne le distinguent des simples compositeurs ; enfin s'il n'est doué de l'ac** tivité et de l'intelligence nécessaires pour diriger la marche d'mi ouvrage et le suivre dans ses différentes périodes y il ne peut occuper convenablement parmi ses confrères le rang à la fois honorable et productif de metteur en pages.
C'est à lui qu'il appartient de distribuer la copie aux paquetiers , de leur partager les pages de distribution , de surveiller leur travail à mesure de sa confection, et de concilier leurs intérêts avec ceux de rétabliâsemeut qui les occupe^
Il faut y en procédant à cette opération y éviter les pages longues ou les pages courtes , dût -on méme> dans certains cas y recourir à quelques remaniements nécessaires.
Les pages blanches, en totalité ou en partie, doivent être assujetties à la réglette de longueur, la moindre inégalité entre elles pouvant produire à l'imposition de fâcheux effets.
Nous n'entrerons pas dans de plus longs détails sur les soins qu'exige chacune des fonctions de la mise
en pages* Les limites de ce Traité sont trop resserrées pour admettre de minutieux développements , que la mémoire retiendrait difficilement, et dans lesquels le lecteur trouverait avec peine une utilité marquée. D'ailleurs les plus importants d'a[itre eux se trouvent dans cet ouvrage aux endroits où ils nous ont paru pouvoir être plus convenablement placés.
DE L'iHPOâlTIOfi.
Imposer, c'est disposer toutes les pages d'une feuille, ou d'une forme , de telle sorte que, la feuille de papier étant ployée , ces pages se trouvent dans l'ordre convenable. Voici en quoi consiste cette opération.
Lorsqu'une feuille a été mise en pages , on prend ces pages l'une après l'autre en suivant l'ordre de leurs folios , et on les place successivement sur le marbre selon la disposition indiquée pour chaque format. Dans tous les cas le nombre de pages composant la feuille se trouve divisé en deux parties égales , dont chacune est destinée à imprimer l'un des côtés du papier. Les pages étant donc rangées conformément à l'ordre de leur format , on entoure d'un châssis chaque forme*, ou moitié de la feuille. On sépare ensuite les pages par des morceaux de bois ou de fonte , dont la longueur est déterminée par la dimension de page qu'elle doit suivre.
L'étendue de ces intervalles a pour base le format du papier de l'ouvrage , attendu qu'ils, représentent
des marges. On les appelle gamûures dans le sens général ; on distingua parmi elles \e^/(md$ et les tàiàréi. Les garnitures sont donc la charpente intérieure de la forme. Quant aux accessoires qtli l'entourent endeçà des bords du châssis , ce sont les réglettes , les biseaux et les coins. Les réglettes sont de petits morceaux de bois , plus ou moins épais , suirant que le format Texige; on en place ordinairement tme à chaque côté de la barre du châssis et dans toute sa longueur; quelquefois o|i en met autour des pages. Les )>iseaux viennent immédiateiyient après. Ce Sont quatre morceaux de bois , taillés en biais ( ^insi que ce mot le fait entendre ) dans la partie extérieure. On en met un à chacune des dieux parties latérales de la formé y et deux petits dans lef bas , c'est-à-dire le long de la bordure dont on se rapproche le plus en imposant y et de chaque côté du châssis. Les biseaux des côtés de la forme s'appellent grands biseaux; les petits sont ceux qui aboutissent à la barre du châssis; Les coins sont de petits morceaux de bois , taillés en biseau j et qui , placés entre les biseaux et les bords du châssis y sont destinés à serrer la forme. Voici dans quelle direction et dans quel nombre on les «place. Ceux des grands biseaux sont au nombre de trois ^ et se chassent vers le haut de la forme ; ceux des petits biseaux sont au nombre de deux , et se chassent vers la barre, du châssis.
Lorsque la forme est fournie de ses garnitures et de ses bois , avant de placer ses coins , on délie les
pa^es en commençant par celles qui sont le plus prè» de la barre. Lorsque les coins sont placés et fixés seulement avec la main , on taque la forme. On la serre ensuite , en frappant les coins avec un marteau , puis , lorsqulls sont abattus , à Taide du décognoir. Cette opération terminée , on enlève la forme dç dessus le marbre, en la prenant par le bas, c'est-à-dire par le côté le plus rapproché de la personne qui impose.
Nous allons maintenant faire connaître les différents genres àUmposUions désignés par les noms des formats* auxquels i^s sont propres, en y joignant les remarques qui sont particulières à chacun d'eux. •