‹ Traité de la typographie (volume 5)Chapitre 34 sur 126 · JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION

On appelle jastificalion la longueur adoptée invariablement pour toutes les lignes d'un livre. La justificalion est généralement déterminée par le format ; en efiet , il est conforme aux règles de l'art que la forme de la page et la distribution des marges soient proportionnées à la dimension du papier ployé. Toutefois il y a des cas auxquels ce principe n'est pas applicable. Par ex^nple , lorsqu'on cherche à faire un volume avec une matière qui ne le comporterait pas si l'on suivait les proportions ordinaires à son format, ou quand on veut apporter une recherche particulière à l'impression d'un ouvrage, on se s^rt

de laijusli/ication du format immédiatement inférieur ; il en résulte que les pages, qui sont les mêmes que dans le plus petit de ces formats , sont en moindre nombre dans la feuille , et conséquemment que le nombre total de feuilles augmente dans le rapport du nombre de pages de Tun des formats à celui des pages de Tautre. Ainsi , pour faire un volume in-octavo avec de belles marges , on prend la justification d'un indouze. Il s'ensuit que les mêmes pages qui tiendraient au nombre de vingt - quatre dans une feuille se réduisent à seize , ce qui produit sur le nombre total de feuilles une différence d'un tiers , ou de moitié en sus. On prendrait de la même manière la justification in-octavo pour Tin-quarto , celle de l'in-dix-huit pour l'in-douze , etc.

Dans un cas contraire , c'est'à-dire dans celui où l'on voudrait serrer le plus possible , pour faire entrer dans un espace donné une matière trop abondante, il faut opérer en sens inverse, et recourir à la yiw/i- Jication du format immédiatement supérieur à celui qu'on a adopté ; mais ce cas se reproduit plus rarement que l'autre , et en outre il offre de plus grandes difficultés.

Outre ce double moyen que l'on a d'emprunter la justification d'un format inférieur ou supérieur , il existe ^our chacun plusieurs gr^deurs de lignes, parce que Ton prévoit le fréquent besoin de faire entrer dans un nombre donné de feuilles une quantité quelconque de copie , ou plusieurs autres circon-

COMPOSITION. lOÏ

stances qui exigent différentes modifications dans la jastijicalion d'un format.

On doit avoir soin toutefois , quand nulle raison n'oblige à faire différemment, de proportionner la jus" location au caractère , c'est-à-dire de choisir une longueur de lignes qui soit en rapport avec la force du caractère adopté. Par exemple un défaut grave, et qui se présente souvent , tant par manque de goût de la part des personnes qui président au travail des compositeurs et qui les dirigent dans leurs opérations , que par certaines convenances auxquelles on est forcé de céder , c'est l'alliance d'une -peûi^ justification avec un gros caractère. D'abord la vue en est choquée , et l'esprit s'explique facilement la cause de cette sensation désagréable.. Il en résulte en effet, tantôt des lignes trop serrées , tantôt d'autres au contraire trop lâches, ainsi qu'une multiplicité de divisions que rend inévitable la petite quantité d'espace à dim^inuer ou à augmenter.

Lorsque l'on commence l'impression d'un ouvrage de poésie dans lequel il doit se trouver de grands vers, on doit avoir soin de prendre une justification un peu grande , et qui admette facilement les longs vers qui se rencontrent plus ou moins fréquemment dans le cours de ces ouvrages. On peut même prendre cette précaution sans pour cela allonger la page. En effet, la plupart des lignes restant toujours incomplètes , on n'a pas à craindre le désagrément d'une page qui serait carrée et lourde dans sa forme. On ne recourt toutefois à cet

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expédient que pour obvier à rinconTenient de sortir de la justification , et de faire mordre la ligne sur la garniture , ce qui pourrait arriver à chaque page. On doit donc, avant de commencer un ouvrage de ce genre, lorsque le caractère est déterminé , composer une des lignes les plus longues qui s'y rencontrent ,. et fixer W justification d'après cette donnée.

Outre le cas mentionné ci-dessus , où Ton est forcé de sortir de la justification naturelle d'un ouvrage , il s'en présente quelquefois d'autres où soit le goût , soit la nécessité , obligent à employer cette ressource extrême. Par exemple , pour ce qui regarde le goût «n matière typographique , on a souvent à faire entrer dans un titre une ligne qui doit ressortir parmi les autres ; dans ce cas on peut agrandir des deux côtés , mais le moins possible , la justification reçue. Les diverses circonstances où cela se fait par nécessité sont celles où il faut renfermer dans une seule ligne une opération de mathématiques , placer dans le milieu d'un texte ou dans le corps d'un ouvrage des tableaux qui demandent plus d'extension , etc. On doit user avec le plus de réserve possible de cette licence , qui entraine le double inconvénient de faire modifier les garnitures et de prendre sur les marges ordinaires du papier ; on doit se rappeler toujours que l'invariabilité de la justification est un principe constant en typographie , et que des cas exceptionnels i loin de le détruire , ne font que le confirmer.

Les justifications sont généralement déterminées

par des interlignes , qui , étant fondues suivant une mesure donnée qui sert d'unité commune j sont ordinairement d'une seule pièce pour les formats jusqu'à rin-quarto y et quelquefois de deux pour les formats supérieurs.

On appelle justifier une ligne , la mettre de longueur avec les autres; cela se fait au moyen du composteur , qui sert de mesure pour toutes les lignes d'une justification.

On justifie une ligne de prose en jetant des espaces ou en diminuant celles qui y sont , de manière à tomber juste à un mot , ou à une bonne division de mot y et en ayant soin que cette répartition des espaces soit toujours régulière, La même difficulté n'eliste pas pour les lignes de poésie; il suffit de mettre primitivement des espaces égales; ensuite, comme la ligne est rarement pleine , à quelque point de la justification qu'elle se termine , on remplit l'excédant avec des espaces ou des cadrats, suivant le besoin.

On justifie une ligne 'perdue en plaçant au milieu de la justification les mots qu'elle contient , et en remplissant de cadrats les blancs latéraux.

Justifier le composteur , c'est le monter à uneyWfication reçue , quelle qu'elle soit.

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