CARACTÈRE
Les personnes qui ne connaissent pas le langage de la typographie y une partie même de celles qui sont initiées aux secrets de cet art , font le mot caractère synonyme du moi lettre^ Cette erreur, si toutefois l'on peut qualifier ainsi leur opinion , pose sur des bases assez naturelles , et serait facile à justifier. En effet le mot caractère, appliqué àrécriture, désignait originairement un signe quelconque ayant pour but de matérialiser une pensée , et de la rendre perceptible aux yeux, soit que ce signe représentât une lettre, un mot, ou même vme phrase. Mais ce terme, pris ici dans son acception didactique , veut dire , par extension , Tensemble de toutes les diverses sortes de lettres qui composent la casse, et conséquemment • qui sont fondues avec identité d'oeil et de corps. Les caractères.
étant faits pour être combinés ensemble , doivent tous avoir la même hauteur; c'est seul^nent par la force de corps et par une épaisseur proportionnelle qu'ils varient entre eux. La première de ces conditions , ainsi qu'on va le voir , est ce qui détermine la dénomination de chacun.
Les noms primitifs des caractères^ d'imprimerie étaient purement conventionnels. La plupart étaient empruntés du titre des ouvrages ou du nom des auteurs dont l'impression avait donné lieu au premier emploi de ces caractères; les autres venaient d'origines aujourd'hui inconnues. Ces dénominations, qui remontent en partie à la découverte de l'art, ont été, malgré leur barbarie , perpétuellement transmises par la force de l'usage , et se sont maintenues jusqu'à nos jours. Un habile typographe a senti la nécessité de substituer à ces appellations arbitraires une nomen'* clature expressive, régulière et durable. Il a imaginé d'affecter à leurs noms les mêmes proportions qui existent entre leurs formes matérielles; et pour cela il s'est servi d'une mesure commune , qu'il a appelée painl typographique, et qui est la sixième partie d'une ligne, \uK force de corps étant une condition particulière à chaque caractère, et de plus la seule dimension commune à toutes ses lettres, le nombre de points qui y était contenu a servi à désigner chacun d'eux. Ensuite, comme on a reconnu que l'œil n'était pas toujours dans un rapport exact avec le corps conformément aux proportions ordinaires des talus , on y a
ajouté dans ces cas-là les qualifications de gros^cdl ou de petit-œil.
Nous avons réuni dans le tableau suivant les espèces de caractères les plus connues.
Il indique ^ 1*" Taucienne nomenclature , 2"" le nombre de points contenu dans chacun , ce qui constitue f comme nous l'avons dit précédemment , les nouvelles dénominations. Seulement, comme autrefois les caractères n'avaient point de mesure commune ^ qu'ils étaient fondus sur des corps arbitraires , et que^ d'après le nouveau système , il a fallu les réduire eu général à un nombre entier*de points typographiques ^ il existe nécessairement encore de légères variations entre les forces de corps des anciens et celles des nouveaux qui leur correspondent.
Nous n'avons pas jugé à propos de présenter à la suite de ces indications des modèles des différents caractères énumérés dans le tableau , convaincu d'avance que notre tâche n'aurait pu être qu'imparfaitement remplie. Les fonderies ne s'étant point toutes assujetties à cette mesure identique , ni sous le rapport de l'œil , ni sous celui de la force de corps elle-même j il en résulte une diversité doublement marquée entre les caractères de même degré. Une telle considération nous a arrêté dans l'exécution de cette partie de notre travail , à laquelle nous désespérions de pouvoir donner une exactitude théorique.