CHAPITRE VI
DBS aSTENSllBS QVi SEg/SNT A LA COMPOSITION.
GOMPOSTEUB.
Le composteur est un instrument dans lequel on place les lettres pour en former des lignes. Comme la longueur de ces lignes , ou la justification, est ordinaire-^ ment déterminée par des interlignes qui sont fondues suivant un système de proportion y on se sert de ces interlignes pour justifier le composteur, opération qui sera plus facile à concevoir , quand on connaîtra le mécanisme et la structure de cet instrument.
La substance qui sert à sa fabrication est le fer ou le cuivre j mais plus ordinairement le premier de ces deux métaux » dont Toxide est moins malfaisant. Il est composé de deux pièces soudées perpendiculairement Tune à l'autre , et égales en longueur ; d'une troisième placée à Tune des extrémités des deux premières y formant angle droit avec chacune d'elles , et qu'on nomme le talon; d'une pièce mobile, appelée languette, parallèle à celle-ci; et d'une vis avec son écrou j servant à fixer la languette lorsqu'on justifie le composteur. L'une des deux premières pièces , celle sur laquelle porte le cran de la lettre, et qui est pa-
rallèle à sa hauteur et perpendiculaire à sa force de corps y est percée à de certaines distances de trous destinés à recevoir la vis suivant la marche de la languette. La hauteur de cette pièce est presque toujours la même , parce que celles des caractères , qui changent suivant les maisons , ne diffèrent que d'une demiligne au plus : elle est ordinairement de huit lignes. L'autre pièce , celle qui est perpendiculaire à la hauteur de la lettre , et conséquemment parallèle à sa force de corps , est plus ou moins haute suivant le goftt des compositeurs , et le nombre de lignes qu'ils veulent laisser à la fois dans leur composteur, La languette offre , à Tune de ses extrémités , une surface égale au talon , qui lui est parallèle ; elle est entaillée dans sa longueur, et forme uHe coulisse au milieu de laquelle passe la vis , après avoir traversé la pièce de dessous. La tète de la vis est en dehors du composa ttur; son autre bout est retenu par l'écrou au-dessus de la languette.
Toutes les parties du composteur doivent être parfaitement dressées , afin que les lettres y soient placées bien droit , ce qui est la base d'une bonne justification. On doit s'attacher en le justifiant à ne point prendre la mesure trop juste ni trop large , et à laisser seulement assez de jeu pour que l'interligne y entre et en sorte sans difficulté.
• Dans la composition des placards et autres ouvrages à grandes justification^ , on se sert de composteurs de bois , parce que ceux de fer nuiraient par leur poids
au travail de Vovivrier , qui est obligé de le tenir dans la main gauche. Toutefois ces composteurs sont revêtus dans l'intérieur de lames de métal , qui leur donnent de la solidité , . et qui ajoutent à la justesse de Tiustrument. - ...
On se sert aussi pour corriger sur le marbre de composteurs de cette espèce ^ mais qui ne sont autre chose que des morceaux de bois entaillés de manière à recevoir le^ lettres de la correction et celles qui sortait de la forme. Ils sont du même genre que ceux employés dans les apprêts des fonderies.
Le noiîi.de cet instrument est le signe distinctif du travail du compositeur. C'est ainsi que l'on dit quel- ■quefois temr le composlewr, ce qui signifie être employé
à la composition.
CHASSIS, RAMETTES.
Le châssis est un cadre dans lequel on impose les pages y lorsque:, étant réunies au nombre voulu par leur format, séparées par les garnitures et entourées de régléttôs et dei)is0attx , elles composent une forme. C'est lui qui , à l'aide des coins placés entre les biseaux et ses bandes , maiiitient tout cet assemblage , au point qu'il ne fait plus qu'un corps, et acquiert la mobilité nécessaire aux différentes fonctions de l'imprimerie* C'est un rectangle formé par quatre bandes de fer , pareilles dans leur largeur et dans leur épaisseur , et coupé par une cinquième bande de la même hauteur
que les autres , mais plus étroite , qui le sépare en deux, parties égales. Cette cinquième bande s'appelle la barre du choisis ; et les séparations qu'elle opère, les côtés du châssis^ On verra que la barre traverse le châssis , tantôt dans sa hauteur ( 1 ) , tantôt dans .sa largeur , suivant la nature du format auquel le châssis est destiné.
Il y a deux sortes principales de châssis, ceux vulgairement appelés in-quarto » et \e& châssis in-douze.
Les châssis in-quarto ont la barre perpendiculaire au sommet et à la base y et parallèle aux deux bandes latérales , dont elle est également distante. Ils servent pour l'imposition des in-folio , des in-quarto , des inoctavo , des in-seize , des in-vingt-quatre , des intrente-deux , des in-trente-six , etc.
Les châssis in-dôuze sont traversés par la barre dans le milieu de leur largeur ,* en sorte qu'elle est parallèle à son sommet et à sa base. Ils ne sont en usage que pour ce format.
Les premiers sont presque carrés : il n'y a guère plus d'un pouce de différence d'une dimension à l'autre ; le surplus est toujours porté dans la largeur.
Les seconds sont un peu plus allongés dans le sens de la barre , qui est également celui de la largeur ;
(i) Pour prévenir toute espèce de doute ou dVrreur sur les dimensions du châssis et la position de la barre y nous dirons qu'ion entend par hauteur la distance des deux bandes qui sont parallèles aux jumelles , lorsque le châssis est sous presse ; et par largeur, la distance des deux bandes latérales.
et , dans ce sens , ils ont environ un quart de plus que dans la hauteur.
11 y a une troisième espèce de châssis appelés hollandais, qui servaient autrefois à l'imposition de l'in-douze. Leur forme est la même que celle des châssis in-quarto ; ils ne diffèrent que par la position de la barre , qui , au lieu de le partager dans sa hauteur en deux côtés égaux , le coupe au tiers en partant de la gauche. Cette sorte n'est plus en usage maintenant que pour l'imposition des sixièmes de feuille dans les in-douze et dans les in-dix-huit.
La barre de ce châssis y ainsi que celle du châssis in-quarto, portent deux crénures, c'est-à-dire deux entailles profondes y évidées y de deux à trois pouces d'étendue chacune , pour recevoir les pointures. Dans les châssis in-douze les crénures sont inutiles , attendu que les pointures tombent sur les têtières du petit cahier.
Il y a encore une autre espèce de châssis , qu'on appelle ramelte, et qui diffère des autres en ce qu'elle n'a que le cadre et point de barre. Elle sert pour tous les ouvrages de format atlantique, quelles que soient d'ailleurs la dimension du papier et celle de la forme à imprimer. Elle est aussi d'un usage trèsfréquent dans cette partie importante et variée de la typographie connue sous la dénomination générique d'ouvrages de ville , comme pour les placards , tableaivc y cartes , etc. Les barres des châssis étant mobiles y et ne tenant qu'au moyen de mortaises en queue
d'aronde taillées dans les bandes , en enlevant leurs barres on en fait des rameltes.
Parmi les châssis in-quarto , U y en a de toutes les grandeurs , et en cela ils suivent ordinairement les formats des papiers. Ainsi il en existe sur les différentes proportions , depuis les ouvrages qui doivent se tirer sur des cartes, jusqu'à ceux qui peuvent Tétre sur grand-aigle.
Les châssis in-douze ne varient guère que du carré au grand-raisin , et il est rare d'en voir pour d'autres que pour ces deux formats.
Il y a des ramettes de toutes les formes et de toutes les proportions , parce que leur emploi est beaucoup plus vague et moins déterminé que celui des châssis , généralement destinés aux labeurs. On en voit de très -longues et très-étroites qui servent à tenir les tètes des registres ; d'autres à bandes très-^larges et très-épaisses y comme celles où l'on impose les placards ou autres objets lourds qui exigent une solidité et une résistance particulières ; d'autres au contraire ^ extrêmement restreintes dans leurs proportions , qui quelquefois n'excèdent pas: celles d'une page in-octavo. D'ailleurs , comme elles se placent dans tous les sens sur le marbre de la presse , et qu'elles s'approprient toutes les positions requises par la diversité des formes, on né doit pas leur appliquer l'explication donnée ici-dessus des diverses dimensions du châssis.
Voici les principales conditions qui constituait la perfection d'un châssis.
1® La largeur des bandes doit être proportionnée au format du châssis. Son épaisseur doit être de cinq lignes environ.
2^ La barre doit être moins large d'un quart environ que les bandes ^ et de la même épaisseur. Elle doit entrer avec force dans celles où elle est enclavée et y être adaptée solidement , pour que la forme ne coure pas le risque de se briser quand on Tenlève. Il faut aussi qu'elle soit bien exactement perpendiculaire à l'une et à l'autre. Ses crénures doivent être profondes et bien évidées , pour ne pas émousser l'ardillon de la pointure. Il est important qu'elle soit de la même force dans toute son étendue ^ pour que les pages ne chevauchent pas et que le registre ne puisse pas varier. Un motif semblable exige que les barres des châssis pour les mêmes formats soient toutes égales entre elles.
Z^ Les bords du châssis doivent être bien dressés afin qu'il soit d'à-plomb sur la presse y bien unis en dedans, et surtout bien d'équerre dans les angles. Leurs coins extérieurs doivent être légèrement arrondis et terminés par une pente insensible , pour qu'ils embrassent la forme des cornières et se maintiennent sur le marbre sans difficulté.
Les châssis semblables entre eux devraient avoir une marque particulière qui les fît reconnaître, et. au moyen de laquelle il fût possible de les assortir.