‹ Traité de la typographie (volume 5)Chapitre 8 sur 126 · CASSE · texte numérisé non relu

CASSE

La casse est une bol(e à compartiments servant à contenir les lettres employées dans la composition , et toutes appartenant à un même corps de caractère. Sa forme est carrée; sa dimension, déterminée ordinai* rement par la grosseur des caractères qu'elle doit recevoir , est de deux et demi à trois pieds. Elle est formée de deux parties égales, qu'on appelle casseau inférieur et casseau supérieur, ou bas-de-casse et hautde^casse. Elle est divisée en autant de compartiments qu'il y a de lettres , et généralement de signes usités dans l'imprimerie ; ils s'appellent cassetins^

La capacité des cassetius est en raison de l'emploi des lettres auxquelles ils sont destinés; et la même échelle de proportion établie pour la fonte des carac» tères sert également de guide pour la construction de la ca^se.

Cette division proportionnelle des cassetins n'est cependant que d'une justesse approximative , attendu que, pour donner à la casse un aspect jçégulier, on a

conservé aux cassetins la forme carrée ou rectangulaire. A cet effet, Ton a pris pour mesure commune la capacité du petit cassetin ; et , suivant le deg^é d'usage auquel se trouvaient classées les différentes lettres de Talphabet , on a multiplié par deux , par quatre y et par six Tunité fondamentale. Mais cette répartition , qui a paru la plus égale pour les ouvrages français , perd plus ou moins de son exactitude lorsque les idiomes changent; et telle lettre qui dominait dans une langue devient, dans une autre, d'un usage moins fréquent. Ainsi , par exemple , Ve dans le français y Va et le m dans le latin ^ Vi, Vo et Va dans l'italien , dans l'espagnol et dans le portugais, dans l'anglais le t, \eh et l'y se présentent plus souvent que les autres lettres. Cette variation se fait sentir jusque dans le même idiome , suivant la nature des ouvrages ; et la poésie française consomme plus (ïe que sa prose , eu égard à ce genre de style qui multiplie les voyelles , et au retour alternatif des vers féminins.

Le haut-de-casse se compose de quatre-vingt-dixhuit cassetins égaux ; savoir, quatorze sur la base et sept sur la hauteur. Les grandes capitales , ou majuscules , comméitcent au premier cassetin à gauche de la rangée supérieure , et continuent , par ordre alphabétique , jusqu'au septième inclusivement ; après lequel elles reprennent à la seconde rangée , et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'alphabet. Entre les septième et huitième cassetins de chaque rangée horizontale , la séparation est plus fortement indiquée par un mor-

ceau de bois plus épais qui règiiç sur toute la ligne verticale , et divise le casseau en deux parties égales. Cette séparation a pour but de marquer le commencement des petites capitales ^ et de les isoler des grandes auxquelles elles correspondent dans les cassetins de la seconde moitié. Le complément de Tmie et de Tautre partie contient les lettres accentuées et autres signes d'un usage peu fréquent et quelquefois nul dans certaines compositions.

Les signes employés dans les opérations algébriques, et dans les ouvrages de mathématiques en général y sont trop nombreux pour trouver place dans une casse ordinaire. Ils font Tobjet d'un casseau particulier, que Ton garde dans les réserves de Timprimerie. Lorsque Touvrage en composition impose la nécessité de s'en servir , on les place dans les cassetins les moins usuels y en séparant les deux sortes avec du papier , ou en coupant le cassetin en deux parties par une interligne posée diagonalement.

La construction du bas-de-casse diffère entièrement de celle du hant-de^casse , d'abord en ce que4es cassetins sont d'inégale grandeur , puis en ce que l'ordre alphabétique n'y est pas observé. La distribution des cassetins a été combinée, d'après les données de l'expérience , de telle sorte que la proximité ou l'éloignement de chacun fussent proportionnés à la nécessité d'y recourir plus ou moins fréquemment; que leur distance de la main qui doit s'y porter fi\t en rapport avec l'emploi plus ou moins répété des lettres qu'ils

contiennent. Ainsi le bas-de-casse , qui se troave plus à la portée de la main que le casseau supérieur , comprend toutes les minuscules ou lettres ordinaires ( auxquelles il a donné son nom ) y les chiffres y les espaces et les cadrats. Toutes ces sortes sont d^un usage incontestablement plus commun, puisque le texte de chaque ouvrage en est presque entièrement composé.

Le cassetin des e est sextuple ; ceux des lettres suivantes, a, c, d, iy m, n, o, r, s, t, u, des espaces et des cadrats sont quadruples ; il y en a de doubles , tels que ceux dont la nomenclature suit, savoir : b,/, g-, ^f ^>P> i> ^> é, points et virgules. Les cassetins des autres lettres , ainsi que ceux des dix chiiFres , sont simples.

Il y a en outre plusieurs cassetins de réserve , destinés à recevoir, quand le besoin l'exige , les signes particuliers aux différents idiomes.

Nous n'entreprendrons point de décrire ici la position respective de chaque cassetin : ce travail serait également fastidieux pour le lecteur et pour nous. Le modèle de casse placé ci-après rendra la chose intelligible à chacun , beaucoup mieux que ne le ferait l'explication la plus claire et la plus détaillée. Seulement , comme il est utile de donner une idée précise de la capacité relative des cassetins , nous avons jugé à propos déplacer ici l'exact relevé des quantités de lettres contenues dans chacun d'eux. On verra que la proportion est déterminée non par la dimension des cassetins, mais par l'épaisseur des lettres qu'ils contiennent ; et

que des cassetins égaux quant à l'espace diffèrent considérablement quant au contenu. Ce travail n'a été fait que pour le bas-de-casse , qui est la partie dont il est le plus difficile de connaître les proportions y à cause de sa construction irrégulière. Le haut-de-casse étant consacré à recevoir des sortes toutes plus ou moins rares, il est beaucoup moins essentiel de l'étudier à fond ; c'est ce qui nous a déterminé, à ne pas le comprendre dans nos évaluations.

Nous avons choisi pour cette opération le caractère Çicéro, dont la force dé corps tient le milieu entre celles des autres caractères.

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