DE LA DRESSE MECANIQUE
Lespresses mécaniques occupent aujourd’hui, dans le matériel de la typographie, une place fort importante, et, suivant le cours naturel des choses, elles marchent vers une extension de jour en jour plus considérable, vers un monopole absolu. Dans les grands établissements, elles ont presque complètement remplacé les presses manuelles , qui n’y figurent plus que pour des travaux accessoires. Quoi qu’il en soit, nous avons dû réserver à celles-ci mieux qu’une simple mention, c’est-à-dire une description détaillée , qu’elles méritent à plus d’un titre. Les presses manuelles forment encore le fond des moyens de tirage dans un grand nombre de maisons dont les opérations sont restreintes. La mise en train et tous les procédés qui s’y rattachent leur ont été empruntés par les presses mécaniques, et les conducteurs de ces dernières sont d’autant plus experts en typographie quand ils ont manié le rouleau, tiré le barreau et pratiqué sur le tympan. Enfin, quels que soient les avantages des mécaniques sous le rapport de la régularité des mouvements.
la presse manuelle conserve encore le privilège de certaines impressions hors ligne , telles que les billets de banque et autres papiers -valeurs, les menus ouvrages de ville, les couvertures de volumes, et tout ce qui est rangé dans la catégorie des bilboquets; elle le conservera jusqu’à ce que les machines aient suppléé l’homme, non-seulement pour les fonctions générales, mais, ce qui est plus problématique, pour ces résultats minutieux qui s’obtiennent par le calcul, par l’attention et par une surveillance incessante.
Le principal avantage des presses mécaniques, leur mérite incontestable, c’est la vitesse, c’est une production dont la rapidité et l’étendue n’étaient pas accessibles aux presses manuelles. Les procédés mécaniques appliqués au tirage ont donc reculé les limites de cette production dans une proportion (pi’on ne peut apprécier, surtout dans ses progrès à venir. Cette première conquête une fois accomplie, les mécaniques ont du tendre à perfectionner leurs produits; il ne leur suffisait pas, en effet, de résoudre la question de célérité ; il fallait de plus (lu’elles parvinssent à une supériorité d’exécution très -marquée. Le second pas a été fait par elles, et aujourd’hui il existe des presses mécaniques construites avec une précision extrême, dans un système très -simplifié, et qui, bien dirigées, donnent des impressions légères , pures , irréprochables , voisines, en un mot, de cette perfection qui, comme nous le disions tout à l’heure , n’appartient tout entière qu’à la main de l’homme. Non -seulement les tirages mécaniques présentent des textes très-
TIRAGE
finement venus, mais les gravures sur bois s’y reproduisent avec netteté et dans leurs moindres détails ; on peut meme dire que la puissance et la régularité des fonctions de la machine assurent à la couleur, une fois qu’elle a été réglée, cette vigueur et cette unité de ton que l’imprimeur ne maintiendrait à sa touche qu’à l’aide de soins persévérants et d’une constance d’efforts infatigable, en admettant que ses forces pussent y suffire.
Les presses mécaniques ne sont point construites d’après un système unique ; il existe , au contraire , une très-grande diversité, non-seulement dans la forme , le nombre et la position des pièces , dans la transmission des mouvements, dans la vitesse de la marche, dans les dimensions de formats qu’elles doivent tirer, mais même dans les données fondamentales du mode de pression. Ainsi telle machine imprime par les plans parallèles, telle autre par le cylindre horizontal, telle autre par le cylindre vertical , telle autre avec la lettre disposée circulairement, etc. etc. Elles sont simples, doubles, quadruples, avec ou sans réaction, etc.
Dans cette situation évidemment transitoire et nécessairement variable de la presse mécanique , situation dont le dernier mot sera peut-être longtemps à se dire (en supposant qu’il se dise jamais), où le système qui prévaudra et s’établira sur la ruine des autres n’a peut-être pas encore vu le jour, y aurait -il opportunité à en donner une description qui eût la prétention d’être définitive, ou seulement la chance d’être durable? Nous ne le pensons pas; ce serait, il nous semble, vouloir arrêter la pensée
au vol, enchaîner le progrès, poser la limite d’une œuvre incessamment inachevée. Nous nous bornerons donc à indiquer la structure de cette machine suivant la base la plus généralement admise ; à recommander les soins que réclame sa conduite, et à signaler les défauts qui se présentent habituellement, et qu’il importe de combattre et de corriger. Ces soins à prendre et ces défauts à corriger sont d’ailleurs communs à toutes les presses mécaniques, quelle qu’en soit la construction.
Le système le plus anciennement adopté et le plus communément appliqué, celui qui s’est constamment maintenu, sauf les modifications qu’il a reçues dans ses détails, c’est le cylindre opérant la pression sur le plan horizontal qui reçoit la forme. Telle fut la donnée des premiers inventeurs, qui se proposèrent pour but l’accélération du tirage et en même temps la suppression des fonctions manuelles les plus rudes, savoir : la distribution de l’encre, la touche et le coup de barreau.
Deux Saxons, Kœnig et Bauer, conçurent et exécutèrent une mécanique sur ce plan; elle fut construite et mise en œuvre à Londres, avec le concours d’un imprimeur anglais. Plus tard, en vue d’imprimer à la fois les deux côtés de la feuille , le mécanicien doubla sa presse, en établissant, à l’aide de cordons, une communication entre les deux cylindres. La pensée était fort ingénieuse; mais l’exécution demeurait imparfaite, et le registre était insuffisant. Le moyen de donner à la retiration toute la précision qu’on -obtient avec les pointures sur la
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presse manuelle , et même sur la mécanique simple , exigea de longues combinaisons. Après des essais répétés et longtemps infructueux, on arriva à adapter à la machine, dans l’intervalle des deux cylindres d’impression, deux tambours en bois dont le diamètre et la disposition étaient calculés pour que la feuille, après les avoir parcourus, toujours maintenue par les cordons qui s’y enroulaient, vînt se placer sur le cylindre de retiration avec la même justesse que si elle était guidée par les pointures. Un régulateur qui, en abaissant ou en remontant run des tambours, raccourcissait ou allongeait la course de la feuille, modifiait le registre, et l’amenait au point d’exactitude qu’on voulait trouver. Aujourd’hui le plus grand nombre des presses doubles suppriment les tambours intermédiaires , sans préjudice pour le registre, et les cylindres d’impression se trouvent en communication immédiate.
C’est d’après cette donnée, actuellement dominante et assez rationnelle pour prétendre à une certaine durée , que nous allons donner la description de la presse mécanique double et de la presse simple. Nous insisterons particulièrement sur tous les organes principaux, et nous relaterons séparément toutes les pièces et toutes les fonctions qui ont le plus d’importance dans les tirages à la mécanique , afin de présenter un résumé de ce genre de travaux et de la manière de les traiter aussi étendu et aussi complet que le permet le cadre de notre livre.