‹ Traité de la typographieChapitre 128 sur 199 · MOUVEMENT GENERAL · texte numérisé non relu

MOUVEMENT GENERAL

Les mouvements et les pièces principales étant décrits, nous allons les voir fonctionner dans leur ensemble.

Lorsque la courroie, amenée par le débrayage de la poulie folle sur la poulie fixe , met en mouvement la machine, la feuille qui est placée sur la marge par le margeur est entraînée par les pinces du cylindre du côté de deux; au même instant le marbre du même côté est amené sous le cylindre, et la feuille s’imprime d’un côté. Elle est transmise aus-

1 Toutes les machines doubles devraient être munies de six tringles pour les cordons inférieurs : quatre au milieu , et une de chaque côté des cylindres. Gela permettrait de placer des cordons au côté de deux aussi bien qu’au côté de première.

3'i6 PARTIE II, CHAPITRE IV

sitôt dans les pinces du côté de première, qui s’ouvrent, puis se ferment en l’entraînant. Elle se trouve alors retournée , et passe en pression sur la forme du côté de première , qui a été amenée à ce point pendant l’évolution du premier cylindre. La transmission de la feuille du cylindre du côté de deux sur le cylindre du côté de première, se fait au point de jonction des deux cylindres, au moment où la came s’est rapprochée en présentant ses excentriques aux pinces de chaque cylindre, qui s’ouvrent et se ferment précipitamment. Celles du côté de deux lâchent la feuille, et celles du côté de première la prennent et l’entraînent. C’est alors qu’a lieu le soulèvement des cylindres, qui se produit alternativement chaque fois que la forme du côté de deux passe sous le cylindre du côté de première, et viœ versa. Sans ce mouvement, qui doit élever le cylindre à six ou sept millimètres de son niveau habituel, la forme serait rabotée au retour par le cylindre qui tourne dans le sens opposé. Ce mouvement se produit comme nous l’avons déjà indiqué plus haut : un excentrique fait mouvoir deux fortes tiges se rapportant à deux balanciers appelés, à cause de leur forme, chapeaux de gendarmes , et placés au centre des deux cylindres. Le centre de ces pièces repose sur des ressorts à boudins assez forts pour les brider et appuyer le cylindre. Ce mouvement est maintenu et dirigé par des tiges en cuivre appelées genouillères, et placées dans une rainure du bâti, précisément sous l’axe de chaque cylindre.

Il existe différents systèmes de cames et de soulè-

TIRAGE

vements; nous nous sommes borné à décrire ceux que les constructeurs adoptent le plus souvent pour leurs machines doubles.

Les cylindres des encriers tournent au moyen d’engrenages reliés sur la roue par une tige en fer qui prend sa force sur les roues de l’arbre de soulèvement. A l’une des extrémités des cylindres des encriers est fixé un excentrique sur lequel roule un galet. 11 fait mouvoir une tige où est fixé le rouleau appelé preneur. Chaque fois que la table arrive, le preneur dépose fencre dont il s’est imprégné dans son contact avec le cylindre de l’encrier ; les distributeurs prennent cette encre, l’étendent, réchauffent et fégalisent en une couche légère dont les toucheurs s’enveloppent en tournant sur la table. Ils déposent ensuite cette couche sur les formes, que le mouvement du marbre fait aller et venir alternativement.

Le premier distributeur est également muni d’un galet à chaque extrémité, pour l’empêcher de porter sur une partie des formes. Tous les rouleaux tournent sous l’impulsion de la table sur laquelle ils fonctionnent. Les uns et les autres sont retenus latéralement, tout en conservant la liberté de leur action rotative , dans des pièces entaillées verticalement, placées de chaque côté du bâti, et auxquelles leur forme a fait donner le nom de peignes h

1 Les constructeurs de machines ont généralement le tort de ne pas faire les entailles des peignes assez profondes, ce qui occasionne des accidents très -graves. Ainsi, quand les rouleaux sont mous et qu’ils adhèrent les uns aux autres en roulant, ils sortent des peignes s’ils n’y sont pas entrés assez profondément. Ils devraient aussi être couverts et plus épais de fonte, à cause de la fatigue qu’ils supportent.

Les toucheurs sont au nombre de trois ou quatre , et placés à la suite les uns des autres aussi près que possible du cylindre; ils sont garnis de galets qui roulent sur des chemins en bois ou en fer recouverts de cuirL Les distributeurs doivent être placés aussi obliquement que possible et dans des directions différentes, pour que la touche soit croisée.

Nous reviendrons à la touche et à la distribution, ' qui sont Pâme du tirage.

ORGANISATION ET ÉTOFFAGE

Après avoir décrit la machine dans ses parties et dans son ensemble, nous allons la prendre sortant des mains du mécanicien pour rhabiller et la munir de tous ses accessoires, en indiquant les soins que doit prendre un conducteur dans ces diverses fonctions.

Il y a bien des modes d’habillage, et les avis des praticiens sont très -partagés sur ce point. Cependant de toutes les divergences et de tous les tâtonnements est sortie une théorie qui peut servir de règle , et qui est appliquée aujourd’hui dans la plupart des imprimeries. Pour la généralité des travaux , on met sur le fer du cylindre un mérinos de force moyenne ; on le recouvre avec une toile serrée de tissu, et assez forte pour résister à la fatigue. C’est sur cette toile qu’on applique une feuille de papier collé qui reçoit la mise en train; à son tour

1 Ces chemins doivent être à la hauteur de la lettre, afin d’empêcher les rouleaux de plonger dans les blancs, ce qui ferait graisser les têtes et les queues de pages.

TIRAGE

elle est recouverte par un mérinos fin ou un calicotf Nous expliquerons les différents modes d’habillage, qui doivent varier selon le genre des travaux à exécuter.

Les deux premières étoffes, c’est-à-dire le mérinos et la toile de fond, doivent être cousues ensemble, très-solidement, sur une tringle en fer qui est disposée à cet effet; la tringle est ensuite fixée dans la gorge du cylindre par des crochets. La toile fait le tour du cylindre ; elle en couvre la surface entière. Une tringle ronde, munie d’ardillons, et fixée dans la gorge parallèlement aux pinces, se prend et s’enroule dans la toile; on serre cette tringle avec une clef à béquille, et lorsque la toile est fortement tendue , on arrête le mouvement au moyen d’un cliquet disposé à cet effet. Il faut avoir soin de tendre sur le fer le mérinos, qui ne doit pas dépasser la partie saillante du cylindre, celle où se produit la pression.

Lorsque la toile est bien tendue , on applique dessus la feuille mouillée et enduite de colle ; on recouvre cette feuille d’un mérinos cousu à une tringle s’adaptant par-dessus la première qui soutient la toile et le mérinos de fond; on fixe l’extrémité du dernier mérinos avec des épingles placées de distance en distance, et autant que possible vis-à-vis des blancs des formes. Lorsque les deux cylindres sont habillés de cette façon , le conducteur doit s’occuper des sangles, et vérifier si les bords des cylindres portent sur les bandes du support du

1 L’élofîage complet doit être au niveau des cercles des cylindres.

marbre. Pour cela il faut mettre des formes provisoirement sous presse, et, après avoir réglé le foulage des deux côtés, on interpose des bandes de papier entre le cylindre et les supports. Si, après qu’on a eu fait un tour à la main, les bandes de papier qui ont passé en pression ne présentent pas l’empreinte bien marquée de la sangle , cela prouve que les bandes de support des marbres sont trop basses ; il faut alors les relever au moyen de lames de fer que le mécanicien met dessous. Si, au contraire, elles sont trop hautes, ce qui arrive rarement, surtout avec l’étoffage que nous avons indiqué , il faut les baisser; dans tous les cas il faut que les cylindres restent continuellement soutenus sur leurs bandes, tout en tournant avec facilité dans leurs coussinets. Lorsque les supports sont réglés et le foulage régularisé, il importe de vérifier si les genouillères fonctionnent bien, s’il n’y a pas de jeu dans les rotules, et si le soulèvement se fait sans difficultés et sans sauts. Si les genouillères abandonnaient leurs rotules , cela montrerait que les pièces seraient mal combinées, ou que les ressorts de soulèvement ne seraient pas assez tendus; il faudrait alors les serrer, en exécutant avec ménagement cette opération délicate.

Page 1