‹ Traité de la typographieChapitre 13 sur 199 · CASSE · texte numérisé non relu

CASSE

La casse est une boîte à compartiments, plate et découverte, servant à contenir les lettres employées dans la composition, et toutes appartenant à un même caractère. Sa forme est carrée; sa dimension , déterminée ordinairement par la grosseur des caractères qu’elle doit recevoir, est en moyenne d’un mètre. Elle est formée de deux parties égales, qu’on appelle casseau inférieur et casseau supérieur, ou bas de casse et haut de casse. Le bord inférieur du bas de casse est garni d’une mentonnière qui retient le haut de casse quand celui-ci est placé sur l’autre. La casse est divisée en autant de compartiments qu’il y a de sortes de lettres et généralement de signes usités dans l’imprimerie; ils s’appellent cassetins.

La capacité des cassetins est en raison de l’emploi des lettres auxquelles ils sont destinés; et l’échelle de proportion établie pour la fonte des caractères

COMPOSITION

a également servi de guide pour la distribution de la casse.

Cette division proportionnelle des cassetins n’est cependant que d’une justesse approximative, attendu que, pour donner à la casse un aspect régulier, on a conservé aux cassetins la forme carrée ou rectangulaire. A cet effet, l’on a pris pour mesure commune la capacité du petit cassetin; et, suivant le degré auquel se trouvaient classées les différentes lettres de l’alphabet, on a multiplié par deux, -par quatre ou par six l’unité fondamentale. Mais cette répartition, qui a paru la plus égale pour les ouvrages français, perd plus ou moins de son exactitude par le changement d’idiome ; et telle lettre qui dominait dans une langue devient dans une autre d’un usage moins fréquent. Ainsi, par exemple, l’e dans le français, l’u et le m dans le latin, l’i, l’o et l’a dans l’italien, l’espagnol et le portugais, dans l’anglais le t, le h et l’y se présentent plus souvent que dans les autres langues. Cette variation se fait sentir jusque dans le même idiome, suivant la nature des ouvrages; et la poésie française consomme plus d’e que sa prose, en raison de ce genre de style qui recherche les voyelles, et à cause du retour alternatif des vers féminins.

Le haut de casse se compose de quatre-vingt-dixhuit cassetins égaux; savoir, quatorze sur la base et sept sur la hauteur. Les grandes capitales commencent au premier cassetin à gauche de la rangée supérieure, et continuent, par ordre alphabétique, jusqu’au septième inclusivement dans la ligne horizontale, après lequel elles reprennent à la seconde

rangée, et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’alphabet. Entre les septième et huitième eassetins de ehaque rangée horizontale, la séparation est plus fortement indiquée par un montant de bois plus épais qui règne sur toute la ligne perpendiculaire, et divise le casseau en deux parties égales. Cette séparation a pour but de marquer le commencement des petites capitales, et de les isoler des grandes, auxquelles elles correspondent dans les eassetins de la seconde moitié. Le complément de l’ime et de l’autre partie contient les lettres accentuées, et autres signes d’un usage peu fréquent, et quelquefois nul dans certaines compositions.

Les signes employés dans les opérations algébriques, et dans les ouvrages de mathématiques en général , sont trop nombreux pour trouver place dans une casse ordinaire. Ils font l’objet d’un casseau particulier, qu’on garde dans les réserves de l’imprimerie. Lorsqu’un ouvrage mis en composition les rend nécessaires, on les place dans les eassetins les moins usuels, en séparant les deux sortes avec du papier, ou en divisant le cassetin en deux parties par une interligne . posée diagonalement.

La construction du bas de casse diffère entièrement de celle du haut de casse, d’abord en ce que les eassetins y sont d’inégale grandeur, puis en ce que l’ordre alphabétique n’y est pas observé. La distribution des eassetins y a été combinée , d’après les données pratiques, de telle sorte que la proximité ou l’éloignement de chacun fussent proportionnés aux chances d’y recourir plus ou moins

COMPOSITION

fréquenimenl; que leur distance de la main (|ui doit s’y porter ffit en rapport avec l’emploi plus ou moins répété des lettres qu’ils contiennent. Ainsi le bas de casse, ({ui se trouve plus à la portée de la main que le casseau supérieur, comprend toutes les lettres ordinaires (auxquelles il a donné son nom), les cliilTres, les espaces et les cadrats.

Le cassetiii des e est sextuple; ceux des lettres suivantes, a, c, d, i, m, n, o, r, s, t, u, des espaces et des cadrats, sont quadruples; il y en a de doubles, savoir : b, f, g, h, 1, p, q, v, x, é, points et virgules. Les cassetins des autres lettres, ainsi que ceux des dix chilïres, sont simples.

Il y a en réserve un cassetin double, destiné à recevoir, quand le besoin l’exige, quelque signe particulier ou des lettres à refondre.

Nous n’entreprendrons point de décrire ici la position respective de chaque cassetin; le modèle de casse placé ci- après rendra la chose plus intelligible. Seulement, comme il est utile de donner une idée précise de la capacité relative des cassetins, nous avons jugé à propos de présenter le relevé des quantités de lettres contenues dans chacun d’eux. On verra que la proportion est déterminée non parla dimension des cassetins, mais par l’épaisseur des lettres qu’ils renferment; et que des cassetins égaux quant à l’espace peuvent dilTérer considérablement quant au contenu. Ce travail n’a été fait que pour le bas de casse, dont les proportions seraient plus difficiles à apprécier en raison de sa construction irrésfulière. Le haut de casse, consacré à des sortes toutes plus ou moins rares, est moins essentiel à

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