DES SOINS A PRENDRE EN IMPOSANT
Avant de commencer une imposition nouvelle, et alki d’établir les garnitures de telle sorte qu’il n’y ait plus rien ou au moins qu’il reste peu de chose à
COM POSITION
y changer, il laut se pourvoir d’une feuille du papier destiné au tirage de l’ouvrage qu’on impose. Les dimensions des papiers sont tellement variables dans le môme format, que la connaissance de cette dernière condition ne doit pas dispenser d’une précaution tout à fait convenable. Il est meme nécessaire de s’assurer si , dans les rames du papier qu’on doit employer, il n’existe pas un certain nombre de feuilles plus petites que d’autres ; ce serait sur celles-là qu’il faudrait se régler, quoiqu’à regret, en abandonnant à l’ébarbage l’excédant que laissent les feuilles plus grandes.
Lorsque les pages ont été placées sur le marbre suivant la disposition requise par leur format, on doit vérifier ce placement, afin de remédier surle-champ aux transpositions ou aux autres erreurs, ({lie l’imposition effectuée rendrait plus difficiles à réparer.
Si c’est une feuille qu’on impose, les deux châssis servant à ses deux formes doivent être assortis quant aux dimensions, et notamment quant à l’épaisseur delà barre. S’il existait entre eux quelque différence sur ce dernier point, il faudrait la faire disparaître au moyen d’interlignes également distribuées aux deux côtés de la plus faible des deux barres; la justesse du registre, au tirage, dépend en grande partie de cette conformité.
Les porte -pages doivent être retirés, pour plus de facilité, avant que le châssis soit couché sur le marbre. On ne délie les pages que lorsque la totalité des garnitures est placée, et entourée des biseaux. Sans une pareille précaution, il arriverait que, les
pages n’étant pas maintenues également de toutes parts, des lettres s’en détacheraient, ce qui ralentirait le travail de l’imposition. Après que les ficelles qui lient les pages ont été toutes enlevées, il faut, pour ramener les garnitures et les pages vers la tête et la barre du châssis , pousser en même temps les deux biseaux de chacun de ses côtés. Cette opération étant faite avec soin, on choisit les coins, on les place légèrement, et l’on serre alternativement chacun des quatre côtés de la forme où sont placés les biseaux, en employant d’abord peu de force pour chasser les coins, et en ne recourant que plus tard au décognoir.
L’imposition des ouvrages de ville n’est assujettie à aucune règle. La grande variété de ces travaux exige des châssis et des ramettes de toutes dimensions. Les garnitures ne servent en pareil cas qu’à remplir le châssis et à maintenir la composition.
DE l’épreuve
Vépreuve est le premier tirage que subit une forme après son imposition. Cette opération se renouvelle à différentes reprises avant l’impression définitive , suivant que les changements apportés successivement par les auteurs aux feuilles qu’on leur présente sont plus importants et plus réitérés.
La première éjyreuve d’une feuille est lue à l’imprimerie par un correcteur , qui la collationne avec la copie pour voir si le compositeur s’y est exactement conformé. Cette opération faite, V épreuve est
C0MiȟsrnOi\
rendue au ineiteur en pages, ({ui fait exécuter par les compositeurs toutes les corrections indiquées , puis en fait tirer une deuxième épreuve. Si rouvrage auquel la feuille appartient n’est qu’une réimpression pure et simple, et s’il n’y doit être apporté aucun changement, on se contente souvent de faire relire cette seconde à l’imprimerie, et le tirage délinitif s’opère après cette dernière lecture. Quant aux ouvrages d’auteurs vivants, qui sont susceptibles de subir, entre la composition et l’impression , des modifications plus ou moins considérables, plus ou moins multipliées, il est nécessaire de faire pour chaque feuille autant à' épreuves successives qu’il se présente de nouvelles séries de corrections à exécuter, et jusqu’à ce que l’auteur, l’éditeur, ou toute autre personne ayant mission à cet eflet, autorise le tirage.
Dans tous les cas, et quelle ({ue soit la quantité à'épy^euves qui se tire sur une même feuille , l’imprimeur n’est tenu qu’à deux lectures. L’une a toujours lieu pour la première de toutes les épreuves, qu’on appelle première typographique ; l’autre, pour la dernière, qui est le bon à tirer.
Il existe encore une autre espèce déépreuve postérieure à celles ci-dessus mentionnées. Elle s’appelle tierce. La tierce est le premier exemplaire tiré au moment de l’impression et dès que la forme est sous presse. Elle sert à vérifier les dernières corrections faites au bon et tirer, et à s’assurer s’il ne s’est pas commis de nouvelles fautes, ou s’il n’est pas tombé (quelques lettres pendant le transport ou le lavage de la forme. Quelquefois la tierce ne se relit pas
entièrement, et l’on ne fait qu’y jeter un coup d’œil rapide; cependant, comme il est prouvé par l’expérience qu’on ne saurait revoir trop souvent les épreums d’un livre pour le purger des fautes qui peuvent encore y rester, on ne doit pas considérer comme une opération inutile la lecture des tierces. La correction d’un livre étant la plus réelle et la plus solide des qualités qu’il puisse présenter, il ne faut négliger aucun soin, aucun sacrifice, pour lui assurer ce genre dô mérite.
Lorsqu’une tierce se trouve chargée de corrections, soit nouvelles, soit reportées du bon à tirer, la prudence exige qu’avant le tirage il soit donné une autre tierce, qui s’appelle révision ou vérification.
Le tirage des épreuves est assez important dans ses résultats pour qu’on y apporte plus de soin qu’on ne le fait généralement. La facilité de leur lecture dépend de cette condition ; et comme beaucoup d’autres causes exposent le travail du correcteur au risque d’être plus ou moins négligé, on ne saurait lui refuser ce moyen de perfectionnement. Il est bon que le tirage soit fait par un ouvrier soigneux et expérimenté, sur une presse affectée à cet usage. La conservation des formes dépend beaucoup des précautions qu’on y apporte.
DK LA CORRECTION
L’opération qui succède à l’imposition et au tirage en épreuve est la lecture de la feuille ; mais, comme elle sort des attributions du compositeur, nous en
COMPOSITION
parlerons dans un chapitre spécial de ce Traité. Nous nous contenterons ici, pour faire connaître au lecteur la progression complète et la liaison de ces différents travaux , de dire cpic l’épreuve de la feuille, ayant été tirée et lue, revient dans les mains du compositeur, qui s’occupe sur-le-champ de sa co)‘rection. Voici de quelle manière il s’y prend.
11 place sur le marbre la forme ou les deux formes à corriger ; il les desserre , en relâchant les coins de manière que les lettres puissent être enlevées facilement. Il examine si les corrections sont intelligibles, c’est-à-dire si elles sont clairement indiquées, si le sens que le correcteur a eu l’intention d’y donner ne présente aucun doute. Il lève ensuite dans un long composteur en bois toutes les lettres nécessaires à l’exécution de ses corrections.
La ligne dans laquelle doivent être faites une ou plusieurs corrections est élevée au moyen de la pince, qui presse l’une de ses extrémités, et de la main gauche, qui dirige l’autre. Cette ligne se trouvant plus haute que le reste de la page, on a toute la facilité nécessaire pour ajouter, changer ou retrancher des lettres; cela se fait, soit en diminuant ou en augmentant les espaces, soit en rejetant des mots de ligne en ligne, ce qui peut nécessiter un remaniement pour tout le reste de l’alinéa. Si la correction ne porte que sur un mot de la ligne , on peut n’élever que ce mot, en plaçant d’un côté la pince et de l’autre le doigt dans le blanc laissé par l’espace. Il faut éviter avec grand soin que les deux branches de la pince, glissant sur le talus de la lettre, aillent se rejoindre sur l’œil, qu’elles endom-
mageraient ; car alors la lettre serait perdue , et devrait être jetée à la fonte ^
Les formes étant corrigées, le compositeur serre légèrement les coins avant de taquer; puis il les enfonce davantage à l’aide du décognoir et du marteau. Si la feuille demande une nouvelle épreuve, il la porte à la presse destinée à cet usage; sinon, il livre les formes à la presse qui doit les tirer.
Quant aux soins que la correction exige de la part de l’ouvrier, ils consistent à n’employer pour cette opération que des lettres examinées et reconnues bonnes; à veiller à ce que les lettres enlevées soient conservées intactes et remises en casse ; à faire en sorte que la justification ne souffre en rien des remaniements que les corrections ont pu occasionner, et que les lignes, en pareil cas, soient repassées au composteur; enfin à vérifier sur le plomb , en les conférant avec l’épreuve , les corrections qui y sont indiquées.
On donne le nom de corrigeur au compositeur chargé d’exécuter les corrections extraordinaires, autres que celles auxquelles il est tenu.