‹ Traité de la typographieChapitre 6 sur 199 · CARACTÈRE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE

Les personnes qui ne connaissent pas le langage de la 'typographie supposent le moi caractère synonyme du mot lettre. Cette erreur est facile à comprendre. En effet, le mot caractère, appliqué à récriture, désignait originairement un signe quelconque ayant pour but de matérialiser la pensée et de la rendre perceptible aux yeux, soit qu’un tel signe représentât une lettre, un mot, ou même une phrase. Mais ce terme, pris ici dans son acception spéciale, veut dire, par extension, l’ensemble de toutes les diverses sortes de lettres qui composent une casse, et conséquemment qui sont fondues avec

identité d’œil et de corps. Les caractères, étant faits pour être combinés ensemble, doivent tous avoir la même hauteur; c’est seulement par la force de corps et par une épaisseur proportionnelle qu’ils varient entre eux. La première de ces conditions, ainsi qu’on va le voir, est ce qui détermine leurs diverses dénominations.

Les noms primitifs des caractères d’imprimerie étaient purement conventionnels. La plupart étaient empruntés au titre des ouvrages ou au nom des auteurs dont l’impression avait donné lieu au premier emploi de ces caractères^ ; les autres venaient d’origines aujourd’hui inconnues. Ces dénominations, qui remontent en partie à la découverte de l’art, se sont transmises par la force de l’usage, et ont été maintenues jusqu’à nos jours. Un habile typographe a senti la nécessité de substituer à ces appellations dues au hasard une nomenclature expressive, régulière et durable. Il a imaginé de déterminer leurs noms d’après les rapports qui existent matériellement entre eux; et pour cela il s’est servi d’une mesure commune, qu’il a appelée point typographique , et qui est la sixième partie de la ligne de l’ancien pied de roiL La force de corps

1 La dénomination de Saint-Augustin remonte à une édition de la Cité de Dieu imprimée, en 1468, au couvent de Subiaco en Italie. Celle de Cicéro vient de l’édition des œuvres du grand orateur romain qui sortit des mêmes presses.

2 Avant la nomenclature Didot, Fournier le jeune avait imaginé de diviser le Cicéro en douze parties ou points. Plus tard, François- Ambroise Didot voulut mettre le point typographique en rapport avec la mesure légale de son temps; pour cela il divisa la ligne du pied de roi en six points typographiques ( chacun de deux points de la ligne). D’après ce nouveau système, le Cicéro ou Onze Didot équi-

COM POSITION

étant une condition particulière à chaque caractère, en même temps qu’une dimension commune à toutes ses lettres, le nombre de points qui est contenu dans la force de corps a servi à désigner le caractère, Ensuite, comme on a reconnu que l’œil n’était pas toujours dans un rapport exact avec le corps, en prenant pour règle les proportions ordinairement afl’ectées aux talus supérieur et inférieur de la lettre, on a ajouté pour ces cas anormaux les qualifications de gros- œil et de pet it -œil.

Afin d’éviter la confusion entre plusieurs caractères de même force, mais d’œils différents, on doit se concerter avec le fondeur, qui a soin de les rendre distincts par le nombre et le placement des crans.

Nous avons réuni dans le tableau ci-après (p. 48) les espèces de caractères les plus connues.

Il indique : l*" l’ancienne nomenclature ; 2° le nombre de points contenus dans chaque caractère, ce qui constitue, comme nous l’avons dit précédemment, les nouvelles dénominations. Seulement, comme autrefois les caractères n’avaient point de mesure commune, qu’ils étaient fondus sur des corps arbitraires, et que, d’après le nouveau système, on a cherché à les réduire autant que possible à un nombre entier de points typographiques, il existe nécessairement encore de légères variations entre les forces de corps des anciens et celles des nouveaux qui leur correspondent.

vaut à peu près au Douze de Fournier. Du reste, ils ne sont ni Tun ni l’autre en rapport exact avec le système métrique, qui nous régit aujourd’hui.

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