‹ Traité de la vaccine et de la vaccination humaine et animale [electronic resource]Chapitre 21 sur 23 · L.V VAOCIXK NE PRUT PAS CHANGI'Il I.A CONSTITUTION. 3o · texte numérisé non relu

L.V VAOCIXK NE PRUT PAS CHANGI'Il I.A CONSTITUTION. 3o

Quant aux affirmations relatives à des éruptions eczémateuses qui ont été parfois observées à. la suite de la vaccination, nous pouvons admettre que, chez des sujets à peau excessivement irritable, l'éraillure ait été suivie d'une poussée cutanée. Mais le moindre traumatisme, une piqûre, une irritation banale peuvent avoir le même résultat. Qu'on voie plutôt ce qui se passe après le percement des oreilles. Nous rangeons sous le même chef les quelques rares accidents érysipélateux ou phlegmoneux que renseignent les registres des vaccinateurs. La propreté des instruments, la fraîcheur du vaccin, sa pureté absolue et l'absence de toute substance en voie de décomposition, quelques précautions banales avant et après la vaccination, un pansement simple mais approprié dès qu'un peu d'irritation s'annonce, réduisent ces accidents à des proportions infiniment petites, si elles ne les font pas disparaître totalement.

Voilà le bilan des accusations portées contre la vaccine. Nous les avons examinées sans partialité aucune, et nous avons vu ce que valent ces clameurs livrées au vent des préventions publiques, et que celles-ci n'eussfnt pas demandé mieux que d'abandonner, si on les eût éclairées au lieu de les encourager.

Ce vieux procès perdu est porté de nouveau aujourd'hui devant le tribunal de l'opinion publique, par des auteurs qui se sont rangés avec une conviction chaude, sinon bouillante, parmi les

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adversaires de Ja vaccine. Quand des liommes instruits et au jugement tranquille viennent solennellement, devant des corps savants, faire pareil procès, on ne saurait douter, sans leur faire injure, que leurs convictions ne soient sincères et qu'elles n'aient été imposées à leur esprit par un examen sérieux du sujet, par des faits d'observation attentive, par une étude approfondie de la question sous toutes ses faces, tant au point de vue scientifique que d'après l'examen scrupuleux de la statistique. Nous ne pouvions donc nous dispenser de soumettre à une critique consciencieuse les arguments qui ont été si souvent présentés, et c'est ce que nous avons fait. Notre déception a été complète.

Nous avions cru que l'attention de ceux qui s'en sont fait les interprètes s'était depuis de longues années fixée sur ce sujet; qu'ils avaient cherché dans leur propre clientèle ou dans ceile de leurs collègues et de leurs amis des éléments de conviction. Nous devions nous attendre à voir citer bon nombre d'enfants vaccinés par eux dans des conditions bien connues et dont ils pussent se porter garant, et d'autre part,, la proportion de variole et de mortalité variolique observée chez eux dans la suite des temps ; d'autre part encore, la relation nette et précise des différents cas où la vaccination avait amené la scrofule, la tuberculose, le rachitisme, chez des enfants de souche valide. Rien, rien, rien de tout cela. Ces déclamateurs ii'ont pas de registres, ou, s'ils en ont, c'est qu'ils

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ne confirment pas lenrs thèses, puisqu'ils ne les montrent pas ; ils n'ont pas observé, ou leurs observations n'ont pas marché aussi vite que leurs convictions, puisqu'ils les gardent devers eux. Ils préfèrent — c'est plus expéditif — nous dire en bloc qu'ils ont vu des milliers de cas confirmant leur manière de voir

80. Kous voudrions nous en tenir là. Comment cependant laisser passer, sans la contredire, cette affirmation, si hautement exprimée, que le vaccin ne serait pas autre chose qu'une substance en voie de fermentation ou de 'putréfaction , gratuitement introduite dans l'économie, au prix des plus grands dangers. C'est le cheval de bataille des anti-vaccinateurs.

Arrêtons-nous-y donc quelques instants.

Si le terme « fermentation » n'est pas jusqu'ici rigoureusement déterminé;si, à la rigueur, on peut l'ai^socier encore à l'action de microbes morbigènes, sans blesser, d'une manière absolue, la terminologie scientifique, il n'en est plus de même de celui de « pidréfaction. r> Celui-ci désigne des processus spéciaux déterminés par la présence et l'action d'un organisme spécial, le« Bacterium termon, processus qui consistent dans les dédoublements les plus divers des matières organiques, et spécialement de l'albumine, des réductions et oxydations énergiques, sous l'influence de gaz naissant de l'ozonisat.ion de l'oxygène, etc., altérations mo-

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lécLilaires ot atomiques aboutissant à ces prod iits terminaux qui caractérisent la putréfaction p)ur le vulgaire, c'est-à-dire la naissance et le dégagement de l'ammoniaque, d'acides gras volatiles et de divers autres produits fétides et inodores. Si l'on veut entendre autre chose par le terme « putréfaction qu'on veuille bien le dire; mais pourquoi cet abus, et comment s'entendre si l'on appelle noir ce que tout le monde appelle blanc? Si, au contraire, on prétend que la vaccine n'est qu'une putréfaction, nous ne pouvons qu'attendre la démonstration de cette métamorphose.

?-'ous connaissons des conditions dans lesquelles le germe de la putréfaction peut se mêler au germe vaccinal : ce sont celles qui amènent la putréfaction de toute autre substance : elle se produit quand le « Bacterium termo » ou ses spores s'abattent sur une substance putrescible et y trouvent la chaleur, l'humidité et les autres conditions nécessaires. Rien ne s'oppose à ce que le vaccin, chargé d'albuminoïdes, ne subisse la putréfaction dans ces mêmes circonstances ; si nous l'inoculons dans cet état, nous pratiquons une inoculation double : vaccinale et septique.

Mais jamais cette putréfaction ne pourra naître spontanément dans le vaccin pur élaboré dans la pustule; le bacterium ne pénètre pas à travers l'épidermc. Tout au plus pourrait-il y pénétrer par les voies du sang, dans le cas où le vaccinifère s-crait sous puissance d'infection septique, hypothèse dont il sera fait pou de cas.

LA VACCINATION EST PUKSOUE TOUJOUHS INOI TENSIVE. 303

Que si, au contraire, on tient pour la putréfaction vaccinale; si Ton croit à la transformation du « Micrococcus vaccinœ » dans le « Bacterium termo », qu'on veuille bien nous le dire et nous révéler les preuves et démonstrations expérimentales qui ont amené pareille conviction et permis d'énoncer cette thèse, inouïe pour nous : le vaccin est une substance en voie de putréfaction. Nous en serons heureux; que disons-nous? le monde scientifique entier saura gré à qui lui fera semblable démonstration.

81. Prétendons-nous conclure de tout ce qui précède que la vaccination est toujours inoffensive? Nous n'allons pas si loin. S'il ne nous est pas démontré que les maladies virulentes à microbes puissent se communiquer par la lymphe vaccinale, comme par toute autre lymphe naturelle ou d'irritation, il ne nous est pas démont7''é non plus que cette transmission soit impossible, et le doute seul suffit pour commander au moins un grand soin dans le choix des vaccinifères.

Ces précautions prises, la vaccination est-elle toujours opportune ? Pas encore, mais alors c'est du sujet à vacciner seul que partiront les contreindications. Et cela est si bien admis en principe et en fait, qu'en Angleterre, pays à vaccination obligatoire, le premier article des instructions adressées par le Privy Concil, en date du 29 juillet 1871 , aux vaccinateurs officiels, est ainsi conçu :

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« Ho: s 1g cas de danger immédiat de la petite

vérole, ne vaccinez que les sujets qui sont en

bonne santé. En ce qui concerne les enfants, » assurez-vous quils n'ont ni fièvre, ni irritation w gastro-intestinale, ni maladie de la peau ; qu'ils r, n'ont pas d'eczéma derrière l'oreille, ni à l'aine,

ni ailleurs dans les plis de la peau.

^ Ne vaccinez pas non plus, si ce n'est en cas de -I nécessité, dans les cas où les enfants relèvent " depuis peu de la rougeole ou de la scarlatine, ou r> lorsque l'érysipèle règne dans la résidence ou r> dans son voisinage. »

Ces recommandations sont la soupape de sûreté de la vaccination obligatoire. Au-dessus de la loi, il y a, dans les pays où elle existe, l'autorité du médecin qui peut toujours, sous sa responsabilité, exempter un enfant de la vaccination, quand il trouve, en conscience, que son état de santé exige l'ajournement. Qu'on ne vienne donc pas nous dire : la vaccine c u la prison, quand la loi comporte de si larges accommodements.

Nous ne prétendons pas davantnge que le traumatisme vaccinatoire soit inoffensif; nous l'avons dit: on n'ouvre pas impunément la peau de l'homme; mais ce que nous affirmons, c'est que ce danger es sans proportion avec le bénéfice acquis. Et ne posons-nous pas chaque jour tel acte qui nous expose bie 1 plus, avec une utilité incomparablement moindre?

Un exemple : on fait percer les oreilles, par pure

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coquetterie, pour y mettre des anneaux, à 99 p. c. des petites filles de toutes les classes. Et cependant, ce n'est pas là un acte complètement indifFérent, puisque M. Constantin Paul a pu, tout récemment, recueillir, en l'espace d'une seule année, à l'hôpital Saint-Antoine et à l'hôpital Lariboisière, 120 observations démontrant que des manifestations scrofuleuses, par exemple, peuvent quelquefois se développer sur le lobule, aussitôt que celui-ci vient à être traversé par l'anneau. Il s'agit dans l'espèce, dit M. Paul, de scrolulides bénignes, d'eczéma, par exemple, plus ou moins envahissant, et d'ulcérations déformant le lobule ou le laissant tout couturé (1).

Nous concluons ainsi :

La vaccination est sans danger réel quand elle est pratiquée avec les précautions, V entente et le soin voulus. Elle n'est pas plus offensive que le percement des oreilles pour y placer des anneaux.

(l) Zoc. cit. p. 177.

82. Anomalies de la vaccine. — 83. Vaccination obligatoire. — 84. Conclusions.

82. Les éruptions locales déterminées par la vaccine inoculée, humaine ou animale, parcourent leur cycle en un temps qui varie peu (41). Dans l'immense majorité des cas, les colonies microbiennes locales primitives s'éteignent sur place, pour ne plus donner lieu ultérieurement à aucunes manifestations quelconques : les micrococcus, fruits de l'ensemencement local, qui sont projetés dans la circulation générale, ne se colonisent pas en des foyers secondaires.

Il y a cependant des exceptions à cette règle, et déjà Bousquet les avait signalées : * Il n'est pas, dit-il (1), dans la nature du vaccin de s'étendre au-delà du lieu d'insertion, et, par conséquent, de produire plus de boutons qu'on n'a fait de piqûres. En cela, il diffère visiblement de la petite vérole. Mais, encore une fois, quelle est la règle qui n'a pas ses exceptions ? On a vu, dans quelques circon-

(1) Loc. cit. p. 177.

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stances, la vaccine franchir en quelque sorte ses limites naturelles, les limites clans lesquelles elle a coutume de se renfermer, et se répandre, soit sur les bras, soit sur d'autres parties du corps, en pustules surnuméraires, pustules à la vérité peu nombreuses.

« J'en ai vu un exemple à l'hôpital Cochin. Un enfant fut vacciné au bras, selon l'usage. Du bras, l'éruption s'élança sur le corps, au nombre de vingt à vingt-cinq boutons. Le cas parut si curieux, que M. le Docteur Blaclie, médecin de l'hôpital, me fit l'honneur de me demander mon avis. Au premier coup-d'œil, il me fut facile de reconnaître le caractère de ces pustules ; toutefois, pour lever tous les doutes, on en prit la matière et on la transporta sur d'autres enfants, qui tous eurent une belle et bonne vaccine.

» On a dit que les enfants, en se grattant, pouvaient déchirer leurs pustules et en transporter ainsi la matière au bout des ongles sur d'autres parties. Mais ici l'âge du sujet et le siège de ces pustules éloignaient toute idée d'une inoculation fortuite. »

Un cas analogue a été rapporté par M. Gérin- Rose (l). Il s'agissait là d'une évolution de pustules supplémentaires, développées chez une petite fille de 9 mois, simultanément sur les grandes lèvres et au niveau des points d'inoculation au bras.

(1) Union méiicaU, 22 Août 1880.

Voici un autre fait du même ordre: le 18 Janvier 1883, le docteur G. B. L., à W. (S. W. Angleterre), vaccinait, par quatre piqûres et au moyen d'un instrument vierge, un jeune enfant, avec du vaccin animal qu'il avait reçu de moi la veille. Les quatre pustules prirent bien, mais, le onzième jour, autour d'elles, soixante-dix vésicules se montrèrent, bien formées, et qui bientôt devinrent contluentes ; puis , quelques autres , une vingtaine tout au plus, sur la tête et le cuir chevelu. Le bras offrit un peu d'enflure, et il y eut une légère réaction générale. " Ces faits ont été cou- » firmés par un confrère, m'écrivit l'auteur de " cette observation, et j'attends le résultat de » votre enquête au sujet de la lymphe reçue, avant » de les publier, v Notre confrère anglais croyait sans doute à une inoculation variolique. Nous le rassurâmes bien vite, en lui en montrant l'impossibilité matérielle, vu la source inattaquable à laquelle la matière soupçonnée avait été puisée. C'était simplement un cas de plus, dûment établi, de vaccine généralisée, causée par le vaccin dit animal.

Le fait suivant révèle, en matière de vaccine, une anomalie bien autrement intéressante encore, et que nous croyons unique dans la science. Il nous a été communiqué par le D"" Piuth (de Bascherage, Grand Duché de Luxembourg). " L'année passée, nous écrivait, le 1""" Juillet 1882, cet honorable confrère, les premiers jours du mois de Juillet, j'ai

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vacciné un enfant au bras gauche, avec du vaccin animal. A la révision, à huitaine, la mère me le représenta, me disant que l'opération n'avait pas réussi ; je le vaccinai alors au bras droit, puis ne le revis plus qu'au mois de mai suivant. Or, voici ce qui était arrivé : quelques jours après la seconde inoculation, une petite pustule s'était levée au bras gauche, le même qui, à huitaine, s'était montré vierge de tout travail éruptif. En même temps — et c'est ici que le cas devient spécialement intéressant — la mère me montrait au hras droit, siège de la deuxième insertion faite au mois de juillet précédent, trois pustules en pleine floraison et parfaitement caractéristiques. Le vaccin avait donc sommeillé pendant dix mois, pour se réveiller et reprendre toute sa vigueur à l'expiration de ce long espace de temps. »

Enfin, voici un cas d'éruption vaccinale que l'auteur (1) appelle « par migration », et qui est peut-être unique dans la science. « Ce cas s'est produit chez une fille de 15 ans, qui avait déjà été vaccinée avec succès dans son enfance. Sa sœur, âgée de 3 ans, ayant succombé par variole le samedi 3 juin de cette année, cette fille vint se faire revacciner chez nous le 6 juin suivant. Nous lui pratiquâmes 3 insertions, qui furent recouvertes de vaccin animal.

(1) Rapport sur le service de la vaccine en 1881-82,(lans la commune de S'-Gilles (13ruxelles), par le D'' A. Stocquakt. (Journal de la Société des sciences médicales et naturelles Hruxellesl882).

« Six jours plus tard, elle fut atteinte de phénomènes fébriles bien marqués et dut garder le lit. Nous constatâmes que le bras où les insertions avait été faites était indemne de toute éruption ; notre étounement fut grand quand nous aperçûmes deux pustules bien ombiliquées,et situées, l'une au tiers supérieur de la face postérieure de l'avantbras correspondant, et l'autre à la face postérieure du poignet du même côté.

« Ce cas est sans doute rare. Il présente comme particularité l'absence d'éruption aux points d'insertion du virus, alors qu'à quelque distance de là se produisirent deux pustules, dont la date d'apparition correspondait parfaitement à celle de la vaccination pratiquée par nous six jours auparavant.

« Il s'est donc produit ici un transport de virus vaccinal dont nous ne chercherons pas à débrouiller le mécanisme. Nous ne' pourrions du reste nous baser, jusqu'à présent, que sur des hj^pothèses. «

La doctrine microbienne permet de se rendre compte de tous ces faits. Pour les deux premiers, nous avons vu (34 et 35) qu'à la suite du mouvement fluxionnaire dont la papule vaccinale est le siège, une partie des coccus est reprise et va se projeter dans tout l'organisme. Leur sort final, toutefois, n'a pas encore été fixé expérimentalement: bon nombre semblent périr sur place ; on en observe d'autres dont le volume est devenu beaucoup plus considérable par absorption d'eau, phénomène pTécurseur de la mort ou même postérieur à celle-ci.

AXOiMALIKS IIK I.A VACCIXK. 'Mi

Combien d'cauires échappent, dont qnelques-nns, plus vigoureux, ont été planter leur tente dans tel ou tel point du système épidermique, non encore stérilisé par une occupation n'ayant pas dépassé les délais. Ces microbes d'aventure donnent lieu, par leur vigueur persistante, à des évolutions secondaires qui, de loin en loin, viennent surprendre le vaccinaieur, et qui doivent être d'autant plus fréquentes que le vaccin inséré est lui-même moins dépouillé de sa virulence originelle ; le horse-pox, puis le cow-pox, doivent donc, dans cetordre d'idées, faisant sentir le défaut de leurs qualités, primer le vaccin humain (30).

Nous avons vu (35) que certains des coccus de la loge vaccinale, au milieu des masses cellulaires desséchées et des sucs épaissis, conservent pendant longtemps toute leur vitalité : la virulence des croûtes détachées des pustules varioliques ou vaccinales le prouve suffisamment. Pour arracher ces microbes à leur léthargie, pour substituer la vie active à la vie latente à laquelle ils étaient soumis dans ces milieux arides, il n'est besoin que d'une macération de quelques instants dans un milieu humide ; une goutte d'eau ou de glycérine y suffit.

Le fait rapporté par M. Pinth montre que le microbe vaccinal peut trouver, même au sein de l'organisme, des coins reculés propres à sa vie latente, puis, à un moment donné, s'arracher à celle-ci, sous l'influence de circonstances encore indéterminées; et, après un temps plus ou moins long, reconquérir toute son activité première.

Quant au fait de M. Stocquart, il s'explique par la migration du microbe vaccinal, mal à l'aise, sans doute, au lieu d'inoculation, et ayant été chercher au loin une installation plus à son gré et plus propice à sa reproduction. C'est un cas d'imprégnation vaccinale d' emblée.

A toute évidence, si la puissance du vaccin joue un rôle dans la production des éruptions généralisées, le terrain d'ensemencement doit, de son côté, en iouerun bien plus grand encore. J'en citerai pour preuve un cas de mon observation propre, celui d'un enfant vacciné, parmi dix-neuf autres, du même vaccinifère, et qui, seul d'entre eux, présenta trois pustules surnuméraires.

83. La vaccination et la revaccination doiventelles être rendues obligatoires ?

La représentation graphique ci-après, due à M. le d'" A.-J. Martin (1), est particulièrement saisissante : elle indique combien de sujets, sur un million d'habitants, ont succombé à la variole, de 1868 à 1873, dans un certain nombre de pays, dont les uns possèdent la vaccination facultative et les autres la vaccination obligatoire. « Nous ferons remarquer, dit l'auteur, que plusieurs des années comprises dans cet intervalle ont été marquées par des épidémies de variole en ces divers pays ; la proportion qu'on y constate entre eux n'en est donc que plus probante en faveur de la vaccination obli-

(1) A.-J. Martin. Loc. cit., 1881.

VACCINATION KT IIHYACCINATION OItLICATOIlUiS. 373

gatoire, surtout si l'on veut bien songer à la diversité que chacun d'eux oflre, en ce qui concerne le danger de la facilité des transmissions contagieuses.

Vaccination l'a- Vaccination cultative. oblii^atoire.

« Obligatoire, dès 1807 en Bavière, 1816 en Suède, 1818 dans le Wurtemberg, la vaccine ne le devint pour l'Ecosse qu'en 1864 ; elle le devint pour l'Angleterre en 1807, par une première loi complétée en 1871, pour l'Irlande en 1868, pour la Suisse dans quelques cantons seulement, enfin dans toute l'Allemagne en 1874. Dans tous les autres pays, la vaccination n'est soumise qu'à une réglementation particulière plus ou moins rigou-

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rcuse, plus ou moins surveillée. Il importe rrailleurs de remarquer, qu'à part la Bavière, e( jusqu'à un certain point la Suède, la vaccination obligatoire est loin d'être, en général, réalisée suivant les prescriptions de la loi.

» Et cependant, l'épidémie de variole partie de la France, qui, il y a dix ans, a envahi successivement l'Europe entière, a montré l'importance qu'il faut attacher à une application précoce, générale et obligatoire, de la vaccine. Les faits parlent d'eux-mêmes: depuis 1867, le nombre des décès de variole, à Paris, s'élevait de plus en plus chaque année; de 301 à cette époque, il était de 605 en 1868 et de 723 en 1869, lorsque, sous l'intluence de la guerre, il atteignait pour les deux années 1370 et 1871, le chiffre de 15,421, alors que les décès occasionnés par les blessures, pendant les deux sièges de Paris, furent au nombre de 4,862. La France, la première, subit cette épidémie, et d'après le rapport de M. Vacher, il n"y pas d'exagération à porter à 200,000 (!) le nombre de décès que la petite vérole y occasionna à cette époque. Par suite sans doute de la réunion de masses militaires considérables dans les divers Etats, du grand nombre de prisonniers de guerre internés, la variole se propagea de plus en plus. (1) ^

De quelle façon les autres Etats supportèrent-ils

(i) Voii-, pour l'étud.j comparative du l'^xti'ii ioiiilecetteépidéinic, LoTZ. Lnr. cit.

VACCINATION ET IIEVACCINATION OIIMOATOIUIÎS. 375

le choc? Le diagramme ci-dessus l'indique: tandis qu'en Suède, où la vaccination est obligatoire, la proportion des décès, pendant les cinq années qui comprennent l'épidémie, resta à 1,339, elle s'éleva, pendant les cinq mêmes années, en Hollande, où elle est facultative, à 5,721 parmillion d'habitants.

Et qu'on veuille bien remarquer qu'il n'est question nulle part jusqu'ici de la revaccination obligatoire. A quels résultats n'arrivera-t-on pas lorsque la préservation sera renouvelée à mesure que s'épuisera l'immunité, et lorsqu'on voudra bien suivre à cet égard la formule générale que nous avons précédemment indiquée (67).

La revaccination obligatoire doit être le complément de la vaccination obligatoire, si l'on veut arriver à un résultat complet.

Nous avons vu plus haut (74) ce que deviendrait la variole, en Belgique, si la vaccination y était imposée par la loi. Nous n'hésitons pas à dire que, s'il en était de même de la revaccination, le chiffre de la mortalité variolique descendrait bien autrement encore.

Et cette mesure devrait pouvoir s'étendre à certaines catégories d'étrangers, de ceux spécialement qui viennent de pays où la vaccine n'est pas en usage. Un exemple: dans le service des varioleux, que M. Andrieux dirige actuellement à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, ce médecin a eu l'occasion d'observer plusieurs cas de variole chez des Esquimaux récemment arrives du Labrador, à Paris.

376 ciiAPiTiii-: X.

Aucun d'eux n'avait été vacciné ; sept, sur huit qui ont été atteints, sont morts, et le huitième était à l'agonie au moment où le fait fut rapporté (Soc. méd. deshÔ20., 11 janvier 1881^. Quels commentaires ajouter?

Nous ne perdons pas de vue la singulière objection, tant de fois reproduite et qui, hélas!, ainsi que le dit M. Martin (1), le sera sans doute souvent encore, de l'atteinte que cette obligation porterait à la liberté individuelle. « Ceux qui, dirons-nous avec lui, en échange des avantages que la société leur procure, ne voudraient pas en accepter les charges les plus nécessaires au salut commun, n'ont assurément d'autre parti à prendre que de chercher quelqueîle lointaineet isolée où, nouveaux liobinsons, ils puissent légiférer eux-mêmes tout à leur aise. La liberté de répandre les maladies, comme l'a si bien dit M. Bouley, est l'une de celles que l'intérêt commun ordonne le plus de refréner. Aucune aflection n'est plus contagieuse que la variole, et l'on ne voudrait pas que la loi imposât à chacun une sauvegarde sans danger ! Le devoir de l'Etat consiste moins à imposer la vaccine àceux qui n'en veulent pns qu'à garantir le reste des citoyens contre la variole, et ne doit-il pas, pour obtenir ce r ésultat, empêcher — par une vaccination forcée — les quelques rares individus qui ne voudraient pas de vaccination, de communiquer la variole aux

(1) Lor. ci'.

VACCINATION liT niîYACClNATION OBLIGATOIRES. 377

musses ne partageant pas leurs craintes ou leurs préjugés? »

Nous savons l'objection : Si vous voulez être préservé, dit-on, n'avez-vous pas la vaccine à votre portée, et, si vous négligez d'y recourir, à qui, si ce n'est à vous-même, devrez-vous vous en prendre s'il vous arrive malheur? Mais on néglige ainsi de compter avec l'incurie incorrigible des hommes qui, dès qu'ils n'ont plus sous les yeux le fléau et ses dévastations, perdent de vue la prophylaxie. Et puis, n'avons-nous pas dit qu'il y aurait toujours un certain nombre d'enfants que des contre indications individuelles laisseront en dehors de l'obligation, et partant exposés, désarmés, aux coups du mal. Enfin, et ceci est un argument à ne pas négliger : il peut se trouver demain un homme, convaincu ou non, qui, usant d'une autorité légitimement acquise d'ailleurs, ira prêcher dans les campagnes et les centres ouvriers le dogme de la putridité vaccinale. Il ne faut pas que sa croisade puisse faire de dangereux abstentionnistes.

Mais nous n'insisterons pas davantage. " C'est une erreur de croire, a dit M. Lotz (1), que tout homme intelligent soit à même de juger de l'importance de la vaccine. Le plus souvent, on confond cette première question avec celle de la vaccination obligatoire, qui est du ressort du droit et de la police sanitaire. La solution en est réservée au peuple, aux juristes et aux législateurs. Nous

(1) Loc. rit.

autres médecins, nous n'avons pas une part directe à prendre à la discussion, nous n'avons pas à décider si l'obligation de la vaccine doit être établie ou non, nous n'avons qu'un devoir, celui d'éclairer les personnes auxquelles il appartient de décider cette question. Nous leur devons un exposé consciencieux des données scientifiques qui servent de base à la vaccination obligatoire, afin qu'elles puissent juger elles-mêmes de l'opportunité politique et de la justification légale d'une telle mesure. Il appartient à la médecine de présenter une exposition exacte de tous les laits connus dans la science, et de formuler des conclusions. «

C'est ce que nous avons fait. On a dit: « Chefs d'Etats, hommes politiques, laissez parler la science, elle n'a pas dit son dernier mot. » Mais que voulezvous donc de plus que ces milliers de vies sauvées, que cette sécurité acquise? Est-il un seul point de la science médicale que l'expérience ait mieux fouillé et dont l'humanité ait tiré meilleur profit? Le dernier mot! Mais le choléra l'a-t-il dit, ce dernier mot, et les hommes politiques et les chefs d'Etats ont-ils attendu qu'il l'eût proféré, pour établir les quarantaines et les lazarets?

L'étude et le recueillement sont de bons guides pour les gouvernants; mais quand on suppute le nombre de vies perdues par de trop sages lenteurs en matière de vaccination obligatoire, il est bien permis de demander que cette étude et que ce recueillement aient un terme.

84. Au moment de mettre la dernière main à ce livre, je sens le besoin de m'exonérer, vis-à-vis du lecteur, d'un reproche qui me sera sans doute adressé. Une part trop large, dira-t-on, y est faite à l'hypothèse. Or, à ce moment où la médecine n'adopte d'acquisitions nouvelles que si la mesure, la balance ou le miscroscope les ont déterminées, les déductions qui font la trame de ce traité n'étaient peut-être pas suffisamment fixées pour y servir de base.

En ce qui concerne le chapitre relatif aux origines de la vaccine, où, je dois bien le reconnaître, les conjectures tiennent souvent la place des faits, j'essaierais en vain de m'en défendre. En effet, si j'avais été maître de borner mon sujet, j'aurais préféré, avant de l'aborder, que les expériences en voie d'exécution, que j'ai établies dans ce domaine, eussent donné des résultats décisifs; mais ces résultats, combien de temps ne meût-il pas fallu les attendre? Et d'ailleurs, quand on écrit un traité, est-on libre de ne s'arrêter qu'aux questions qui sont en possession de leur solution définitive, ainsi qu'on a le droit de l'exiger d'un point de science au choix, exposé dans un travail spécial ?

Je m'incline cependant et suis d'autant plus à l'aise pour le faire que je vais avoir à être moins coulant vis-à-vis d'autres critiques, de ceux, par exemple, qui m'accuseraient, ainsi qu'on l'a déjà

fait, d'avoir bâti sur le sable, eu m'appuyant trop exclusivement sur la théorie parasitaire, pour l'explication des phénomènes divers de la variole et de la vaccine. Le siège de la virulence vaccinale ou variolique dans des corpuscules figurés, ferments ou animalcules inférieurs, est un fait matériellement démontré aujourd'hui, et de façon bien autrement péremptoire que l'existence de ce miasme insaisissable qui, depuis des siècles, sert de fondement à tout l'édifice étiologique des maladies transmissibles. Le miasme est devenu visible et tangible ; il a pris corps, et ce sera la gloire de la science de ce siècle d'avoir remplacé le fantoche antique par quelque chose d'accessible à nos sens.

Pour admettre cela, nous ne saurions être justement accusé d'enthousiasme irréfléchi ou de précipitation ; nous restons dans le domaine acquis, laissant à d'autres le soin d'en sortir pour aller à de nouvelles conquêtes. Nous demeurons dans notre droit le plus strict, convaincu de ne commettre aucune usurpation.

Le microbe est devenu un objet de colère et de dédain pour beaucoup de savants. Il n'est méfait dont on ne l'accuse. «Que telles maladies, la fièvre typhoïde ou la tuberculose par exemple, relèvent de la doctrine parasitaire, cela nous est de peu, at-on dit, si l'on ne retire de cette constatation rien dont les malades puissent bénéficier Îj^

Un praticien du plus haut mérite, qu'on ^'étonne d'avoir vu se placer à. ce point de vue rétréci, a

dit récemment: "Qu'importe que la fièvre typhoïde » soit produite par un microbe, si, pour tuer ce y> microbe, on est amené à donner au malade des y> doses de médicaments qui soient au-dessus de ses » forces? « Mais quel téméraire fait donc cela, si ce n'est quelqu'un de ces tirailleurs avides d'aventures, comme il s'en trouve toujours pour compromettre les meilleures causes ? Depuis Sodome et Gomorrhe,quelles cités a-t-on livrées aux flammes, parce qu'il s'y trouvait des méchants ?

Restons donc sur la terre conquise, et neprêtons pas le flanc à des digressions en la quittant sans utilité. Nous avons emprunté à la théorie parasitaire ce que nous avions à lui demander pour l'édification de notre système en matière de vaccinologie, à savoir : le siège de la virulence dans des corpuscules flguT'és spéciaux; la possibilité démontrée de l'atténuation, naturelle ou par voie de culture, de ces microbes, et de leur transformation en races spéciales, sous l'empire de certaines conditions déterminées ; enfin, la vie latente dont ces microbes sont susceptibles et qui est compatible avec leur retour à la vie active, sous la pression d'influences particuhères.

Ces faits-là n'attendent plus leur démonstration. C'est en nous appuyant sur eux que nous avons vu tout notre système se développer sans aucun temps' d'arrêt. Réduit à la donnée du miasme classique, virtuel, que d'entraves n'eussions-nous pas rencontrées sur notre chemin ?

Le miasme, triste et creuse entité ! Voici un hôpital ayant servi à des typhisés, à des diplitéritiques, à des varioleux. On l'a aéré, nettoyé scrupuleusement, écouvillonné jusqu'au fond du dernier recoin, ventilé, chauffé, fumigé, et il persiste néanmoins à dispenser la pestilence et la mort. Le miasme atmosphérique, éthéré, a donc résisté? Eh ! oui. C'est que, dans quelque accident de la construction, dans quelque fissure, qui peut toujours échapper à toutes les recherches, cet air miasmatisé a déposé le représentant du miasme, qui s'y est paisiblement endormi, prêt à quitter, au moment voulu, sa vie latente, pour reprendre le chapitre, un instant interrompu, de ses déprédations.

Que de conséquences pratiques, que d'illusions déchirées ce fait indéniable n'entraîne-t-il pas à sa suite? J'écris ces dernières pages au bord de la mer, sous le ciel le plus pur que puisse offrir la clémente nature à ceux de ses élus qui recherchent le calme de leurs organes respiratoires, lassés ou irrités à l'âpre souffle des climats du nord. San Remo a un quartier absolument isolé de la ville nouvelle habitée par la population aisée, régionale ou flottante. Ce quartier — la vieille ville — est tout entier composé de masures de pierre, sans profondeur, plaquéés contre le rocher, qui ne leur livre ni lumière, ni air, et exposées par l'autre face au soleil du midi, brûlant sans cesse de ses rayons ardents tout ce

versant de la montagne. Los Sanremois du temps passé avaient, paraît-il, trouvé de la sorte le moyen de résister sans trop de peine aux attaques des forbans, réduits ainsi à ne les pouvoir prendre que de face. De là, des rangées saccadées d'habitations constituant des ruelles où trois personnes à peine peuvent marcher de front; de là aussi une stagnation inévitable de tous les éléments impurs dont se charge un air impossible à renouveler. On comprend quels réceptables à microbes endormis doit, engendrer une semblable disposition, et à quels dangers seraient exposés les malheureux condamnés à habiter avec eux, s'ils n'étaient protégés par des conditions climatériques incomparables. Vienne cependant, par impossible, une épidémie dans de semblables agglomérations, quelles mesures prendrait-on, la proie prélevée, pour en empêcher le retour? L'idée miasmatique prescrira la ventilation — elle y est impossible; — les fumigations? peines perdues dans ces cloaques aux mille recoins défiant toutes les interventions.

Ceci ne s'applique pas plus au vieux San Remo, dont l'originalité surtout frappe si vivement l'étranger, qu'à tous les autres repaires à microbes et à misère qui sont au sein de la plupart des grandes cités. An contraire, ici ils font tache d'huile, là ils sont peu offensifs aux autres , vu leur isolement et la grâce de la nature. Pour les uns comme pour les autres, le jour où des

38i CONCLUSIONS.

édilités tutélaires voudront en écarter l'incessante menace, ce n'est pas à la ventilation, à des flambages localisés, à des fumigations, c'est à la sape, à la torche, à la mine qu'il leur faudra recourir.

C'est sur ce principe qu'est fondée l'idée, l'une des plus hardies, des plus heureuses et des plus fécondes qu'ait conçues l'hygiène moderne, des pavillons de bois isolés, destinés à servir d'hôpitaux pour être ensuite détruits par le feu, et qui demande impérieusement à être appliquée au traitement des varioleux. La doctrine microbienne a donné à cette idée un inébranlable appui.

Bon nombre d'opinions anciennes, je l'ai déjà dit ailleurs, sont renversées par la science du jour. J'ai vu s'effondrer pour ma part beaucoup de celles que j'avais défendues naguère. Je n'en ai nul regret, me rappelant avec complaisance ce mot d'une simplicité touchante, recueilh de la bouche de Valentin : « Que m'importe que l'oubli ait passé sur mes idées d'hier; n'est-ce pas la preuve que la science a marché? »

San Remo, 15 mars 1883.

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