‹ Traité de la vaccine et de la vaccination humaine et animale [electronic resource]Chapitre 20 sur 23 · LA VACCINE EST TRÈS PEU OFFENSIVE · texte numérisé non relu

LA VACCINE EST TRÈS PEU OFFENSIVE

toute idée de décomposition ou d'altération putride, il n'est question ici que de l'inoculation du vaccin, et non de celle d'une matière septiquc.

Quelqu'un a dit: il n'est pas possible de faire à la peau d'un homme une boutonnière, si petite qu'elle soit, sans ouvrir une porte par laquelle la mort peut entrer. La vaccination, en tant qu'opération chirurgicale, n'est dangereuse qu'à ce seul titre, et c'est pour cela sans doute qu'elle est tombée dans le domaine de tous.

Mais il y a autre chose dans l'acte de la vaccination que la piqûre ou la boutonnière faite à la peau, il y a l'introduction sous l'épiderme d'un principe germinatifquel'instrumentduvaccinateury dépose. Ce principe, qu'il soit virus, microbe ou ferment, prohfère promptement sur place, et y donne lieu à l'ensemble des manifestations qui ont été décrites précédemment (41).

Ce principe, semé dans l'organisme, peut-il y donner lieu à d'autres phénomènes que sa pullulation et l'altération nutritive qui aboutit à l'ensemble de faits désignés sous le nom d'inflammation, et qui sont modifiés en raison des conditions constitutionnelles inhérentes à l'individu? En d'autres termes, peut-on, en semant la vaccine, développer, par exemple, la syphilis ou la scrofulose? S'il ne s'agissait que du germe vaccinal isolé, libre de toute promiscuité, ainsi qu'il serait si l'on parvenait à le cultiver dans des bouillons inoflfensifs, la

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réponse par la négative ne se ferait pas attendre. Mais nous n'en sommes pas là.

Il y a dans le bôuton vaccinal, indépendamment des germes qui ont été introduits et qui s'y sont multipliés, le liquide dans lequel ces germes nagent au moment où on les inocule à nouveau, et qu'on insère avec eux dans les organismes auxquels ils sont destinés. Ce liquide, c'est de la lymphe, constituée par du plasma sanguin tenant en suspension de rares globules blancs entraînés, puis les quelques produits de désagrégation des tissus mômes. On sait que le germe vaccinal se propage par inoculation, mais qu'advient-il de la lymphe qui en est le véhicule ?

Cette question, d'un si haut intérêt, a déjà été traitée longuement dans ses rapports avec la syphilis (49) et la tuberculose (62). Là nous nous sommes trouvé en présence d'accusations saisissables. Ici, nous allons devoir entrer dans un autre ordre d'idées, où nous aurons quelque peine à nous reconnaître. Essayons cependant.

79. Le vaccin, a-t-on dit, peut changer la constitution des enfants, les rendre malingres, lymphatiques, tuberculeux. Ces accusations reposent en partie sur des allégations de fait, en partie sur des vues théoriques.

Quant aux faits, nous ne sachions pas que le dossier tout entier de la vaccine en contienne un seul, rigoureusement observé, démontrant ou ren-

LA VACCI.NK XK l'KUT l'AS CIIAN'CKH LA CONSTITUTION.

dant seulement probable la réalité de pareille iiillueuce. Certes, les parents qui veulent méconnaître les vices de leur propre sang, les ruines do leur constitution, qui veulent se disculper à leurs propres yeux de leurs péchés de jeunesse, de la négligence des soins de l'hygiène ou de la mauvaise alimentation vis-à-vis de leur progéniture, ceux-là ne manquent pas de fournir un contingent d'accusations nombreuses. C'est le médecin qui a méconnu telle maladie, mal traité telle autre; il a donn('> des médicaments qui ont ruiné de fond en comble ces pauvres petites sautés.

Eh bien! nous demandons, à l'appui de ces racontars, non des accusations vagues, mais des obser- A^atious précises, détaillées, concluantes. A la vérité, parmi les millions d'enfants vaccinés, il en est qui deviennent malades après la piqûre ; il en est où une tuberculose, des dartres, des manifestations lymphatiques et scrofuleuses se déclarent peu de temps après ; mais qui donc a prétendu que le vaccin préserve de ces maladies, qu'il fortifie les constitutions délabrées? Nous demandons des statistiques comparatives, des faits environnés de toutes les circonstances propres au sujet et à ses ascendants. Si d'une coïncidence fortuite, on conclut à la relation de causalité, que fera t-on d'un enfant vacciné qui tombe par la fenêtre?

Voyons quelle valeur peuvent avoirles arguments théoriques. Ceux-ci ont pris un caractère incontestablement plus sérieux depuis que la iul)orriil ire

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semble devoir être rangée parmi les maladies infectieuses microbiennes, ou que cette hypothèse, qui ne manque pas d'appuis, ne peut plus du moins être rejetée du nombre des choses possibles. Ceci est d'autant plus grave que le cow-pox lui-même n'échappe pas à l'accusation, puisque les bêtes bovines sont sujettes à une maladie qui, sans être la tuberculose, doit cependant s'en approch r. Los bovidés, en effet, ont plutôt la pommelière ou maladie perlée, c'est-à-dire une fausse tuberculose, que la tuberculose vraie. Mais U faut noter que les transmissions de la tuberculose — outre que l'immense majorité d'entre elles sont sujettes à caution — s'obtiennent par l'inoculation de la matière tuberculeuse même. A notre connaissance, on n'a jamais, n'importe où, parlé de la transmission obtenue à l'aide du sérum d'un animal tuberculeux.

Il faudrait donc se rejeter sur l'inoculabilité de la tuberculose constitutionnelle. Or, il n'existe absolument aucun fait - NOUS DISONS AUCUN — ni aucune preuve à l'appui d'une transmission de cette nature.

Un grand mouvement d'opinion s'était produit dernièrement, en Angleterre et en Allemagne, contre l'usage du lait provenant de vaches atteintes de la tuberculose ou de la maladie perlée. Lagrande mortalité des enfants nourris au biberon était attribuée, pour une part considérable, à l'usage de ce lait. Les accusations devinrent de plus en plus pressantes et précises. Berlin s'en émut et nomma une commission à l'effet de recueillir le matériel statistique nécessaire à la solution de la question.

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Les conclusions de cette commission, Ibrmulées à la lin do rannéc dcmièie par le professeur Virchow, l'un de ses memiji es, ont été négatives, en rc sens que l'examen rigoureux des faits n'a pas permis d'affirmer une transmission de la tuberculose de la vache à l'homme par l'usage du lait. Il ne reste donc qu'une pure hypothèse, comme il est facile d'en faire à propos de toute médication, de toute alimentation, de toute cohabitation, de toute habitude.

M.Chauveaii et d'autres expérimentateurs encore ont démontré, par voie expérimentale, que la puissance spécifique des liquides virulents est uniquement le fait des organismes ou éléments figurés qui s'y trouvent mêlés. Or, en affirmant que la li/mphe, Vexsudat d'une économie, peut transporter sur un tiers toutes les propriétés constitutionnelles des vaccinifères, on affirme ceci : l'inoculationd'une lymphe inflammatoire quelconque peut changer la constitution d'un tiers. Encore une fois, on demande la preuve. Jamais cette preuve n'a été fournie, ni même un commencement de preuve. Au point de vue théorique, si quelque chose dans cette lymphe peut avoir une influence sur Téconomie, ce n'est pas le plasma liquide — il n'est pas organisé — ce sont les globides ou leùcocythes introduits avec lui. Peut-on croire — à moins de supposer le vecteur des organismes ét'angers doué d'une puissance de développement excessif — que le leucocythe aille entreprendre une lutte avec l'organisme où il s'est

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introduit.'et substituer ses descendants à ceux des milliards de protoplasmes de l'organisme inoculé?

Ce sont là des rêveries. On peut en faire mille analogues, qui, pas plus que la première, ne sont susceptibles de démonstration ni de contre-démonstration. Autrefois, on faisait manger du cœur de lion à ceux dont on voulait faire des héros. Mais, dans l'état actuel de nos connaissances, c'est simplement absurde. Et pourtant, si quelque badaud affirmait la vertu de semblables pratiques, comment s'y prendrait-on pour lui démontrer qu'elles ne sont qu'insensées ?

Et voilà ce qu'on oppose à l'application de la plus bienfaisante des mesures ! Et c'est pour cela, c'est parce qu'il y a, de par le monde, des scrupuleux à l'excès, des esprits pointus ou inquiets pour se prévaloir de semblables hypothèses, qu'on priverait l'humanité de la vaccine, alors que pas une preuve, ni statistique, ni physiologique, ni pathologique, ne peut être invoquée à l'appui ! Mais, à prendre ainsi les choses, quelle serait donc au monde la pratique, la médication interne ou externe, ou l'opération, quelle qu'elle fût, qui ne dût être rayée ? Et serait-ce alors se laisser trop glisser sur la pente que de comprendre, dans les préceptes d'une saine hygiène, le conseil d'éviter de donner la main à quelque ami à la paume humide, ou d'écouter de trop près les confidences d'un interlocuteur, dont la conversation marécageuse

enverrait à distance un brouillard dangereux, qiiinù\ss(>iic('.Wc s. m org.Miiisuio ^

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