‹ Traité de la véritable oraison (volume 2)Chapitre 105 sur 164 · LES EHUEL'llS l · texte numérisé non relu

LES EHUEL'llS l

lu,Miii'ii\. \ (|uoi j ai i(''|)(Mi(lii, ([uc j(! n'avais jamais rlv mallieureux. Car je me suis uni(|ucmeiil allaclic à la volonté de mon Dieu, cl je lui li cntièienienl résigne la mienne, afin de ne vouloir (juc ce qu'il venl. l']t poiu' celle raison jai dit, que je ne lus jamais malheureux, parce (juc je me suis entièrement et uniquement attaché à sa sainte volonté.

Après ces |)aroles du mcndianl, le Théolo.irien vovanl on lui un si grand abandon de soi-même, et \oulant connaître jusqu'où le pou\ait porter une telle rt-signalion : Que diriez- vous, ajouta-lil, si ce Dieu de majesté voulait vous précipiter ilans les enfers"' Quoi, répond ce mendiant, que Dieu me précipiterait dans les cntcrs 1 0\\ ! s'il voulait le faire, j'ai deux bras, avec lesquels je l'emhrasserais pour me rendre inséparable de lui, lun est riiumililé, et l'autre l'amoiu". Le bras de l'humilité, je l'abaisse et je m'unis à sa très sainte humanité ; mais l'autre que j'appelle le bras droit, est un ardent amour, par lequel je suis uni à sa divinité ; et ainsi l'embrassant avec ces deux bras, il faudrait qu'il descendît avec moi dans ces abîmes ; et je devrais bien plutôt désirer d'être dans les enfers avec lui. que dans le ciel sans lui.

De tout cet entretien,le Théologien apprit que le

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chemin le plus court et le plus simple pour aller à Dieu et pour acquérir la sainteté, était une entière résignation avec une profonde humilité. »

C'est jusqu'ici l'entre.tien de Tauler avec ce mendiant, d'oii l'on apprend que la véritable résignation n'est pas une criminelle indifférence pour la perte tle Dieu, et pour le blasphémer éternellement.

Il ne faut pas douter que la volonté de Dieu étant la règle de la sainteté, la perfection d'une âme ne consiste dans la conformité de sa volonté à la très sainte et très adorable volonté de Dieu. Et l'on peut juger des degrés de la sainteté par les degrés de cette conformité. Quand la résignation est parfaite, il se fait comme une transformation de volonté, qu'on peut appeler le sommet de la perfection : alors Dieu règne dans l'homme, et l'homme, pour ainsi dire, cesse dêtre en lui-même pour être tout en Dieu. 11 se fait une union, ou comme dit un Père, une unité d'esprit, et l'homme devient d'une manière ineffable et incompréhensible, non pas Dieu, mais un homme de Dieu, afin que l'homme soit par la grâce ce que Dieu est par nature. Et ainsi (' l'homme est fait un même esprit avec Dieu, non seulement par cette unité de volonté qui lui fait vouloir tout ce que Dieu veut, mais encore

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)ar une uiiilr plus oxprcsse (|iii rciiipèclic do tfouloir autre chose (|uc ce (jue Dieu veut '. »

L'atliicliciuent inviolable à la volonté de Dieu )roduit la parfaite résignation dans toutes les rhosos que Dieu pernicl en nous ou contre nous : dans la pauvreté et dans l'abondance, dans la désolation et dans la consolation, le cœur est toujours prompt à tout recevoir. Qu'on soit dé- ])ouil[é des biens de la terre, qu'on soit abandonné de ses amis, (ju'on n ail ni \igueur ni santé, et qu'on soit exposé à toutes les disgrâces du monde : tout est égal, tout est indifférent à une âme véritablement résignée, parce qu'elle ne regarde uniquement que la volonté de Dieu. Tout le reste, qui est hors de Dieu, on le considère comme un néant, dont la possession n'est pas capable de nous rendre heureux, et dont la perte ne nous peut rendre malheureux. Certainement Dieu seul nous suffit, parce que Dieu seul renferme tous les biens. Avec Dieu l'on a tout, et sans lui, pourrait-on avoir tout, l'on n'a rien. Mais bien loin que cette indilTérence se doive étendre jusqu'à la possession de Dieu, au contraire, l'on

1. Fil homo cum Deo unus spiritiis, non tantuni unilato volondi idem, sed exprcssiorc quadam iniitato virlutis. aliud voile non volendi. Apud D. Bcrn. ad Frafres de Monte Dei.

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ne doit ôlic indilïérent à l'égard de tout ce qui est au monde, que parce que l'on est fortement attaché à Dieu ; et qu'on a une sainte confiance, de le posséder déjà au fond de son cœur, et de le posséder un jour plus parfaitement dans l'éternité.

S'il arrive donc que semblables pensées se présentent jamais à notre esprit : Que serait-ce de moi, si Dieu pour user de sa justice voulait me précipiter dans les enfers P bien loin de se rendre indiflerent, et d'envisager avec la même égalité sa miséricorde et sa justice ; il faut alors exciter sa confiance et son amour envers lui, et dire avec toute l'humilité dont on est capable, que l'on s'unira si étroitement, si continuellement, si fidèlement avec lui, que s'en étant rendu inséparable, il faudra nécessairement ou qu'il nous attire avec lui dans le ciel, ou qu'il descende dans les enfers avec nous. Une âme véritablement éclairée et conduite de Dieu, et dirigée par de vrais serviteurs de Dieu, pieux et savants, n'aura jamais d'autres sentiments. Il est vrai qu'il s'en trouve quelquefois, qui dans un transport voulant témoigner à Dieu la pureté de leur amour, lui disent qu'elles veulent l'aimer uniquement pour lui seul, quand il ne devrait jamais leur donner aucune récompense, et quand il n'y aurait ni jDa-

T. — i.rs Kunn us iSg

radis, ni (miIcm-; oI (|uo lurnic \(iulùl-il les prrcijnlor dans l'enfer, elles ne cesseraient jamais de l'ainior, parce qu'elles ne l'aiment et ncle veulent aimer (|ue junu' lui seul. Mais ce ne sont, h vrai dire, que les transjîorts d'une âme qui regarde la gloire et les délices du paradis comme quelque chose qui est hors de Dieu. C'est tout autrement quand il s'agit de perdre Dieu ou de le posséder. 11 est impossihie que l'Ame entre dans l'indilTérence, si elle n'a perdu tous les sentiments de la piété chrétienne.

« Que désirai-je dans le ciel, sinon vous, disait David, et qu'ai-je souhaité sur la terre que vous seul ;* 0 Dieu, vous êtes le Dieu de mon cœur, et mon partage pour jamais '. » Voilà quels sont les tendres et les perpétuels sentiments d'une àme sainl(> : indépendance, indilTérence, mépris, ouhli pour tout ce qui est hors de Dieu ; mais attachement sans relâche, amour ardent, transports violents pour Dieu.

Et quoi, dit saint Augustin, cet amour désintéressé demeurera- t-il sans récompense ? Ce sera à Dieu à y pourvoir. Mais l'àme qui aime d'un amour chaste, ne demande point à Dieu d'autre

1. Quid inihi est in cœlo .■^ et a te quid volui sii]>er terrain i* Deus cordis mei, et pars mca Deiis in aiernum.

Ps. LIXII, 25.

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récompense que Dieu même ; et ne demandant rien hors de lui, elle le demande lui-même, parce qu'il est absolument impossible que l'àme ne désire pas, n'espère pas, ne demande pas de toute sa force de posséder l'objet qu'elle aime, et qu'elle proteste d'aimer uniquement '. C'est l'amour généreux d'une chaste épouse. Que demande-telle cette épouse chaste et dégagée ? rien autre que son époux. Elle soupire après lui lorsqu'il est absent, elle s'estime heureuse lorsqu'elle est avec lui, par cette unique raison qu'elle est épouse et qu'il est époux. Tout de même l'àme aime Dieu comme son époux. Que demande-t-elle de cet époux? De l'aimer, dit saint Augustin, et de n'aimer rien que lui seul, de l'aimer sans intérêt, de l'aimer sans retour : car en hii elle possède tout ".

Que Dieu comble cette àme de caresses, qu'il s'éloigne quelquefois d'elle, qu'il la laisse languir pendant son absence, quil la fasse soutTrir, qu'il l'humilie, qu'il semble la rebuter, elle le souffre,

I. Quid ergo, nullum prfemium Dci i* Nullura, prœter ipsum Deuni, prrpmiuni Doi ? Ipsum Dcus est. D. Aug. Ib'ulem.

'>.. \mat jam anima sponsum suum. Quid ab illo qiia?rit, a sponso quem diligit ? Ipsum snlum amal, gratis amat, quia in ipso haLet omnia. Ibidem.

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