D. Th. 2.2, q. 27, art
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Il est vrai que nous ne pouvons aimer les choses qui nous sont inconnues, mais l'amour ne garde pas le même ordre que la connaissance. L'amour est le terme de la connaissance : il commence donc où la connaissance finit; c'està-dire qu'il atteint d'abord son objet. Ainsi, pour connaître Dieu, il faut que l'entendement le cherche par une longue suite de raisonnements, où il est facile de s'égarer, et après avoir beaucoup médité, il ne trouve cette première vérité qu'enveloppée de voiles et de nuages ; mais la volonté passe à travers ces obscurités, qui ne sont point de son ressort, et trouvant Dieu infiniment aimable, elle laime à linstant, sans détour et sans réflexion '.
Sur ce principe, saint Thomas, comparant ensemble les vertus théologales, nous apprend que la charité est plus parfaite que la foi. Car, par la connaissance, l'objet entrant dans l'entendement, la perfection de la connaissance se mesure par la perfection de l'entendement ; mais la volonté sortant d'elle-même pour se porter à
I. Quamvis inco<rnita non possint amari, non tamen oportet, cpiod sit idem ordo cognitionis et dilectionis ; nam dilectio est cognitionis terminus ; et ideo ubi dcsinit cognitio, scilicet in ipsa re quœ pcr illam cognoscitur, statim dilectio incipere potest. Ibidem, ad. i.
l'objol, la perfection de l'amour se mesure par la perloclion de l'objet niônie. C'est pourquoi les choses ipii sont au-dessous de nous, lorsque nous les coiuiaissons, sont d'une manière plus nuhlo dans l'ontendement qu'en elles-mêmes, étant purement matérielles, au lieu qu'elles sont dans l'enlentlcmonl d'ime manière S[)iriluclle. Mais les choses qui sont au-dessus de nous, sont plus parfaites en elles-mêmes que dans riotrë entendement; car en les connaissant, nous les abaissons pour les proportionner à notre intelligence. Tout autre est l'ordre de la volonté : la perfection de l'amour se mesure [)ar l'objet aimé. D'oiî il est évident que la connaissance des choses qui sont au-dessous de nous, est plus parfaite que l'amour ; mais, au contraire, lamour des choses qui sont au-dessus de nous est plus parfait que leur connaissance, parce que la perfection de l'amour procède de son objet
Quel est donc notre aveuglement d'appliquer toujours notre esprit à la seule connaissance, et de faire de la méditation une étude ? Que sert dé chercher de nouveaux principes de spiritualitéj comme si la foi ne nous suffisait pas, et si nos connaissances particulières pouvaient nous unir à Dieu sans faire nul olTort pour embraser la volonté de son amour, qui fait tout, et qui nous
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met immédialement en possession du bien aimé? (( Quand je parlerais le langage des anges et des hommes, dit saint Paul, si je n'avais pas la charité, je ressemblerais à de l'airain qui sonne, ou à une cymbale qui retentit. Et quand j'aurais le don de prophétie, que j'entendrais tous les mystères, que j'aurais toute la science et toute la foi, jusqu'à transporter les montagnes, si je n'avais pas la charité, je ne serais rien ^. »
(( Toutes ces choses, à la vérité, dit saint Augustin, sont grandes en elles-mêmes et sans la charité ; mais pour moi, si je les possède sans la charité, elles sont tout ce qu'elles étaient, et je ne suis rien. Ajoutez la charité, toutes ces choses profitent; ôtez la charité, elles sont toutes absolument inutiles : voyez quel bien c'est que la charité "-. » \oulez-vous devenir un chérubin en lumières, dit encore saint Augustin, ne vous dissipez point, et ne vous embarrassez point de tant de choses. Si la vaste étendue des branches vous étonne, tenez-vous à la racine, et ne vous mettez pas en peine de la grandeur de l'arbre. Ayez la charité, et ne doutez pas qu'elle ne soit suivie de la plénitude de la science ^.