I. D. Th. I p. q. 12, art
a. Inspi ratio llagrantissima; et lumlnosissimii? caritatis Lib. de gratta Christi. cap. sxxn .
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prit par des spéculations oiseuses, qui, séparées de l'amour, sont inutiles pour le salut ? Disons à Dieu ce que saint Augustin fait dire à David : « Vous êtes doux. Seigneur, enseignez-moi par vos douceurs les voies de votre justice '. » Cette amoureuse douceur peut m'apprendre tout ce que vous voulez que je sache, et me donner la force de l'accomplir avec liberté et avec plaisir. Les connaissances qu'une âme acquiert dans son oraison par l'amour et par l'expérience sensible qu'elle a des bontés de Dieu, surpassent les connaissances de tous les théologiens du monde, et toutes celles que les anges pourraient acquérir par les seules lumières delà nature. Aimons, et prions en aimant.
I. Suavis es, Domine, et in suavilate tua doce me. D. Aug. ibid, cap. xiii.
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qu'on l'ELT PLUS AIMEU QLE CONNAITRE
Plusieurs imcs sin\]>lps ont beaucoup d'ardeur, et ])eu de lumière. J/expériencc donne une connaissance [)lus parfaite.
Une autre raison nous fera encore mieux comprendre que, dans l'oraison, il est plus facile de s'exciter à un grand amour de Dieu, que de faire de grands raisonnements : c'est qu'on peut plus aimer Dieu, que le connaître. Celte remarque peut apporter beaucoup de consolalion aux personnes qui n'ont point d'étude et a qui la nature n'a pas donné une grande pénétration .
Saint Thomas, demandant si la connaissance est le principe de l'amour, répond avec saint Augustin, qu'absolument parlant, il est impossible d'aimer une chose entièrement inconnue ; et que la contemplation de la beauté et de la bonté divine est le principe de l'amour spirituel,
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comme la vue est la cause de l'amour des sens i. Mais il ajoute, qu'il n'y a pas toujours une parfaite égalité entre l'amour et la connaissance : souvent la connaissance est imparfaite, et l'amour est bien ardent ; parce que l'entendement, pour raisonner, unit ce qui est divisé, et divise ce qui est uni, en comparant deux choses ensemble ; et ainsi pour bien connaître un objet, il faut entrer dans un détail des parties dont il est composé, des qualités dont il est l'evêtu, et des vertus qui le font agir. Mais laAolonté se porte à l'objet tel qu'il est en lui-même, sans division ni partage. Il suffit que l'objet lui soit présenté : elle le peut aimer parfaitement, quoiqu'il ne lui soit que très imparfaitement connu, comme il paraît dans les sciences, que l'on aime déjà avant d'en avoir une parfaite connaissance.
Une funeste expérience, que nous faisons tous les jours, est encore une forte preuve de cette vérité. Si nous connaissions bien les choses du monde que nous poursuivons, les richesses qui nous trompent, les plaisirs qui ne font que passer, suivis de tant d'amertumes, et les honneurs qui nous précipitent en une infinité de malheurs ;
I. Visio corporalis est causa amoris scnsilivi, et similitcr contemplatio spiritualis pulcliritudinis vel bonitatis est principium amoris spiritualis. D. Th. 1.2, q. i-, art. 2.
H, \,r.> MWIMI.S CERTAINES 1 00
pourrions-nous jamais nous résoudre à los aimer? Lon connail [)eu, el on aime heauroup, parce que la volonté n'étant qu'une inclinalion, s'attache aussi toi à mi bien apparent qu'à un véritahie bien ; elle prévient l'entendement, cl sans lui laisser le loisir d'examiner les conditions d'un objet, elle l'embrasse avec une aveugle précipitatit)a, el s'obstine à le posséder.
Mais cette facilité daimer avant de bien connaître, qui est la cause ordinaire de notre perte, peut devenir la source de notre bonheur. On |)eut aimer Dieu avec beaucoup d'ardeur el d'attachement, sans beaucoup de connaissance de ses infinies perfections. Combien d'àmes saintes, qui ne savent du mystère de la Trinité, que les principes comnums de la religion ; qui n'ont jamais ouï parler de processions, de relations, de notions divines, et des autres questions de la théologie sur ce mystère ; et qui néanmoins aiment, adorent, confessent la sainte Trinité de tout leur cœur, et seraient prêtes à mourir pour en soutenir la vérité ! Combien d'autres qui ne surent jamais le détail des attributs de Dieu, et qui aiment néanmoins très parfaitement, estiment, louent, glorifient sa toute-puissance, sa bonté, sa sagesse, sa justice, sa miséricorde, sur une légère connaissance qu'ils ont de ces per-
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fections divines ; tandis que souAent les grands théologiens, avec leurs spéculations, (( se fatiguent, selon l'expression de saint Bernard, à ronger les écorces des mystères, dont ils ne tirent aucun fruit \ »
« Nous voyons, dit saint Thomas, des personnes simples, qui sont ferventes dans l'amour de Dieu, lesquelles néanmoins sont incapahles de sY'lever dans la connaissance de Dieu ^. « C'est là l'avantage de la volonté sur l'entendement pendant que nous sommes en ce monde ; dans le ciel où les puissances de l'ame ont toute leur perfection, la connaissance sera égale à l'amour. Enseveli dans un corps, notre esprit est extrêmement limité ; maintenant nous ne connaissons Dieu que dans un miroir, et sous des énigmes. La foi elle-même, qui est notre unique lumière dans la religion, a ses nuages et ses obscurités, et elle ne nous paraît que le bandeau sur les yeux. Quel serait donc notre malheur si nous ne pouvions avoir plus d'amour de Dieu, que nous n'avons de connaissance de ses perfections et de ses mystères? Tant de Saints qui ont rempli les places des Séraphins, comment se seraient-ils