D. Th. 2.2, q. 183, art. 4» ad. o
IT. LES MAXIMES CERTArfES I97
voit-on (|uo la nécessité ou la conjoncture des afTaires, ou la volonté des parents, ou pour mieux diro, les ordres de la divine Providence, enf^ayent à des emplois contraires à leurs inclinations et à leur tempérament, et néanmoins ils ne laissent pas de se surmonter? Il y en a qui ont une aversion mortelle pour tous les embarras du monde, et néanmoins ils y sont plongés malgré eux, avec une perpétuelle attention ù se vaincre. D'autres ayant une fois goûté le plaisir qu'il y a de converser avec Dieu, ne voudraient jamais sortir de l'oraison, et cependant Dieu les jette dans des embarras qui les arrachent de ce saint repos. Ces Ames soupirent sans cesse après lenr chère retraite, et disent avec Job : « Maintenant je jouirais du repos » avec ces âmes saintes « qui se bâtissent des solitudes » pour être loin des bruits de la terre, si les chaînes du devoir ne me retenaient dans l'emploi oii je suis. Mais enfm il finit suivre les ordres de Dieu : le même désir de lui plaire, qui attache dans un temps ces âmes à la solitude et à l'oraison, les leur doit faire quitter dans un autre, et les oblige de renoncer à leur repos, pour s'acquitter de leur devoir, pour entrer dans les soins de la vie active, et travailler au salut du prochain.
Il est juste aussi que les plus aiTectionnées aux
œuvres saintes de la vie active, interrompent quelquefois leurs occupations ^^our s'appliquer à l'oraison. Elles doivent se souvenir de ce que saint Bernard représentait au Pape Eugène, qu'il n'y a personne qui les touche de plus près que le fils unique de leur mère ; et que ce serait une étrange folie de s'appliquer si fort à secourir les autres, qu'on se perdît soi-même. Si Ion considère les dangers où jctie les âmes la dissipation presque inséparable des occupations extérieures ; si l'on considère qu'on s'excepte soi-même du nombre de ceux pour qui l'on travaille avec tant de sollicitude et d'emprcsscmeni ; que saint Paul craignait de perdre le bonheur qu'il voulait procurer aux autres par ses prédications ; enfin, si l'on pèse bien la profondeur des jugements divins, et les autres grands motifs qui font trembler les plus innocents, il n'est pas douteux que cette crainte ne fasse rentrer un chrétien en soimême, et ne l'oblige à s'arrêter c[uelquefois au milieu de sa course, pour méditer sérieusement sur sa manière de vivre. « L'amour de la vérité, dit saint Thomas après saint Augustin, cherche un saint repos dans l'oraison, et la seule nécessité de la charité fait accepter les soins de la vie active. Que si personne ne nous impose ce'Ae nécessité et ce fardeau, il faut s'appliquer à la mé-