‹ Traité de la véritable oraison (volume 2)Chapitre 131 sur 164 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE l'utilité de l'oRAISOX QUI SE FAIT PAR LE RAISO>XEME>T

Négliger de considérer, source de tous les défauts. La raison est la règle de la vertu.

Je suppose ici assez connue cette division de l'oraison, en oraison affective, qui se fait presque par la seule volonté, sur une lé-ère connaissance; et en oraison de raisonnement, qui se fait par l'entendement, lequel considère et examine avec soin quelque matière de religion, et en tire, en même temps qu'il raisonne sur quelque partie de cette matière, des affections proportionnées à son raisonnement.

Il est aisé d'inférer de ce que nous venons d établir touchant la diversité des tempéraments, que les caractères des esprits étant fort différents' et tous les hommes n'ayant pas les mêmes inclinations, il y en a qui ont naturellement une grande disposition pour l'oraison affective, leur tempérament étant plus doux et plus calme, et

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d'autres qui ont un Icmpôramciil pins fdit ot moins de tendresse nalurell(\ sont [)lus capables de l'oraison de raisonnement ; et dans ceux-ci quel([uel'ois la verlu [)eu( rire d'autant plus solitle, qu'elle lient moins du sensible. Ils ont plus d'amour pt)ur la justice, et une droilurcdc co'ur plus inaltérable, parce qu'ils se conduisent parla seule raison qui est toujours égale, et qu'ils approl'ondissent mieux les vérités de la foi, qui est le fondement de l'édifice spirituel.

Mais avant de montrer l'utilité de cette manière d'oraison, je ferai une remarque. Certains auteurs, par le désir excessif de relever l'oraison alTeclive, qui consiste en un seul regard et dans le repos de l'entendement, semblent être tombés dans un sentiment outré. Ils la louent et la rec;)mmandent, comme si elle devait être la seule f[u'il foille pratiquer, et dont tout le monde est également capable. C'est la vérité que l'oraison air<'clive est très utile, et qu'elle doit avoir dans notre exercice la meilleure part, comme nous ferons voir dans la suite. Mais C(>llequi sefaitpar le raisonnement, qu'on appelle méditation et considération, a aussi ses utilités et ses avantages, et c'est souvent la seule dont plusi(>urs personnes sont capables, ou pour laquelle ils ont plus de disposition, quoique s'ils veulent, ils puissent se

rendre capables de l'oraison affective par l'exercice continuel.

Saint Thomas, après Richard de Saint-Victor, définit l'oraison de raisonnement : « Une application de l'esprit, qui s'occupe à la recherche'de la vérité^ ; » cette application appartient à l'opération de l'entendement, qui raisonne sur les principes qu'il a déjà établis, pour se convaincre de quelque vérité, ou de la grandeur de quelque mystère de la religion, ou de la nécessité de quelque vertu. Saint Bernard n'a point fait difficullé d'avancer, que toute la piété chrétienne était renfermée dans la considération. Car la considération faisant prévoir et di^^poser par avance tout ce qu'on doit faire, c'est donc elle qui gouverne les affections, distribue les actions, corrige les excès, compose les mœurs, et règle toute la vie. Ainsi elle produit d'une certaine manière toutes les vertus, puisque les vertus cesseraient d'être vertus si la considération ne nous prescrivait le milieu qu'elles doivent garder : ce milieu est toute la force et comme la moelle des vertus, car on n'oserait jamais assurer qu'une action inconsidérée soit une action de vertu 'K

Mais pour prouver plus clairement l'utilité de

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