‹ Traité de la véritable oraison (volume 2)Chapitre 21 sur 164 · I. LES ERRELRS I · texte numérisé non relu

I. LES ERRELRS I

se jetle à ses pieds est élevé par lui, et celui (ju s'élève contre lui est rejeté '. » Il ne faut pas s'imaginer qu'on puisse arracher des mains de Dieu les grâces qu'on lui demande ; mais on pourrait bien, par une véritable humilité, le fléchir à nous les donner sans les avoir demandées ni y avoir prétendu. Il faut donc nous tenir dans le degré plus bas de l'oraison, pour nous rendre dignes d'être élevés à un degré plus haut, lorsqu'il plaira à Dieu ; et pour le dire ainsi, nous devons être si fidèles à persévérer dans notre chemin, que Dieu nous y trouve quand il viendra pour nous prendre, et nous faire entrer lui-même dans le repos d'une plus haute contemplation.

Hélas ! qui sonmies-nous pour aspirer à des grâces singulières ? iSous devons nous estimer assez heureux que Dieu nous veuille souffrir quand nous nous présentons devant lui pour le prier. Jamais, dit un Père^, nos oraisons ne sont plus agréables à Dieu ni plus efficaces envers lui, que lorsqu'elles sont accompagnées de toute la modestie et l'humilité qui nous est possible.

Mais vous qui avez la hardiesse de demander à Dieu des faveurs extraordinaires, présumez-vous lui avoir rendu des services extraordinaires pour

1. D. Aug. apud D. Tliom. 2.2, q. iCi, art. 3. a. Tertul. Lib. de oratione, cap. xui.

les mériter ? Dieu ne mérite-t-il pas toutes nos louanges, tous nos respects, toutes nos adorations et tout notre amour, quand même nous ne devrions jamais espérer d'autre récompense que la gloire de l'avoir servi P « Louez le Seigneur, dit David, selon sa grandeur, qui n'a point de bornes ^ » Mais comment est-il possible, dit un Père, que nos louanges égalent sa grandeur, puisque sa grandeur est infmie ! Le Psalmiste nous a voulu faire comprendre que ses perfections n'ayant point de bornes, il n'y doit point avoir de fm dans nos louanges.

Que Dieu nous refuse ses caresses, qu'il fasse semblant de n'écouter pas nos prières, qu'il laisse nos esprits dans l'obscurité, qu'il abandonne nos cœurs aux aridités, et notre imagination aux distractions ; ne mérite-t-il pas toujours également nos hommages ? Il n'y a que les âmes intéressées et mercenaires qui ne veulent servir Dieu que pour récompense. Lne âme généreuse, qui le regarde comme père et comme époux, ne demande point d'autre grâce que celle de lui plaire. Quand vous aurez rendu à Dieu tous les hommages et tous les respects qui sont dus à sa grandeur ; quand vous aurez témoigné

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