AVERTISSEMENT
Il n'y a point de matière si sainte dans la doctrine de l'Eglise, que les nouvelles hérésies n'aient tâché de corrompre par un mauvais sens, en abusant des termes les plus reçus. C'est pourquoi, quand ce mal est arrivé, il est nécessaire de parler de ces matières avec plus de rigueur et d'exactitude qu'auparavant. On ne peut plus sans danger se servir de certains termes, qui leur donnaient un plus grand jour, et qui, reçus dans la simplicité chrétienne;, ne blessaient pas l'esprit des fidèles. Ceux qui à l'avenir écriront de l'oraison et de la contemplation, seront obligés d'apporter une attention particulière pour éviter les termes sous lesquels la nouvelle hérésie des Quiétistes a caché de grandes erreurs, employant en mauvais sens les mots très saints d'oraison de repos et de contemplation.
On a vu un grand nombre de livres, dont on
VÈniT.VBLE ORAISON. I'*
XVIII VVERTISSKMENT
peut dire ce qu'a dit un ancien, de ces vases qui, présentant les litres spécieux d'excellents remèdes, enfermaient des poisons mortels '. Lnc infinité d'âmes se sont laissé prendre de notre temps par de très belles apparences, et par l'espérance vaine qu'on leur donnait de parvenir à une haute sainteté sans nulle peine et nulle mortification, mais en se tenant seulement dans un faux repos. Trompées par cette idole et ce fantome de vertu, « leur conscience qui était faible », comme parle saint Paul, « en a été souillée ■ » el c'est tout le malheureux fruit qu'elles en ont retiré.
Voilà ce qui m'obligera d'user d'une grande précaution, lorsque j'emploierai les mêmes expressions, qui sont devenues dangereuses par le mauvais usage qu'en ont fait ces faux et ces voluptueux contemplatifs. Cette circonspection a été nécessaire dans tous les temps. Les Pères de l'Eglise ont été bien plus réservés après que les hérésies ont été découvertes, qu'ils n'étaient au-