I. LES KUUEUUS
Ndiis avons i\vy\ dil (ju'il ])eiil y avc)ir une (•ttnlciuplallon si élevée cl si pure, qu'il n'y en lie rien tic sensible. El sans parler d'une oraison extraordinaire et tout à fait surnalurcUe, il est évident, parlant même d'une oraison ordinaire et connnune, (jne lonpi'on s'applique à considérer les perlections divines, ou le mystère de la très sainte Trinité, ou quelqu'autre vérité purement intellectuelle, on ne peut rien admettre de sensible dans une pareille méditation, et qu'il faut éloigner de soi tout ce qui est corporel. Mais de vouloir que, dans tous les étals, on ne se représente jamais l'humanité du Sauveur, et qu'ainsi on ne médite jamais les mystères de sa vie, de sa mort, de sa résurrection, de sa gloire, c'est une erreur pernicieuse à l'àme et injurieuse à Jésus-Clirisl.
On peut dire, au contraire, que le plus ordinaire sujet de méditation qu'il nous est recommandé par Dieu de |ncndrc dans la loi de grâce, c'est Jésus-Christ crucifié, ([ue nous devons regarder tout ensemble avec douleur et avec amour. « En ce temps-là, dit Dieu par le prophète Zacharie, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de prières. Ils jetteront les yeux sur moi, qu'ils auront percé de plaies; ils pleureront, avec
des larines et des soupirs, celui qu'ils auront blessé, comme on pleure un fils unique : et ils seront pénétrés de douleur comme l'est une mère à la mort d'un fds aîné *. »
Voilà quel est l'esprit que Dieu a promis de répandre sur la véritable maison de David et sur la Jérusalem spirituelle, qui est son Eglise, « un esprit de grâce et de prière, » un esprit d'oraison, de méditation et de contemplation. Mais quel sera l'objet de cette oraison et de cette contemplation ? Ce sera Jésus-Christ sur la croix : « Ils jetteront les yeux sur moi qu'ils auront percé de plaies. » Et le fruit qu'ils retireront de la vue de cet objet, sera une douleur mêlée d'amour, telle qu'est la douleur que ressent une mère à la mort d'un fils unique qu'elle a perdu .
En elTet, quelle est la fin de la méditation et de la contemplation !' C'est de connaître les perfections de Dieu, de s'exciter davantage à son amour et de prendre des résolutions toujours plus fermes de se rendre constant dans son service. Toute la perfection du chrétien consiste en
I. Efl'undani... ot aspicient ad mo, qucm confixerunt ; cl plangcnt ciim planctu, quasi super unigcnitnm ; et dolol)unl super eum, ut dolcri solot in morte primogcniti. Zacliar. xxu, lO.
i. — Li;s Eum:ius (Sjj
ces trois rlioscs : la connaissance, l'amour cf. Vaclion : la connaissance de Dieu la plus parfaite qu'on puisse acquérir : l'amour le plus ardent dont le cd'ur de l'homme soit capable : et les actes des vertus les plus excellents qu'on puisse prati(pier. Mais oii trouver une source plus abondante de lumières, une fournaise d'amour ])lus ardente et un exemplaire plus accompli de toutes les vertus, qu'en Jésus-Christ?
C'est en Jésus-Christ, dit l'Apolre, que « la grâce, la bonté et l'amour de Dieu pour les hommes ont paru au monde ' ». Ce qui se doit entendre tic toutes les perfections de Dieu. Ces perfections jusqu'à l'incarnation du A erbe. ont été cachées aux hommes, car ils ne le connaissaient que superficiellement parla vue des créatures corporelles '. Qu'est-ce qui pouvait faire connaître la miséricorde de Dieu, alors qu'il ne pouvait pas être touché de nos misères !* Quelle largesse avaitil faite aux hommes (jui leur pût faire paraître le comble de sa bonté, lorsqu'il ne leur départait que des faveurs infiniment au-dessous de sa grandeur ? Comment pouvait-on connaître le pouvoir
I. Appaniit gratia Dci Sahatoris nostri omnibvis honiinibus. Tit. ii, ii.
•>. Olim circa liomincs miscricordia Dei lalct)al. D. Tii. in cap. •! ad Tituin, Iccl. 3.
QO DE LA. VÉUITABLE ORAISON
de sa colère el la rigueur de sa justice, lorsqu'il ne s'en prenait qu'à des créatures chargées de crimes, qui, de gaîté de cœur, voulaient bien se déclarer ses ennemis ;*
Mais lorsque l'on vient à considérer en la personne de Jésus-Christ, que Dieu même s'est chargé de nos misères, qu'il a pris un cœur sensible, et que souvent l'amour et la compassion qu'il avait pour nous lui ont fait verser des larmes, ne doit-on pas avouer que la miséricorde qui nous avait été cachée a commencé à se manilesler et à éclater à nos yeuxP
Lorsqu'on médite sérieusement qu'après nous avoir donné tout ce qu'il avait, il se donne tout lui-môme, et que la plénitude de la divinité habite en Jésus-Christ, et par Jésus-Christ en tous les hommes, dans le divin mystère de l'autel, « corporellement », dit saint Paul, et comme l'explique saint Thomas, « selon toutes ses dimensions », c'est-à-dire selon toute son étendue : ne voit-on pas que cette bonté, demeurée cachée aux anges mêmes avant l'incarnation, a commencé à se découvrir très amplement * ?
Quand on fait réflexion que la terril3le justice
I. In ipso Inliabitat omnis pleiiitado Diviiiitalis corporaliter. Golos. ii, 9.