CHAPITRE XIV
Eîi QUEL SE>S LES PÈUES ET LES SAIM'S ONT DIT qu'il y a UXE 0KAISU> de REPOS ET DE QUIÉ- TUDE
La Tliûologic mystique a ses manières de parler, comme la Théologie spéculative.
Après avoir fait connaître les erreurs qui se peuvent glisser clans l'exercice de l'oraison et empêcher l'utilité qu'on en doit tirer, il est expédient d'éclaircir certaines manières de parler qui se trouvent dans les Pères, et particulièrement dans saint Denys, en plusieurs de ses livres traitant de l'oraison. On ne doit pas s'étonner que les contemplatifs aient des termes qui leur soient particuliers. La Théologie mystique a cela de commun avec toutes les autres sciences. La Philosophie et la Théologie scolastique ont aussi leur style, composé de locutions harhares, qui sont néanmoins des clefs nécessaires pour entrer dans les plus grandes difiicultés et les résoudre.
Les premiers qui ont écrit de la Théologie
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niNsliquc ont voulu c.\[)liquer ce f(ui se passait dans leur oraison et clans les autres opérations inlc'ricurcs. Mais ne pouvant pas se l'aire entendre assez clairement en usant de termes ordinaires, ils ont fait ce (|uc saint Augustin dit de lui-mrnie, en traitant de la béatitude céleste, dont la conlenn)latinn qui se pratique sur la terre n'est c[u'une participation : « Je me suis expliqué, dit il, comme j'ai pu : Qnonwdo polui dixi. » On ne doit donc pas trouver étrange qu'ils aient employé des termes particuliers pour exprimer des choses extraordinaires.
Toutelois, il semble qu'il y ait au temps oîi nous sommes une nécessité d'éviter ces termes, à cause du mauvais usage qu'on en a fait. Il faut maintenant que ceux qui écrivent pour instruire sur ces matières les personnes de piété s'étudient à parler avec toute la netteté possible. Saint Thomas ne s'est jamais servi de termes singuliers, quoiqu'il ait expliqué les plus sublimes vérités de la vie mystique. Et quoiqu'il ait ressenti, dans ses extases qui lui étaient familières, les opérations les plus intimes de la vie contemplative dont Dieu favorise les Saints, il réduit tout aux termes communs de la Théologie ; ôtant ainsi à ses lecteurs l'occasion de se tromper avec des expressions qui semblent des énigmes, bien
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qu'elles aient été employées par les Pères en un fort bon sens. Il ne nous sera donc pas difficile d'expliquer ce que ces termes renferment d'obscur, et de montrer leur véritable sens, prenant saint Thomas pour interprète.
La manière de parler qui se trouve la plus fréquente dans les auteurs et dont on a le plus abusé, c'est de dire que l'oraison la plus parfaite est une oraison de repos ou, comme l'on dit. de quiétude. On s'est persuadé qu'il s'agissait d'une oraison passive, dans laquelle l'àme n'agit point de son côté, mais reçoit tout de Dieu, parce que, dit-on, les propres opérations de l'âme sont un obstacle aux opérations de Dieu.
Il n'y a point de doute que les Saints n'aient dit souvent que, pour faire une parfaite oraison, l'âme se devait mettre dans un grand repos, et que l'oraison elle-même était le plus doux et le plus véritable repos de l'âme. Ils ont autorisé cette expression })ar ce mot du Psalmiste : Vacatc et videte : « Tenez-vous en repos, et considérez K )) etc. Saint Grégoire, expliquant ce jiassage de l'Apocalypse : <( Il s'est fait un silence dans le ciel, environ d'une demi-beure, » entend par ce silence le repos dont l'âme jouit dans