‹ Traité de la véritable oraison (volume 2)Chapitre 82 sur 164 · I. — ij:s kiuu;i us I · texte numérisé non relu

I. — ij:s kiuu;i us I

nous rond les maîtres de loul noire temps, pour ne remployer qu'aux opérations de l'es|)rll. Il ajoute que le Philosophe^ ra[)pelle vacalioncni, c'est-à-dire une exemption de toutes les choses (pii tirent l'àme au dehors ; parce que les actions extérieures sont contraires au re[)os. Aussi saint Cùégoire dit-il que « la vie contenq^lative consiste à l'aire cesser les actions extérieures, pour va((uer uniquement à l'amour de Dieu et du prochain et à [)crdrc toute sorte d'all'ection pour les choses du monde, foulant aux pieds tous les soins, pour ne senllammer continuellement que du désir devoir son Créateur *. »

En effet, comment \\n esjirit dissipé par les ohjets de la terre, par des st)ins inutiles, par des occupations qui ne conviennent point à son état, qui blessent la conscience et qui remplissent l'àme d'imperfections, ou par des ap[)lications excessives aux affaires et aux occupations qui lui sont propres, quelques bonnes et louables soientelles, un esprit, en un mot, toujours agissant et

I. UnJc fîrcgorius sujjcr Ezechicl : « Contcmplativa vila est caritatcm Dci et proximi tola mente rcliiicrc, ab cxteriori aclione quicsccrc ; ita ut iiiliil jam agcrc libeat, scd calcalis curis omnibus ad vidcndani faciem sui crcatoris animus inardcscat. » D. Th. in 3. Sent. 3,dist. o5,q. I, art. 2.

toujours agité, pourrait-il apporter toute l'attention nécessaire pour faire une parfaite oraison 1* De là vient qu'en une infinité de personnes de piété de toutes les conditions, tout le temps de l'oraison se passe à combattre les distractions et à rappeler l'attention. Mais cette action est-elle de si peu de conséquence, oi^i l'on vient traiter avec Dieu de l'aflaire de son salut et de son avancement, l'unique affaire pour laquelle nous avons été créés et rachetés, qu'il ne faille pas recueillir toutes ses forces afin de se rendre attentif? Saint Denys fait consister toute la sainteté à rentrer dans cette heureuse unité \ Et saint Augustin appelle les véritables fidèles, (( amateurs de l'unité et de l'éternité, » unissant ensemble le chemin et le terme, puisque c'est par cette unité du cœur qu'on s'éloigne de la multiplicité des choses de la terre, et qu'on commence à s'établir dans une sorte de simplicité et d'immutabilité. C'est par là que l'âme se dispose à mériter cetic éternité bienheureuse, qui renferme tous les biens dans sa simplicité, et qui en fera jouir l'àmo par son immutabiHté.

1. D. Dionysius perfectionem sanclltalls semjîer désignât pcr hoc, quod est ex sparsa vita, in unicam consurgcrc. D. Tli. in i, dist. 17, q. '2, art. y. D. Aug. in Psal. lY.

T. — T>rs KnuRi ns

■ D'ailleurs coiiiinciit |)(ni\oii' onlciidro. j)ai'iui le hniil du iiKindc et des ciéalures, la voix de Dieu, ({ui ne parle au ciiMu-f[u'en secret, et qui, selon l'expression de Job. ne se lait entendre que (•(innn(> ini doux zépliir? J^cs occupations des sens et le tumulte tles hommes emjxVlienl d'entendre cette Noix douce et intime. Où est-ce qu'on trouve la sagesse ? demande Job. La mer répond : Elle n'est pas avec moi. Car, dit saint Grégoire, que signifie la mer. sinon ces amcs mondaines, qui sont constamment dans l'inquiétude, dans les troubles et dans l'amertume par l'agitation de leurs passions, dont l'une ne cesse que pour lairc place à une autre ' ')

C'est donc le premier sens, auquel les saints Pères ont dit que l'oraison était un repos ; non pas parce que l'àme demeurait dans l'inaction et faisait cesser toutes ses opérations, mais parce qu'elle était dans un grand éloignement des soins et des affaires de la terre. C'est par sa solitude intérieure et son recueillement, et autant qu'il lui est permis par sa retraite extérieure, qu'une àme se met dans cet heureux repos. Mais

I. Ad me dictum est vei'bnm absconditum, et quasi furtive susccpil auris mea vcnas susurri ejus. Job. iv, D. Th. in cap. iv. Job. S. Greg. ibidem. Moral, lib. XXYIII, cap. xiv.

c'est un repos cpe les Pères ont appelé otiiim negotiosum, un repos qui laisse appliquer l'esprit tout entier à l'unique affaire. Saint Augustin l'entendait dans le même sens, lorsque, voulant se décharger du soin de son évêché, il disait à son peuple : « Que personne ne m'envie mon loisir, car je l'emploie tout entier à une grande affaire '. »

Les âmes véritablement contemplatives, non seulement quittent tous les soins qui ne les regardent pas, mais elles en perdent même le souvenir ; et aux créatures, qui les voudraient tirer de leur repos, et à toutes les pensées superflues qui se présentent à leur esprit, elles disent sans cesse ce que Notre- Seigneur disait à Martlie : Il n'y a qu'une chose de nécessaire. J'ai choisi par la grâce de Dieu la meilleure part, que ni les hommes ni les passions ne m'ôteront point.

I. Nenio imideat otio meo, quia mcuin olium, magnum liabct ncgotium. Epist. ex.

CIIVIMTRK XVI

SECONO SE:XS. il y a une 0!\A.IS0N qui PAU SA DOUCEUR PEUT ÈT1\E APPELÉE OUAISUN DE RE- POS

Violente inclination de l'àmc de se porter à Dieu. Le plaisir qu'elle goûte, lorsqu'elle le possède dans l'oraison.

Non seulement Télat d'une vie contemplative pris en général est un état de repos, mais il y a une oraison partirulièie, qui, par sa douceur, peut être appelée une oraison de repos ; et c'est le second sens, auquel les Pères ont entendu parler du repos et de la quit-tude de l'oraison. Sainte Térèse, la plus éclairée et la plus sainte maitresse des contemplatifs, traite de cette oraison aux Mv" et xv" chapitres de sa ^ ie, dans le xwu'' du Chemin de la perfection et dans la quatrième demeure du (Jhàledii de lànie. C'est d'elle que la plupart des auteurs semblent avoir pris ce qu'ils en ont dit. Nul n'en a écrit avec tant de netteté que celte Sainte, parce que peu en

ayant eu l'expérience, ils n'ont pas eu la même facilité de s'en expliquer, ^ous lisons dans sa vie que Dieu la mettait dans le même état d'oraison dont il voulait qu'elle écrivît, afin qu'elle pût mieux s'expliquer, écrivant ce qu'elle venait de sentir, et quelquefois ce qu'elle sentait encore, la plume à la main. Aussi tout ce qu'elle a écrit est énoncé avec la dernière exactitude ; et si l'on y fait un peu d'attention, on verra que toute sa doctrine est conforme à celle de saint Thomas : en quoi il est aisé de reconnaître que c'était un même esprit qui avait enseigné l'un et l'autre.

L'oraison dont elle parle ici est tout à fait surnaturelle, et l'industrie humaine n'y a point de part, Dieu la communiquant à qui il lui plaît. Cet avertissement pourra suffire aux personnes de piété qui cherchent Dieu dans la sincérité de leur cœur : qu' est-il donc nécessaire de chercher des règles pour une grâce qu'on ne peut jamais acquérir par sa propre opération ? Il faut apprendre les règles de l'oraison ordinaire, et vivre de telle sorte qu'on ne se rende pas indigne des grâces que Dieu voudrait nous communiquer. Le moyen le plus assuré pour ne s'en rendre pas indigne est de persévérer avec fidélité dans l'oraison ordinaire; parce que Dieu, selon les lois de son aimable providence, n'accorde jamais de

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