‹ Traité de la véritable oraisonChapitre 111 sur 129 · Roui, -mu, i8 ; II Cor. iv, i - ; Ilchr. xii · texte numérisé non relu

Roui, -mu, i8 ; II Cor. iv, i - ; Ilchr. xii

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LllTIlU, WIII

Ce qu'il faut l'aire lorsqu'on répand de» larmes dans l'oraison.

Mon (irs cher IVère,

.l'avais omis de vous répondre sur un article do \olre dernière lellre, où vous me marque/ que ^olls NOUS trouve/ quelquefois tout en larmes, en Taisant voire oraison ; et que vous craignez que ce ne soit une illusion du démon. \ous laites bien de craindre et de \oiis tenir toujours siu* vos gardes, pourvu (|ue celle crainte ne soit pas excessive, et qu'elle ne vous jette pas dans le trouble et dans raliallenirnl.

[.es larmes d'elles-mêmes ne sont ni bonnes ni mauvaises; mais leur bonlé dépend du motif qui les fait couler. Elles viennent qucl(|ucfois il'un naturel triste et mélancolique, qui trouve du soulagement en les répandant en secret, sans savoir pourquoi il pleure.

Crràce à Dieu, vous n'êtes point de ce tempérament. Mais si dans le cours de votre dévotion

Aous étiez quelquefois sujet à certains moments de mélancolie, ne vous occupez point pour lors des sujets tristes qui peuvent l'entretenir ou l'augmenter. Au contraire, durant votre oraison appliquez-vous à ceux qui sont capables de vous inspirer une sainte joie et de la confiance en Dieu ; comme est la considération des plaisirs charmants du paradis et des grandes miséricordes du Seigneur. Il est bon aussi, tandis que dure cette tristesse, de tâcher d'égayer un peu l'esprit, en fréquentant des personnes qui soient en même temps et sages, et d'un naturel agréable, et qui aillent à Dieu avec confiance et avec une sainte liberté ; dont le caractère est de trouver Dieu en tout sans s'embarrasser et de prendre de toutes les créatures occasion de s'élever à lui.

Quelquefois les larmes viennent d'un naturel tendre et affectif, qui est touché facilement de tout ce qui peut exciter la compassion. D'autres fois, c'est un don que Dieu communique à certaines personnes. Le démon peut aussi faire répandre des larmes dans les exercices de dévotion, afin d'inspirer ensuite quelque secrète vanité et complaisance, en persuadant que ces larmes sont une marque d'une grande sainteté.

Mais de quelque côté que viennent les larmes que Aous répandez dans vos oraisons, je vous

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conscillo do no [K^iiil quiltor pour cela ce saint exercice, mais de vous liuniilier profondément devant Dieu. Si elles continuent longtemps, lâche/, de détomner votre esprit du sujet (pii les excite ; et occupez-vc^us des grandeurs de Dieu ou de toute autre chose qui vous jette plutôt dans l'admiration que dans la compassion. Si ajjrès cela, elles continuent encore de couler maigre vous, laissez-les couler sans y fiiire attention et sans vous en trouhler. Prenez garde pourtant que ceux qui sont proches de vous ne s'en aperçoivent ; et retenez les soupirs que vous voudriez quelquefois pousser afm de vous soulager.

Les larmes qui \iennent de la nature, si elles durent longtemps, appesantissent lesprit, épuisent la tête et fatiguent le corps. Celles qui sont causées par le démon laissent une certaine inquiétude intérieure, qui cause du trouhle et va quelquefois jusqu'à l'impatience. Mais celles qui viennent de Dieu sont accompagnées d'une grande douceur et laissent une grande paix dans les puissances de l'àme.

Il y a des personnes qui, dès le commencement de leur conversion, fondent en larmes, lorsqu'elles considèrent dans leur oraison l'énormité de leurs péchés, leurs ingratitudes envers Dieu, les souiTrances de notre Sauveur Jésus-Christ, la

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LoiUé et les miséricoides du Sei<^nciir, et plusieurs autres sujets. Mais elles no doivent pas beaucoup compter sur leurs larmes, ni faire des efibrts pour en répandre, ni les trop désirer. Ce n'est point nniquemcnt des larmes de nos yeux, que dépend la véritable conversion ; elle dépend surtout du cliangemeiit de notre cœur, qui doit se détacher de la créature pour s'attacher par amour à son Créateur. Les larmes sont souvent un signe équivoqne de ce changement. Les plus grands scélérats pleurent quelquelois en rélléchissant sur leurs désoidies passés et présents, et sur les châtiments dont ils sont menacés à l'avenir. Mais à peine ont-ils essuyé leurs larmes, qu'ils retombent encore dans leurs péchés d'habitude. Dans ceux même qui sont véritablement convertis, les larmes ne viennent pas toujours tie Dieu, mais quelquefois de la nature. Ainsi le pins avantageux est de ne })oint les rechercher, de ne point s'y arrêter et déjuger de la conversion par le changement de \ie.

Je me soutiens que lorsque vous commençâtes à vous adonner à ce saint exercice tIe l'oraison mentale, parmi les consolations sensibles que Dieu vous y fit ressentir, il vous donna celle des larmes. C'était apparemment pour s'accommoder à votre faiblesse, et pour vous fortifier, afin de

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|)nii\nii' s»n)p(irl('r a\('(' paliciirc toutes los peines ((lie \niis ave/ oniluiées dans la suite. Il y ad'au- Ires personnes à cpii l)i(Mi ne tlonne [)as cette sorte (l(> (•(insolation, soit parce qu'il en est le Maîlre. soil parce qu'elles sont assez tories sans cela pour ne j)as succouiher. soit parce que peutèlre elles en abuseraient ; soit enfin, parce que les larmes ne sont })oint nécessaires pour le saint, puisque d'ellcs-ni(*mcs elles ne sont d'aucun UK'rite. .le crois que celles cpie vous r('pan(le/ encore à piésent dans vos oraisons, ne viennent point (lu iK'nion. niaisdeDi(Mi ; à cause du i^nual calme (pi'elles laissent dans voire àme.

Mais quand nuMue le d(''nion y conirihueiait quelquefois, il ne pourra pas vous nuire, si vous ne les désire/ ]ioint ; si vous ne vous les procurez pas j)ar des elloits ; si vous ne vous y airètez point lorsqu'elles vous arrivent, mais tâchez doucement de les détoxuMier et de les dissiper ; si vous vous reconnaissez indigne de toutes sortes de consolations ; et abîmé dans votre néant, vous vous en humiliez devant Dieu, et vous en servez pour l'aimer et le servir avec plus de fidélité et de ferveur. Il y a des personnes d'un naturel si tendre et d'un amour pour Dieu si alTectif, qu'une seule parole d'édification qu'elles auront entendue est capable de les faire pleurer ; im

simple regard diin crucifix, une courte lecture et une bonne pensée produisent quelquefois en elles les mêmes effets. Mais soit que vos larmes viennent de l'amour que vous avez pour Dieu, soit que votre naturel y contribue de quelque chose, évitez également d'en avoir de la complaisance et de vous en troubler.

Ceux que Dieu a élevés à l'oraison de suspension des puissances, d'extase et de ravissement se trouvent quelqiiefois tout baignés de Icm's larmes lorsqu'ils reviennent à eux-mêmes, sans savoir comment ces larmes ont coulé et quand elles ont commencé à couler. Ces larmes, au lieu d'appesantir l'esprit, le soulagent ; et au lieu d'éteindre l'amour du cœur, l'augmentent quoicpi'elles tempèrent en quelque sorte l'impétuosité et la violence de son ardeur, 0 mon Dieu ! faites-nous ressentir quelques étincelles des ])lus pures flammes de votre amour, qui embrase et consume entièrement nos cœurs.

Mon cher frère, attachez-vous au saint exercice de l'amour de Dieu. Souvenez-vous toujours que, eussiez-vous le don des larmes, celui des miracles et des prophéties, si vous n'avez pas la charité, qui fait aimer Dieu poiu- lui-même, et le prochain pour Dieu, vous n'êtes rien aux yeux de Dieu, qui pèse tout au poids delà charité.

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Mais |)()ur coniiaîLro si \otis axez la cliaritc cl sa jxM'rcclion, considère/ la tlcsi'ii|tlioii que vSiiiil Paul ('lia l'aile (Ml (Mnivaiit aux Cdiiiilliieiis :

(( La (•llaril('^ est palienle, («lie est douce et « bienraisanl(\ La cliaril(3 n'esl point envieuse; elle (( n'est poini ((^'UR'raire et inr'cipitée. Elle ne s'enfle (( point (l'orgueil ; elle n'est point (l(''(laigneus(> ; (( elle ne cherche point ses propres intc^rc'ts ; elle ne (( se pique et ne s'aigrit de rien ; elle n'a point de « mauvais soup(;on ; elle ne se r(?jouit point de (( l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle <( tolère tout, elle croit tout, elle opère tout, elle (( soulTre tout '. »

llccherchez donc avec ardeur la charité qui ne finira jamais, mais qui unira éternellement les Hicnlieureux dans le ci(4 entr'eux et a\ ce Jésus- Christ ; et qui se consommera en Dieu, qui est charité. Je suis...

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