Malth. XI
LES KIVTS d'oU.VISON I.)3
f^ranilo lil)t'iit'' ilc ctiMir cl d'cs^)!!!. Je vous soiihailo cotlr licMiroiisc (lis|)Osili(tn, ol je suis...
IjETTUR VI
Il ne faut point s'arrêter aux grandes douceurs sensibles que l'on ressent quelquefois dans l'oraison.
Mon très cher (rère,
Je n'ai pu nrcmpecher, lorsque j'ai lu votre lettre, de bénir Dieu plusieurs fois, voyant le grand attrait qu'il vous donne pour l'oraison. Mais je ne puis ^ous féliciter de ces goûts sensibles, de ces grandes douceurs, et de ces transports et consolations extraordinaires que vous y ressentez quelquefois. En considérant de certains sujets doux et tendres, et parfois même les perfections aimables de Jésus-Christ, vos yeux, dites-vous, fondent en larmes, les soupirs et les sanglots naissent d'eux-mêmes ; votre coeur ressent de grandes douceurs, il hat d'une manière plus forte qu'à l'ordinaire, et il nage dans la joie.
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0 mon cher frère, que lout cela est propre pour flatter une nature sensuelle, et pour engraisser l'amour-propre ! Je vous conseille de ne point Aous y attacher, mais de vous en humilier.
Quelquefois, c'est Dieu qui fait ressentir dans loraison de certaines douceurs et consolations particulières, soit pour nous fortifier, et nous préparer à soutenir quelque forte tentation ; soit pour nous détacher de quelques plaisirs sensuels qu'on goûtait à l'attachement de quelque créature : car nous sommes si faibles, que nous avons besoin, comme les enfants, d'un nouveau plaisir pour en quitter un autre. D'autres fois c'est le démon qui fait goûter ces douceurs et ces plaisirs sensibles ; soit pour nous porter ensuite à y prendre une secrète complaisance, aussi bien que dans nos autres bonnes œuvres ; soit pour nous amuser du moins par là, en nous empêchant d'aller à Dieu purement par la foi, et pour l'amour de lui-même. Enfin la nature peut d'ellemême ressentir des douceurs et des plaisirs particuliers, lorsqu'elle se porte bien, et qu'elle trouve quelque changement dans son état : car la nouveauté lui plaît en tout.
Mais de quelque côté que viennent ces goûts et ces douceurs sensibles, le moyen le plus sûr et le plus covu't dont vous puissiez vous servir
LKS i;i\TS I) ou \IS(»\' 1 J.)
alors, c'csl tic nous Imiuilici piorondément dcvaiil Dieu ; de lui lémoigner que vous ne cherchez point, ces sortes de consolations, que vous en (Mes indii^iie. et que vous voulez l'aimer et le servir luùqtiement pour lui-même. Dieu prendra plaisir que vous l'aimiez plus que ses dons, si ces goûts viennent de lui. Si le démon en est l'anleui', il ne poiu'ra supporter longlciups votre humilité. VA pour votre nature elle a besoin d'être mortifiée en ce point.
Si. après tout cela ces grandes douceurs sensibles continuent encore, non seulement dans l'oraison, mais aussi hors de l'oraison : servezvous-en avec humilité, pour vous acquitter de vos devoirs et de vos obligations envers Dieu et le j)rochain avec plus de ferveur, d'exactitude, de charité, de douceur, de patience, etc. Craignez pendant tout le temps qu'elles dureront, d'en abuser ; mais ne vous troublez pas. Que votre crainte et la défiance de vous-même soient accompagnées et soutenues par une plus grande confiance en Dieu ; il ne vous abandonnera pas, si vous êtes humble et fidèle.
Si ces douceurs sensibles passent de l'intérieur à l'extérieur, de sorte qu'elles vous causent quelque émotion en votre corps, détournez pour lors votre imagination et votre esprit des objets qui
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les excitent. Les affections de compassion, d'amour, de confiance, que vous tâcheriez alors d'exciter en votre cœur, au lieu d'apaiser ces dérèglements, les exciteraient encore davantage. Un naturel tendre et affectif risquerait pour lors d'éprouver des suites fâcheuses. Ainsi vous ferez mieux dans ces moments de vous occuper tout de suite de Dieu. Adorez, bénissez et admirez ses grandeurs incompréhensibles, son éternité, son immensité, son infinité, sa toute-puissance. Surtout humiliez- vous, et anéantissez -vous très profondément en sa sainte présence. 0 mon Dieu ! que l'humilité peut préserver de grandes fautes !
Au reste, mon cher frère, ne croyez pas que pour faire de lionnes oraisons, il faille ressentir de grands transports dans le cœur et dans le corps. Ces sortes d'agitations, lors même qu'elles viennent de Dieu, ne sont souvent que des marques d'une âme qui commence à entrer dans les voies intérieures, et qui n'est pas encore assez disposée ni assez accoutumée aux communications et aux fortes impressions de la grâce dans l'oraison. Semblable en cela au bois encore vert, qui n'étant pas assez disposé pour recevoir la chaleur du feu, s'agite beaucoup au commencement, il sue, il fume ; mais lorsque le feu l'a en-
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li(>rcni(Mil soiiiiils c[ pi'iirliv, il csl calme cl liaii- (|uille au inilicii des plus fjraiules aiticiirs.
.le simliailc ([iio le fi'ii tin in s'eunaiiirnc dans ^(||^c oraison, el qu'il consume en vous tout ce (|ui w^ lui est pas encore iinrlaitcmcnt soumis. Je suis...
LeT TUE \ II
La dévotion à la sainte Vierge Marie est un puissant secours pour avancer dans l'oraison.
Mon 1res clicv frère,
La grande et universelle dévotion de tous les chrétiens, c'esl de connaître et d'aimer Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ '. C'est cette dévotion qui doit être le but et la fin de vos oraisons, et de toutes vos autres occupations ; vous deve/rcgarder comme perdu tout ce qui ne s'y rapporte pas.
J'approuve pourtant et j'eslime beaucoup les dévotions et les confréries particulières que l'Eglise a approuvées et enrichies de plusieurs
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indulgences. Mais parmi toules les dévotions pailiculières que l'on a érigées dans l'Eglise pour se mettre sous la protection de quelque créature que ce soit, je préfère celles qu'on a établies en l'honneur de la très sainte \ierge, qui est la Mère de Jésus-Glirist a rai Dieu et vrai hojume tout ensemble. Ainsi, puisque vous désirez depuis longtemps implorer le secours de quelque saint, pour obtenir par son intercession le don si précieux et si nécessaire de l'oraison ; je vous conseille de faire pendant un peu de temps quelque dévotion à la sainte Vierge pour cela, et je suis sur que la Mère de Dieu vous en obtiendra un puissant secours.
\ous devez, avec tous les chrétiens, regarder la sainte Vierge comme voire Mère. Tous les chrétiens, selon le sentiment des saints Pères, se trouvaient représentés et ramassés en la personne de saint Jean, lorsque Jésus-Christ attaché à la croix lui dit de prendre la sainte Merge pour sa Mère ; et lorsqu'il dit à sa très sainte Mère de regarder sain t Jean comme son fils ' . Il faut donc à ce titre la respecter, l'aimer et l'invoquer. Mais pour vous, en particulier, mon cher frère, vous devez avoir une dévotion tendre, filiale et affec-