‹ Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge [microforme]Chapitre 18 sur 49 · VIERGE · texte numérisé non relu

VIERGE

ter sa force à se laisser porter par cette Vierge bénie ; il à trouvé sa gloire et celle de son Père à cacher ses 4} plend ‘urs à toutes les créatures d'ici-bas, pour ne les révéler qu'à Marie ; il a glorifié son indépendance et sa majesté à dépendre de son humble Vierge dans sa conception, en sa naissance, en sa présentation au temple, en sa vie cachée de trente ans, jusqu’à sa mort, où elle devait assister, parce qu'il voulait ne faire avec elle qu'un même sacri

lice, et être immolé par son consentement au Père éternel, comme autrefois Isaac par le consentement d'Abraham à la volonté de Dieu, C'est elle qui l’a allaité, nourri, entretenu, élevé et sacritié pour nous.

O admirable et incompréhensible dépendance d’un Dieu, que le Saint-Esprit, pour nous en montrer Île prix, n'a pu passer sous silence dans l'Evangile, quoiqu'il nous ait caché presque toutes les choses admirables que cette Sagesse incarnée à faites dans sa 7 cachée ! Jésus- At a plus donné de gloire Dieu son Père par la soumission qu'il à eue N sa Mère pendant trente années, qu'il ne lui en eût donné en convertissant toute la terre par l'opér ation des plus grandes merveilles. Oh! qu'on glorifie hautement Dieu quand, pour se plaire, on 8e soumet à Marie, à l'exemple

e Jésus-Christ, notre unique modèle l

Si nous examinons de près le reste de la vie

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12 Di LA VRAIE DÉVOTION

de Jésus-Christ, nous verrons qu'il a voulu commencer ses miracles par Marie. Il a sanc- «ñé saint Jean dans le sein de sa mère, sainte Elizabeth, par la parole de Marie; aussitôt qu'elle eut parlé, Jean fut sanctifié, et c'est son premier et plus grand miracle de grâce.

A l'humble prière de Marie, il changea, aux noces de Cana, l’eau en vin, et c'est son premier miracle de nature. [Il a commencé et continué ses miracles par Marie, et il les couvinuera jusqu’à Ja fin des siècles par Marie.

Dieu le Saint-Esprit étant stérile en Dieu, c'est-à-dire ne produisant point d'autre personne divine, cest devenu fécond pur Murie qu'il a épousée. C’est avec celle, en elleet d'elle qu'il a produit son chef-d'œuvre, qui est un Dieu fait homme; qu'il produit tous les jours et produira jusqu’à la fin du monde les prédestinés, membre du corps de ce Chef adorable : c'est pourquoi plus il trouve Marie, sa chère ct indissoluble Épouse, dans une âme, plus il devient opérant et puissant pour produire Jésus-Christ en cette âme, et cette âme en Jésus-Christ,

Ce n’est pas qu’on veuille dire que la sainte Vierge donne au Saint-Esprit la fécondité, comme s’il ne l'avait pas ! puisque, étant Dieu, il a la fécondité ou la capacité de produire, comme le Père et le Fils, quoiqu'il ne la ré-

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duise pas à l'acte, ne produisant point d'autre personne divine, Mais on veut dire que le Saint-Esprit, par l'entremise de la sainte Vierge, dont À veut bien se servir, quoiqu'il n’en ait pas «bsolumeut besoin, réduit à l'acte sa fécondité, en produisant en ‘elle et par elle Jésus-Christ et ses membres : mystère de grâce inconnu même aux plus savants et spirituels d’entre les Chrétiens.

La conduite que les trois Personnes üe la très sainte Trinité ont tenue ‘ans l’'Incarnation et le premier avèncment de Jésus-Christ, eiles la gardent tous les jours, d’une manière invisible, dans la sainte Eglise, et la garderont jusqu'à la consommation des siècles, même dans le dernier avènement de Jésus-Christ.

Dieu le Père a fait un assemblage de toutes les eaux, qu’il a nommé la Mer : il à fait un assemblage de toutes ses grâces, qu’il a appelé Marie. Ce grand Dieu a un trésor ou un magasin très riche, où il a renfermé tout ce qu'il y a de beau, d' éclatant, de rare et de précieux jusqu’à son propre Fils ; et ce trésor immense n'est autre chose que M arie, que les Saints appellent le trésor du Seigneur, de la plénitude duquel les hommes sont enrichis.

Dieu le Fils a communiqué à sa Mère tout ce qu'il a acquis par ea vie et sa mort, ses mérites infinis et ses vertus :dmirables, et il l’a faite la trésorière de tout ce que son Père lui a donné

en héritage ; c’est par elle qu'il applique ses mérites à 8 membres, qu'il communique ses vertus et distribue ses grâces ; c’est son canal mystérieux, c'est son aqueduc, par où il fait passer doucement et abondamment ses miséricordes.

Dieu le Saint-Esprit à communiqué à Marie sa fidèle Epouse ses dons incffables, et il l'a choisie pour la dispensatrice de tout ce qu'il possède : en sorte qu'elle distribue à qui elle veut, autant qu'elle veut, comme elle veut et quand elle veut, tous ses dons et ses grâces, et il ne se fait aucun don céleste aux hommes qui ne passe par ses mains virginales. Car telle a été la volonté de Dieu, qui à voulu que nous ayons tout en Marie ; ainsi sera enrichie, élevée et honorée du Très-Haut celle qui s'est appauvrie, humiliée et cachée jusqu'au ‘ond du néant par sa profonde humilité, pendant toute sa vie. Voilà les sentiments de Eglise et des saints Pères.

Si je parlais à des esprits forts de ce temps, tout ce que je dis simplement, je le prouverais lus au long, par la sainte Écriture et les saints un dont je rapporterais les passages latins, et par plusieurs solides raisons qu'on pourra voir rapportées par le R. P. Poiréen sa Triple Couronne de la sainte Vierge. Mais comme je parle particulièrement aux pauvres et aux simples qui, étant de bonne volonté et ayant

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plus de foi que le commun des savants, croient plus simplement et avec plus de mérite, je me contente de leur déclarer simplement la vérité, sans m'arrêter à leur citer tous les passagos latins, qu'ils n'entendent pas, quoique je ne laisse pas d’en rapporter quelques-uns, sans les rechercher beaucoup. Continuons,

La grâce perfectionnant la nature, et la gloire perfectionnant la grâce, il est certain que Notre-Seigneur est encore dans le Ciel aussi bien Fils de Marie qu'il l'était sur la terre, et que, par conséquent, il a conservé la soumission et l’obéissance du plus parfait de tous les enfants à l'égard de la meilleure de toutes les mères. Mais il faut prendre garde de concevoir en cette dépendance quelque abaissement ou imperfection en Jésus-Christ, Car Marie, étant infiniment au-dessous de son Fils, qui est Dieu, ne Ini commande pas comme une mère d'ici-bas commanderuit à son enfant qui est au-dessous d’elle. Marie, étant toute transformée en Dieu par la grâce et la gloire qui transforme tous les saints en lui, ne demande, ne veut, ni ne fait rien qui soit contraire à l’éternelle et immuable volonté de Dieu. Quand on lit donc, dans les écrits des saints Bernard, Bernardin, Bonaventure, etc., que dans le Ciel et sur la terre, tout, jusqu’à Dieu même, est soumis à la très sainte Vierge, cela veut dire

ion Ste-Matétéine 1050, rue Lachevrotière Quebec 4.

est si grande, qu’il semble qu’elle ait la même puissance que Dieu, et que ses prières et demandes sont si puissantes auprès de Dieu, qu'elles passent toujours pour des commandements pres de sa Eh qui ne résiste jamais à la prière de sa chère mère, parce qu’elle est toujours humble et conforme à sa volonté.

Si Moïse, par la force de sa prière, arrêta la colère de Dieu sur les Israélites, d'une manière si puissante que le Très-Haut et infiniment miséricordieux Seigneur, ne pouvant lui résister, lui dit qu'il le laissât se mettre en colère, et punir ce peuple rebelle, que devrons-nous penser, à plus forte dent. de la prière de l’'humble Marie et digne mère de Dieu, qui est plus puissante auprès de sa Mujesté que les prières et intercessions de tous les Anges et les Saints du Ciel et de la terre ?

Marie commande dans le ciel aux Anges et aux Bienheureux. Pour récompense de son humilité profonde, Dieu lui a donné le pouvoir et la commission de remplir de Saints les trônes vides dont les anges apostats sont tombés par orgueil. Telle est la volonté du Très-Haut, qui exalte les humbles, que le Ciei, la terre et les enfers plient, bon gré, mal gré, aux commandements de l’humble Marie, qu'il a fs :e Souveraine du Ciel et de la terre, la générale de ses armées, la trésorière de ses trésors, la dispensatrice de ses grâges, l'ou-

vrière de ses grandes merveilles, la réparatrice du genre humain, la médiatrice des bommes, l’exterminatrice des ennemis de Dieu et la fidèle compagne de ses grandeurs et de ses triomphes.

Dieu le Père veut toujours avoir des enfants par Marie jusqu’à la consommation du monde et il lui dit ces paroles : Zn Jacob inhabita (1) ‘ Demeurez en Jacob ”’, c'est-dire faites votre demeure et résidence dans mes enfants prédestinés, figurés par Jacob, et non point dans les enfants du démon et les réprouvés, figurés par Esaü.

Comme dans l’ordre naturel il faut qu’un enfant ait un père et une mère, de même, dans l'ordre de la grâce, tous les vrais enfants de la grâce, tous les vrais enfants de Dieu et prédestinés ont Dieu pour père et Marie pour mère ; etquin'a pas Marie pour mère n’a pas Dieu pour père. C'est pourquoi les réprouvés, comme les hérétiques, les schismatiques, etc, qui haïssent ou regardent avec mépris ou indifférence la très sainte Vierge, n'ont point Dieu pour père, quoiqu'ils s’en glorifient, parce qu'ils n’ont point Marie pour mère : car s'ils l'avaient pour mère, ils l’aimeraient et l’honoreraient omme un vrai et bon enfant aime naturellement et honore sa mère qui lui a donné la vie,

(1) Eccli, xxiv, 13,

Le signe le plus infaillible et le plus indubitable pour distinguer un hérétique, un homme de mauvaise doctrine, un réprouvé, d'avec un prédestiné, c’est que l’hérétique et le réprouvé n'ont que du mépris ou de l'indifférence pour la très sainte Vierge, tâchant, par leurs paroles et exemples, d'en diminuer le culte et l'amour, ouvertement cu en cachette, quelquefois SOUS de faux prétextes.

Hélas ! Dieu le Père n'a point dit à Marie dé faire sa demeure en eux, parce qu'ils sont des Esaüs.

Dieu le Fils veut se former et, pour ainsi dire, s’incarner tous les jours, par sa chère Mère, dans ses membres, etil lui dit : Zn Israel hereditare..…(1): Ayez Israël pour héritage.” C’est comme s’il disait: Dieu mon Père m'a donné pour héritage toutes les nations de la terrre, tous les hommes bons et mauvais, prédestinés et réprouvés : Je conduirai les uns par la verge d’or et les autres par la verge de fer ; je serai le père et l’avocat des uns, le juste vengeur des autres, et le juge de tous ; mais pour vous, ma chère mère, Vous n aurez pour votre héritage et possession que les prédestinés, figurés par Israël ; et, comme leur bonne mère, vous les enfanterez, les élèverez et, comme leur souveraine, vous les conduirez, gouvernerez et défendrez.

(1) Eccli, xxxv, 13.

Un homme et un homme est né en elle, dit le Saint-Esprit : Homo et homo natus est îin ea (1). Selon l'explication de quelques Pères, le premier homme qui est né en Marie est l'Homme-Dieu, Jésus-Christ ; le second est un homme pur, enfant de Dieu ct de Marie par adoption. Si Jésus-Christ le Chef des hommes est né en elle, les prédestinés, qui sont les membres de ce Chef, doivent aussi naître en elle par une suite nécessaire. Une même mère ne met pas au monde la tête ou le chef sans les membres, ni les membres sans la tête :

autrement ce serait un monstre de nature ; de même, dans l’ordre de la grâce, le chef et les membres naissent d’une même mère ; et si un membre du corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire un prédestiné, naissait d'une autre mère que Marie qui a produit le Chef, ce ne serait pas un prédestiné, ni un membre de Jésus-Christ, mais un monstre dans l'ordre de la grâce.

De plus, Jésus-Christ étant à présent autant que jamais le fruit de Marie, comme le ciel et la terre le lui répètent mille et mille fois tous les jours : ‘ Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni ”, il est certain que Jésus-Christ est en particulier, pour chaque homme qui le possède, aussi véritablement le fruit de l’œuvre de Marie, que pour tout le monde en général :

(1) Ps. LxxxvE, 3.

en sorte que, si quelque fidèle a Jésus-Christ formé dans son cœur, il peut dire hardiment : “ Grand merci à Marie ; ce que je possède est son a effet et son fruit, et sans elle je ne l'aurais pas ” ; et on peut lui appliquer plus véritablement que saint Paul ne se les applique, ces paroles : Quos 1terum parturio donec formetur Christus in vobis (1) : “ J’enfante tous les jours “les enfants de Dieu, jusqu’à ce que Jésus- ‘ Christ mon Fils soit formé en eux dans la ‘ plénitude de son âge,”

Saint Augustin, se surpassant lui-même, et tout ce que je viens de dire, affirme que tous les prédestinés, pour être conformes à l’image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la très sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et” agrandis par cette bonne Mère, jusqu’à ce qu’elle les enfante à la gloire, après là mort, qui est proprement le jour de leur naissance, comme l'Eglise appelle la mort des justes. O mystère de grâce inconnu aux réprouvés, et peu connu des prédestinés !

Dieu le Saint-Esprit veut se former en e!le et par elle des élus, et lui dit : Zn electis meis mitte radices{1). Jetez, ma bien-aimée et mon Epouse, les racines de toutes vos vertus dans mes élus, afin qu'ils croissent de vertu en vertu et de grâce en grâce. J'ai pris tant de com-

(1) Eccli. xx1v, 13.

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