LITBE II, CHAPITRE VI
disposition de ]a loi; les diverses nianièreâ dont les hommes et les choses sont affectés par ce réi^iiltat on par cette disposition ^ et enfin la description des ëlémeiis de la loi^ de raction qu'elle exerce j ou des autres effets qu'elle produit. Les trois premières parties sont essentielles à l'existence de toute loi ; la dernière ne Test pas ^ puisque ce n'est que fort tard ^ ainsi que nous l'avons yu j que les dispositions des lois ont commencé à être décrites.
Dans tous les pays et dans toutes les positîontfj les individus dont le genre humain se compose sont soumis les uns à raction des autres : ils y sont soumis dans leurs relations de mari ou de femme j d*enfent ou de père^ de maître on d'esclave^ de gouvernant ou de gouverné , dans tous les pays et dans toutes les positions^ ils sont également soumis à Taction des choses ^ et à leur tour ils agissent continuellement sur elles ^ soit pour les rendre propres à satisfaire immédiatement leurs besoins j soit pour en faire des instrumeus- Il nous est donc impossible de nous soustraire aux forces qui agissent continuellement sur nous^ et dont le principe se trouve ou dans notre propre nature , ou dans nos semblables ^ ou dans les choses au milieu desquelles nous sommes placés. Ces forces sont des lois auxquelles nous ne saurions échapper : nous les jugeons bonnes ou mauvaises^ non par le degré d'intensité ou de puissance qui est en elles ^ mais par la nature des effets qui en résultent.
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On a distingué les peuples soumis à des pou* yoirs arbitraires , des peuples soumis à des pouvoirs légaux; et les gouvernemens de8poti<|ueSy des gouvernemens qui agissent conformément aux lois. Il y a souvent entre les uns et les autres moins de différence qu'on n'est généralem^it porté à le croire : une nation peut passer d'un régime arbitraire à un régime qu'on nomme légal) sans être pour cela beaucoup mieux. Voici en quoi consiste la différence ; il est essentiel de l'observer, parce qu'elle nous servira à nous faire de justes idées sur la nature des lois , et de l'influence qu'exerce la description de leurs dispositions.
Les lois y avons-nous dit, sont des puissances qui se composent d'élémens divers, et qui agissent de telle ou telle manière sur les hommes. Au nombre des élémens dont se composent ces puissances, nous comprenons les idées, les préjugés , les besoins , les passions des classes les plus influentes de la population, et particulièrement des hommes qu'on désigne sous le nom de princes, de ministres, de soldats, de magistrats, et de beaucoup d'autres. Ces élémens de puissance ne sont pas Clément nombreux chez tous les peuples : mais , à la différence près du plus et du moins, on les trouve partout , et partout ils agissent plus ou moins sur les nations. Si ces élémens de force sortent du sein du peuple, et sont le produit des idées , des besoins ou des passions dn plus grand nombre , on peut dire que c'est la
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population qniafTÎtsur elle-même ^ an moyen d'instrumens qu'elle a choisis. L'action que la population exerce ainsi sur elle-même ne lui est pas toujùors et nécessairement salutaire ; un peuple peut se nuire comme un individu. Si les clëmens de force qui constituent la loi résident dans un prince et sa cour^ ou dans les individus qui les dirigent ^ *:e!a ne suffit pas non plus pour que la loi soit toujours et nécessairement malfaisante j quoiqu'elle le soit dans le grand nom^ lire de cas ^ le résultat en est salutaire ou funeste^ selon les lumières et les intentions de ceux pai' qui ces forces sont mises en mouvement.
Puisque c'est la puissance qui forme la loi ^ il s'ensuit que partout où nous trouvons une partie de la population agissant constamment sur une une autre , nous trouvons également des lois. Les Russes 3 les Turcs, les Egyptiens j les Persans ^ sont donc soumis à des loîSj aussi bien que les Français et les Anglais; car ^ chez les uns comme chez les autres, on rencontre la plus grande partie des élémens de force dont la plupart des lois se composent. Mais il existe entre les uns et les autres une différence remarquable : raction qui résulte ^ chez les premiers, de l'exercice de la puissance^ n'est presque jamais décrite chez les seconds ^ au contraire , elle est décrite dans la plupart des cas où elle doit s^exercer. Il résulte de cette différence que j chez les uns , cette action est soumise à toutes les variations instantanées qu'éprouve la puissance qui la pro-
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duîtj et quCj par conséquent; elle est souvent irréguUère et désordonnée : tandis que ^ chez les autres ; la description de Faction de la loi contribue à rendre cette action plus unifonae et plus régulière.
Quelques exemples feront mieux sentir la diffëi^ence ; je suppose qu'un sultan et un empereur d'Autriche ont tous les deux besoin de lever ua impôt sur leurs sujets , pour faire une guerre , pour asservir ou exterminer une nation. L'un et l'autre sont mus par un même principe j ils tendent au même but| ils disposent des mêmes forces ; leurs sujets ont également à livi^r une partie de leurs moyens d'existence. De part et d'autre j nous trouvons des commis ayant des mains pour recevoii' ou pour prendre Targent dessujetaj des gens armés disposés à prêter main-forte aux commis; de part et d'autre ^ nous trouvons des receveurs ayant des caisses pour mettre cet argent, et des soldats pour le garder, nous trouvons, de plus, des ministres qui attirent cet argent à eux , et qui le distribuent selon leur plaisir ou selon la direction qui leur est donnée ^ de part et d'autre j enfin ^ nous trouvons unniaîti'C qui donne ou qui est censé donner le mouvement à la machine entière.
Tous ces élémens de puissance , dont la réunion forme la loi ^ se ressemblent dans les deux pays ; il n'existe de différence entre l'un et l'autre, qu'en ce que, dans Tua, l'action de cette puissance a été décrite, dans tous les cas où elle