CHAPITRE VIL
De l'influence de l'esclavage sur les mœurs des Romains.
Pour bien juger des effets que l'esclavage produisit sur les mœurs des Romains, il est nécessaire de se faire des idées exactes de l'état de la population asservie , et des diverses manières dont une personne devenait la propriété d'une autre.
Selon les usages des Romains, les hommes tombaient dans l'esclavage de plusieurs manières. Tous les soldats pris les armes à ia main , toutes les personnes trouvées dans une ville emportée
d'assaut étaient esclaves des vainqueurs. Ces esclaves de tous les âges, de tous les sexes, de tous les rangs, étaient vendus à l'enchère au profit de la république. Quelquefois, ils étaient vendus en détail ; d'autres fois ils étaient vendus en gros à des marchands qui suivaient les armées, et qui allaient les revendre dans les foires ou marchés (1). Des enfans romains devenaient esclaves, s'ils étaient vendus par leur pères; des débiteurs, s'ils étaient livrés comme tels à leurs créanciers. Un père pouvait vendre ses enfans quoiqu'ils fussent mariés; il pouvait vendre aussi ses petitsenfans. La vente d'un citoyen par un autre, même du consentement de celui-ci, fut d'abord déclarée illégale ; mais, comme il arriva que des individus se laissèrent vendre pour réclamer leur liberté après avoir profité du prix pour lequel ils avaient été vendus , et comme ces ventes frauduleuses nuisaient au commerce de la république, on finit par les déclarer valables. Les hommes condamnés pour crimes étaient quelquefois réduits en servitude , et devenaient une propriété publique; enfin, tout enfant né d'une femme esclave était esclave.
Il existait à Rome un marché toujours ouvert dans lequel étaient exposés en vente des hommes, des femmes, des enfans. Ce marché était abondamment fourni par les citoyens qui spéculaient
■ (ï) Après la prise d'une seule ville gauloise, César en mit cinquante mille en vente.