‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 2 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VII

sur ce genre de marchandise, et surtout par les illustres patriciens placés à la tête des armées. Un consul qui parvenait à se rendre maître d'une ville industrieuse, et qui, après avoir fait égorger presque tous les hommes en état de porter les armes, conduisait en triomphe au marché quarante ou cinquante mille individus de tout sexe et tout âge, produisait une admiration qui dure encore. On voyait régner dans ces marchés, la bonne foi , la loyauté et toutes les vertus romaines : afin de ne pas tromper les acheteurs, les marchands mettaient à nu leurs marchandises ; la mère de famille et la jeune fille étaient, aussi bien que les hommes, dépouillées de leurs vêtemens, exposées publiquement aux regards des curieux, et soumises à tous les examens propres à prévenir les fraudes. C'est au milieu de ce marché que le jeune homme à grande fortune et le vieux soldat que la guerre avait enrichi, allaient acheter les femmes dont ils avaient besoin ; c'est là que les respectables matrones allaient choisir les jeunes hommes nécessaires au service de leur maison .

Afin de donner aux vendeurs et aux acheteurs toutes les facilités possibles, et d'augmenter ainsi la prospérité du commerce, on n'avait aucun égard aux liens de famille qui pouvaient exister entre les personnes exposés en vente. Lorsque après la prise d'une ville industrieuse, la population était mise en détail aux enchères , le mari était vendu à un individu , la femme à un autre,

la fille à un troisième, et ainsi du reste de la famille , selon que les goûts ou les caprices des enchérisseurs en décidaient. La même liberté régnait dans les ventes privées ; le citoyen qui posdait plusieurs couples d'êtres humains, pouvait vendre les enfans et garder la mère , ou vendre la mère et garder les enfans , selon que ses intérêts le demandaient. Quant au père, on ne se donnait même pas la peine de savoir s'il existait, ou qui il était : l'enfant qui naissait d'une femme mise au rang des choses, n'était lui-même qu'une chose, fût-il le fils d'un sénateur ou d'un consul.

Les législateurs de Rome ayant appris aux romains à respecter les propriétés de leurs concitoyens, aucune autorité ne protégeait les hommes ou les femmes qui étaient des choses, contre les violences des hommes ou des femmes qui étaient des personnes. Si les individus, hommes ou femmes , qui appartenaient à un citoyen romain, se montraient rebelles à ses désirs quels qu'ils fussent, le magistrat de la république arrivait avec une force suffisante pour soumettre cette propriété révoltée, et veillait ainsi au maintien du bon ordre et des bonnes mœurs.

Un homme qui, suivant les mœurs romaines, était placé au rang des choses, n'avait donc aucune propriété, pas même celle de la plus petite partie de sa personne. Il n'avait que l'industrie qu'il plaisait à son maître de lui faire exercer; les produits de son travail lui étaient constamment

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