‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 103 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XVII

ductions qu'on est obligé de tirer de l'étranger.

La partie française de Saint-Domingue avait , en \ 788 , une population de cinq cent vingt mille habitans; sur ce nombre, quatre cent cinquantedeux mille ne possédaient rien , puisqu'ils étaient esclaves. Ils n'avaient pour habitations que de misérables huttes, pour vêtemens qu'un pagne de toile bleue, et pour alimens que ce qui leur était rigoureusement nécessaire pour ne pas mourir de faim. Les richesses territoriales, qui étaient presque les seules qui existassent dans le pays, se concentraient dans les mains de la classe aristocratique ; mais , dans cette classe, il se trouvait un grand nombre de familles qui avaient plus de dettes que de biens , ou qui ne possédaient qu'une fortune très-bornée.

INous observons les mêmes phénomènes dans les colonies qui nous restent. Les terres et les capitaux employés à la produc tion du sucre, composent presque toutes les richesses coloniales , et ces richesses sont concentrées dans les mains d'environ treize cents familles (1). En supposant

(i) Le nombre des sucreries qui se trouvent dans nos quatre principales colonies est de i,3i8 , savoir : A la Martinique, 463.

A la Guadeloupe, 583.

A Bourbon, environ 212.

A la Cayenne , 60.

Total. i,3 18.

Le nombre des caféyères s'élève à 2.469, et celui des co-

que chaque famille soit composée de six personnes, il y aurait donc neuf mille individus qui jouiraient des avantages que donne la richesse. Il existe de plus dans les colonies environ trentesix mille blancs , et trente-trois mille huit cents soixante -dix -huit personnes de couleur libres. Dans ces deux classes , il se trouve plusieurs familles qui possèdent quelque fortune ; mais un grand nombre ne possèdent rien ou presque rien. Enfin la classe ouvrière qui forme la masse de la population et que l'aristocratie considère comme sa propriété^ compte deux cent quatre-vingt-quatorze mille quatre cent personnes. Cette dernière classe est réduite à la dernière misère : elle n'a que ce qui lui est rigoureusement nécessaire pour ne pas mourir de faim. Les fatigues et les privations auxquelles elle est condamnée depuis que l'aristocratie se l'est appropriée, n'ont rien ajouté à son bien-être.

Mais la classe aristocratiquè s'est-elle du moins enrichie de tout ce qu'elle a ravi au travail de la classe la plus nombreuse? Est-ce en possession de grandes richesses? elle serait dans une gêne extrême, si le monopole dont elle jouit en France pour la vente de ses denrées , ne lui donnait pas le moyen de s'enrichir aux dépens d'une population chez laquelle on ne connait ni maîtres ni esclaves. En , au moment où l'exploitation

tonneries à 332. — Documens statistiques sur la France , publiés par le minisire du commerce, en *i835.

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