LIVRE V, CHAPITRE XVII
consul ne pouvait s'enrichir que par le pillage et la ruine de plusieurs villes.
Les Romains ont consommé les richesses des nations qu'ils ont conquises : ils ont converti en pâturages ou en déserts des contrées florissantes; mais il serait difficile de dire quelles sont les richesses qu'ils ont créées.
Dans les colonies anglaises, le nombre des esclaves s'élève à plus de huit cent mille; les personnes de cette classe sont plus misérables que ne le sont chez nous les ouvriers les plus pauvres; ils n'ont ni terres, ni maisons, ni vêtemens. La partie la plus considérable des richesses est concentrée dans les mains des familles aristocratiques , dont le nombre ne s'élève qu'à dix-sept ou dix-huit cents. La plupart des propriétaires peuvent à peine payer'leurs dettes, etfourniraux frais d'exploitation ; presque toutes les années , ils sont obligés de faire au parlement anglais V exposition de leur détresse , et de solliciter des monopoles, c'est-à-dire des impôts en leur faveur, sur la population libre de l'Angleterre. Les contributions qu'ils perçoivent sur les Anglais , au moyen des monopoles qui leur ont été accordés, sont la partie la plus claire de leurs revenus. Il faut ajouter à ce tableau des richesses , celles que peuvent posséder quelques hommes de couleur libres, dans les villes des colonies (i).
(i) Il est bien clair que je ne parle que des richesses que les Anglais possèdent en leur qualité de planteurs. Un homme à qui sa plantation ne produit rien , peut posséder
Dans la partie méridionale des États-Unis , le nombre des esclaves s'élève à environ un million cinq cents mille individus. Cette partie de la population , est presque aussi misérable que la population correspondante qui existe dans les colonies anglaises. Les richesses se concentrent encore ici dans les mains des possesseurs de terres, puisque, dans le pays, il n'existe presque pas d'autres branches d'industrie que l'agriculture. Quoique plusieurs familles affectent un grand luxe, il est difficile de croire qu'elles possèdent toutes de grandes richesses, lorsqu'on voit le prix excessif de la main-d'œuvre, la nonchalance et .l'incapacité des esclaves, les seuls individus qui travaillent, et la cherté de toutes les pro-
d'ailleurs de très-grandes richesses. — Les colons hollandais de la Guyane, dont les moeurs ont tant d'analogie avec celles qui ont été attribuées aux satrapes , étaient accablés de dettes, long-temps avant que de tomber sous la domination anglaise. « Tel est , dit Raynal , l'état des trois colonies que les Hollandais ont successivement formées dans la Guyane. Il est déplorable, et le sera long-temps, peut-être toujours, à moins que le gouvernement ne trouve dans sa sagesse, dans sa générosité ou dans son courage, un expédient pour décharger les cultivateurs du poids accablant des dettes qu'ils ont contractées. » Histoire philosoph. des deux Indes, tome VI, liv. xn, p. A 1 4- — Cela signifie, en termes plus clairs , que les travaux excessifs auxquels les esclaves sont condamnés, ne peuvent suffire à la voracité des possesseurs d'hommes des colonies, et qu'il faut se hâter de leur livrer la subsistance des hommes industrieux et libres de la mère-patric. Voilà une étrange morale pour une histoire philosophique !