LIVRE V , CHAPITRE XVIII
a sévèrement interdit la traite. Il est évident que, dès ce moment , les possesseurs d'esclaves ont été dans la nécessité de les ménager, sous peine de ne pouvoir pas les renouveler. Cependant, telles sont les calamités attachées à l'esclavage , que, même depuis cette époque, la population asservie continue de décroître dans les colonies à sucre. Dans File de la Trinité, le décaissement annuel est de trois et trois cinquièmes pour cent; à Demerari, il est de deux à trois; à Sainte-Lucie, il est de deux et un dixième. Dans quelques îles où le sucre n'est point cultivé, le décaissement est nul (4).
Dans tous les pays, les membres de l'aristocratie ne considèrent comme digne d'eux que le commandement ; tout autre genre d'occupation leur paraît indigne de leurs nobles mains. Les possesseurs d'hommes des colonies ne peuvent tirer un revenu que de leurs terres, et ce revenu est toujours en raison du nombre de leurs esclaves. Si donc ils continuent de les traiter avec leur cruauté accoutumée, ils détruisent la source de leurs richesses , puisqu'il deviendra tous les jours plus difficile de les recruter sur les côtes d'Afrique. Si, au contraire, les esclaves sont bien traités, ils augmenteront en nombre; mais alors les possesseurs auront à craindre un autre
(i) Second report of the committee of the society for tbe mitigation and graduai abolition of slavery. Appendix , G. p. i38, 162.
danger , celui de voir multiplier cette partie de la population dans une proportion telle, que leur sécurité sera de plus en plus compromise.-
Dans les états où l'esclavage domestique n'est point toléré, la crainte de tomber dans une excessive misère est un obstacle à un accroissement de population disproportionné aux moyens d'existence. La plupart des domestiques s'imposent le célibat, parce que, s'ils avaient des enfans, leurs gages ne pourraient suffire à les élever , et qu'ils ne pourraient tout à la fois soigner leur propre famille et exécuter les travaux attachés à la domesticité. Quand des ouvriers ou des domestiques sont considérés comme la propriété de leur maître, ils ne craignent pas d'être renvoyés; s'ils ont des enfans, c'est leur possesseur qui doit les faire élever. Il faut, par conséquent, que celui-ci soit chargé des dépenses de la famille, et que de plus il renonce aux services de la mère pendant qu'elle prend soin des enfans. Les esclaves étant essentiellement imprévoyans et n'ayant à craindre ni d'être renvoyés, ni de voir descendre leur postérité dans un rang plus bas , s'abandonnent à leurs penchans naturels. Les maîtres se trouvent ainsi dans l'alternative de recourir à des violences pour restreindre la multiplication des personnes asservies, ou de voir croître autour d'eux une population ennemie qui absorbe leurs revenus en même temps qu'elle menace leur existence.
Dans les états libres, l'accroissement démesuré