‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 113 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XVIII

population barbare, tirée de toutes les parties du monde,prenaitla place de îa population indigène. Ce ne fut que lorsque tous les peuples connus eurent été soumis au joug des empereurs romains, et qu'ils cessèrent d'être en état de guerre les uns contre les autres, que les maîtres commencèrent à se croire intéressés à laisser la population esclave se reproduire par la génération (i).

Tant que les possesseurs d'esclaves des colonies modernes ont pu faire cultiver leurs terres, comme les maîtres grecs et romains, par des hommes qu'ils achetaient tout formés, les naissances dans la population asservie n'ont jamais suffi pour réparer les ravages causés par les malheurs de la servitude. Dans le temps où l'île de Saint-Domingue était possédée par des maîtres d'origine européenne , la perte des hommes asservis s'élevait tous les ans à un vingtième, et les accidens la faisaient monter au quinzième (2). Ainsi, l'aristocratie de cette colonie fondait son revenu sur la destruction annuelle de trente mille cent trente personnes, et sur les supplices et les privations infligés à quatre cent cinquante mille. Dans le cours d'un siècle, le nombre d'êtres humains détruits s'élevait à plus de trois millions, sans compter un nombre au moins égal d'hommes qu'il fallait égorger sur les côtes

(1) Hume, Essay XI, Of the populousness of ancient nations.

(i) Raynal, Histoire philosophique , tom, VII, liv. xm, p. 194.

224 TRAITÉ DE LÉClSLÀTIÔÏf.

d'Afrique , pour tenir au complet le nombre des esclaves. Saint-Domingue, disait-on, était la reine des colonies. C'est par une destruction semblable d'êtres humains, que les familles aristocratiques subsistaient dans les autres colonies, soumises au même genre de culture.

Les esclaves ne sont pas également misérables dans tous les pays. Leur sort dépend du genre de travail qu'ils ont à exécuter, et des subsistances qui leur sont accordées ; et ces circonstances varient avec la nature et la position du sol , et avec les relations commerciales. Leur sort dépend, en outre, de la facilité avec laquelle les maîtres peu vent remplacer ceux que la misère et les mauvais traitemens font périr y facilité que les gouvernemens diminuent ou accroissent, selon qu'ils protègent ou répriment le commerce des esclaves. Il ne faut donc pas juger du décroissement de la population esclave dans tous les pays, par celui qui a été observé dans l'île de Saint- Domingue ; aux Etats-Unis les esclaves se multiplient sans le secours de la traite; il en sera probablement de même dans toutes les colonies quand la traite ne pourra plus se faire.

Les colonies anglaises dans lesquelles les productions sont analogues à celles que donnait autrefois Saint-Domingue, étaient celles dans lesquelles le décroissement était le plus rapide. Ce décroissement a beaucoup diminué depuis que le gouvernement anglais a restreint le pouvoir des maîtres sur les esclaves, surtout depuis qu'il

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